Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Le juge Michel Boudreault a voulu donner une chance à un jeune homme qui veut se sortir de la dépendance aux métamphétamines.
Le juge Michel Boudreault a voulu donner une chance à un jeune homme qui veut se sortir de la dépendance aux métamphétamines.

Sentence reportée: le juge lance un défi à un voleur

Normand Boivin
Normand Boivin
Le Quotidien
Article réservé aux abonnés
«Je vous remercie monsieur le juge de me parler comme à un être humain.»

Il arrive souvent que des prévenus se présentent devant le tribunal en homme libre et, à leur grande déception, se retrouvent derrière les barreaux sans l’avoir vu venir. Le contraire est plutôt rare, mais c’est la surprise qu’a eue un jeune homme de 28 ans qui s’est présenté devant le juge Michel Boudreault avec son baluchon pour aller en prison pour 12 mois, mais est reparti libre... temporairement.

«Qu’est-ce que vous diriez si à la place de vous envoyer en prison pour 12 mois je vous envoyais chez votre mère jusqu’en juin? Si vous ne consommez pas de métamphétamines et si vous faites bien ça, que vous vous prenez en main et que vous amassez de l’argent pour rembourser vos victimes, l’avocate du DPCP va avoir bien des difficultés à me convaincre de vous envoyer en détention pour 12 mois. Mais si, au contraire, vous revenez devant moi sans avoir rien fait d’autre que consommer de la drogue, ma sentence sera encore plus sévère. Êtes-vous prêt à relever le défi?», a demandé le magistrat.

Vol dans un garage

L’individu s’était introduit, en juin 2019, dans le garage d’une résidence privée et y avait volé différents objets, dont une petite moto pour enfant, afin de payer sa consommation de métamphétamines. Au juge qui lui demandait pourquoi il avait agi ainsi, après lui avoir lu un résumé des conséquences que le vol avait eu sur ses victimes, notamment les craintes d’être à nouveau cambriolées pendant leur sommeil, il a répondu qu’il n’était pas quelqu’un de mauvais, mais qu’il était sous l’emprise de la drogue; et qu’il n’avait plus consommé depuis cinq mois.

Nerveux et pas fier de lui, le bénéficiaire de l’aide sociale a admis que la drogue lui avait fait prendre du retard dans sa vie d’adulte et qu’il avait songé au suicide, mais qu’il y renonçait à cause de ses proches qui le soutiennent.

Au juge qui se demandait comment un jeune homme en santé peut passer ses journées à ne rien faire alors qu’on est en pénurie de main-d’oeuvre, il a répondu qu’il avait son diplôme de cinquième secondaire et qu’il songeait à compléter une formation professionnelle (DEP).

Au fil de la discussion, le juge Boudreault s’est demandé si la proposition commune de 12 mois de prison de la poursuite et de la défense était vraiment appropriée pour l’individu qu’il avait devant lui, même s’il n’avait pas encore fait beaucoup d’efforts pour changer son mode de vie.

«Si on peut vous sortir de l’enfer de la drogue, on va le faire, lui a dit le juge. Dans la vie, il faut faire des efforts et je vois en vous des possibilités. Pour moi, ça serait plus facile et moins compliqué de vous envoyer en prison pour 12 mois. Bonjour, il est parti! Je peux vous sentencier aujourd’hui si vous voulez. La prison c’est facile, 12 mois à ne rien faire. Le tribunal vous tend la main, mais soyez à l’aise de me dire non.»

«C’est oui. Je ne m’attendais pas à ça, j’apprécie votre geste, monsieur le juge», lui a répondu le jeune homme.

«Je serais l’homme le plus heureux si je peux vous sauver», a conclu l’honorable Michel Boudreault, en disant avoir hâte de voir le résultat le 17 juin.