Johanne Tremblay et sa fille Arianne Tremblay-Viger sont sorties soulagées et satisfaites de la conclusion du dossier d'Yves Martin.

Sentence d'Yves Martin: «Nous allons pouvoir penser à nous», dit la famille des victimes

« Peu importe la sentence, tout ce que l'on voulait, c'est que justice soit faite. Car de notre côté, nous avons une sentence à vie », a lancé Johanne Tremblay, la mère de Vanessa Tremblay-Viger.
Une dizaine de minutes après que la sentence d'Yves Martin soit tombée, les familles des victimes ont rencontré les médias pour faire part de leurs émotions à la conclusion d'un long et difficile dossier judiciaire.
« Tout le monde doit passer le message sur l'alcool au volant. Un membre de la famille, c'est important », a indiqué Arianne Tremblay-Viger, la soeur de Vanessa.
« Ce sont des humains, a repris sa mère Johanne. Ce ne sont pas des chiens ou des meubles que l'on peut acheter au magasin. »
Quant à la mère de Mathieu Perron, Danielle Tremblay, elle se dit satisfaite de la sentence imposée par le juge Huot.
« Nous ne pouvions demander mieux. Maintenant, nous voulons tourner la page et redevenir anonymes. Nous avons plusieurs deuils à faire. Nous allons pouvoir penser à nous. »
« Ce que nous retenons du jugement, c'est que le juge n'a pas cru du tout l'accusé. C'est tout ce que nous avons retenu », note Danielle Tremblay.
Les familles des victimes se réjouissent aussi du fait qu'Yves Martin ne pourra plus conduire jusqu'à la fin de ses jours.
« Le message ne passe jamais, mais avec cette sentence de 14 ans, peut-être que ça va donner la peur à d'autres de faire la même affaire. Sinon, il y aura des sentences plus sévères de 20, 30 ans, jusqu'à ce que l'on finisse par les éliminer », de souhaiter la mère de Mathieu Perron.
« Ce qui est important, c'est qu'Yves Martin sera derrière les barreaux et qu'il n'y a pas d'autres familles qui vont subir la même chose de sa part », indique Arianne Tremblay-Viger.
Ces victimes collatérales vont prendre du repos, mais reprendront le collier dans les mois à venir afin de sensibiliser la population aux dommages que cause la conduite avec les facultés affaiblies.
« Il ne faut pas que nos enfants soient morts pour rien », ont-elles conclu.
La peine pourrait être portée en appel
Me Jean-Marc Fradette n'écarte pas la possibilité d'interjeter appel.
(Julien Renaud) - La défense n'écarte pas la possibilité de porter la peine de 14 ans de pénitencier en appel. « Nous sommes dans une zone de sévérité, mais nous devons nous poser la question à savoir si nous sommes aussi dans une zone de déraisonnabilité », a affirmé l'avocat d'Yves Martin, Me Jean-Marc Fradette.
Après le prononcé de la sentence par le juge François Huot, de la Cour supérieure du Québec, le criminaliste n'a pu rencontrer son client. Il a toutefois discuté avec les proches du chauffard de 37 ans, qui ont refusé de commenter la peine dans les médias. D'ailleurs, ébranlé, le père d'Yves Martin a enguirlandé le photographe du Quotidien, avant d'être calmé par une autre membre de la famille.
« Je vais appeler mon client ce soir. On n'a pas pu se parler. Pour la famille, c'est difficile, mais elle est très résiliente », a rapporté Me Fradette, qui n'exclut pas la possibilité de se tourner vers la Cour d'appel sur la peine de 14 ans de pénitencier et l'interdiction de conduire à perpétuité prononcées contre Yves Martin. Quant au verdict, le délai pour interjeter appel est expiré.
L'avocat de la défense a rencontré les proches de son client après le prononcé de la peine. Précédemment, le père d'Yves Martin était visiblement ébranlé par la peine, puisqu'il a enguirlandé le photographe du Quotidien.
Les proches d'Yves Martin ont refusé de commenter la peine dans les médias. Ils se sont embrassés à leur sortie de la salle d'audience, puis ont rapidement quitté l'enceinte du Palais de justice de Chicoutimi.
« Le juge a fait un vibrant plaidoyer sur l'alcool au volant et a voulu miser sur l'exemplarité. Il a aussi pondéré le risque de tomber dans la vengeance. Mais reste que c'est sévère comme peine. Pour dire que c'est déraisonnable, il va falloir attendre et analyser la peine avec du recul. Pour l'instant, d'après moi, la peine se situe dans les limites, et ça pourrait être difficile de convaincre la Cour d'appel », a ajouté le criminaliste.
Me Fradette a tout de même affirmé avoir apprécié le jugement du magistrat. « C'était un jugement d'un juge qui sait que la cause peut aller en appel. C'est un jugement-fleuve, avec une belle écriture et qui couvrait bien le procès », a reconnu le criminaliste.
Questionné sur la décision du chauffard d'aller en procès devant jury, l'avocat a rappelé que « le droit de subir un procès est un droit sacré ». « Après le verdict, mon client était content d'avoir fait le procès et il était satisfait du procès. Il n'a pas été cru et a reçu une peine en conséquence. On ne peut jamais reproché à un accusé d'aller en procès, mais c'est sûr que la peine prend compte du fait qu'il n'y a pas eu de plaidoyers de culpabilité, et l'accusé perd le bénéfice des regrets », a commenté Me Jean-Marc Fradette, devant la masse de médias.
« La peine n'est pas si loin de l'offre de la Couronne », a-t-il ajouté, sans détailler cette proposition faite en marge de l'enquête préliminaire et refusée par son client.
Enfin, Me Jean-Marc Fradette entend s'informer auprès de la Société de l'assurance automobile du Québec pour connaître les modalités de l'interdiction de conduire à perpétuité et évaluer la possibilité qu'un éthylomètre à vie soit installé sur le véhicule d'Yves Martin après sa libération s'il se comporte bien.
En chiffres
47: nombre de pages du jugement
545: jours écoulés depuis la tragédie