Me Belliard réfute les aveux de son client Matthieu Parente-Soares (photo) et ne les considère pas comme très révélateurs.

Rien ne prouve la culpabilité de Parente-Soares

Le Français Matthieu Parente-Soares ne peut être identifié comme l’incendiaire de la résidence de la rue Sacré-Coeur à Alma, dans la nuit du 12 au 13 juin 2017, car la cause de l’incendie n’a pu être formellement identifiée. Le ministère public n’a aucune preuve tangible de sa culpabilité.

Du moins, c’est la théorie de Me Louis Belliard, qui représente les intérêts de l’accusé.

Le criminaliste estime que l’expert en sinistre (celui de l’assureur) n’a pu identifier la cause de cet incendie mortel, si ce n’est que les flammes ont pris naissance dans l’entrepôt situé sous la verrière de la résidence.

Matthieu Parente-Soares, âgé de 30 ans, est accusé d’homicide involontaire et d’incendie criminel. Me Nicole Ouellet, de la Couronne, a annoncé qu’elle retirait l’accusation de harcèlement criminel contre le citoyen d’origine française. Le procès se déroule devant jury de 11 personnes (un juré a été expulsé, lire autre texte) et le juge Louis Dionne, de la Cour supérieure du Québec.

Les accusations sont importantes, car un homme de 93 ans, Guy Tremblay, a perdu la vie dans cet incendie.

Dans les jours qui ont suivi le triste événement, Parente-Soares a avoué aux policiers, après un long interrogatoire de cinq heures, avoir allumé le feu dans une petite bûche, qui se trouvait à proximité de la verrière où il dormait. L’accusé dit avoir tenté de l’éteindre et d’avoir essayé de réveiller la propriétaire de la maison, mais sans succès. Il dit être retourné se coucher. On connaît la suite.

Me Belliard ne croit pas à cette version. De plus, il estime que le jury ne peut écarter l’hypothèse d’un incendie d’origine électrique et que par le fait même, son client n’aurait rien à voir avec cette malheureuse affaire.

« Il n’a pas été possible d’identifier la cause de l’incendie, selon le témoignage de l’expert de l’assureur, qui a inspecté les lieux avec les enquêteurs de la Sûreté du Québec (SQ) », a exposé Me Belliard.

« Et le rapport des gens (experts) de la SQ n’a pas été mis en preuve, car la procureure de la Couronne n’a pas jugé opportun de mettre ça en preuve. Je pense que c’est parce qu’ils n’avaient rien d’intéressant à dire. Toutes les hypothèses sont donc ouvertes, car on ne sait pas d’où ça vient. La source de l’incendie est inconnue », précise le criminaliste.

L’avocat de l’accusé a reconnu devant les membres du jury que son client avait pourtant fait des aveux à l’enquêteur au dossier, en disant qu’il avait mis le feu dans une bûche.

Mais Me Belliard réfute ses aveux et ne les considère pas comme très révélateurs.

« C’est vrai (qu’il a fait des aveux). J’ai oublié de parler des sorcières, mais c’est ce qu’ils ont fait avec mon client. Mon client a fait des aveux dans un climat oppressif. On lui a parlé de ses malheurs, de ses échecs aux études, en amour et le fait qu’il n’était pas très bon au lit. Ça a duré des heures, sans bouffe, sans eau, sans aller à la toilette. On lui a tout enlevé. On l’a dénudé et on l’a traité comme un prisonnier, comme un méchant. À la fin, il était épuisé et il a donné les réponses recherchées par l’enquêteur. »

« L’enquêteur n’a pas bien mené l’interrogatoire. On a suggéré des réponses à mon client. L’enquêteur n’a pas cherché la vérité dans tout ça. Il voulait tout simplement des aveux. Mon client avait été identifié dès le départ », a rappelé Me Belliard aux 11 jurés.

Ce dernier estime qu’il est tout à fait improbable que Parente-Soares ait réussi à mettre le feu à une bûche avec un simple briquet, qu’il lui aurait fallu plus que ça.

Interprétation

Le juge Dionne a profité de la conclusion de la plaidoirie de Me Belliard pour faire quelques observations aux membres du jury, notamment sur les opinions de l’avocat de la défense et de certaines de ses hypothèses sur des éléments qui n’ont pas été mis en preuve.

« Il faut savoir que les plaidoiries servent à reparler de la preuve et d’y amener des arguments. Les procureurs ne peuvent pas donner leur opinion sur la preuve et spécialement sur l’absence de preuves.

« J’ai dû intervenir à quelques reprises lors de la plaidoirie de Me Belliard, car il n’a pas été démontrer que le revêtement extérieur de la maison pouvait brûler rapidement. Me Belliard a dit que l’expert de la Sûreté du Québec n’a pas témoigné, car il n’avait rien d’intéressant à dire, je dois préciser que la Cour suprême du Canada précise que c’est à la Couronne de faire entendre les témoins qu’elle veut amener au tribunal », a précisé le magistrat.

Celui-ci a aussi mis en garde les jurés sur leur façon d’interpréter les propos de la défense à l’effet qu’il n’est pas possible d’allumer un incendie sur une bûche avec un briquet.

« Il faut faire attention à cette analogie. Il existe plusieurs façons d’allumer un incendie », a conclu le juge.

Directives

Au terme des plaidoiries, le juge Dionne a autorisé les membres du jury à retourner passer la nuit à la maison et à revenir avec leur valise vendredi matin 9h.

Le magistrat prendra une partie de la journée pour y aller de ses directives, de parler des règles de droit et de la façon dont les jurés devront analyser la preuve qui leur a été soumise depuis les 10 derniers jours.

Ensuite, le jury sera séquestré et délibérera le temps nécessaire de reconnaître Parente-Soares coupable ou non des accusations.

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 « LE SEUL COUPABLE », DIT LA COURONNE

Le ministère public est convaincu. Matthieu Parente-Soares a allumé un incendie qui a causé la mort d’un grand-père de 93 ans. L’accusé en a fait les aveux, a expliqué de quelle manière il avait allumé le feu et l’endroit où il l’a fait.

Environ 30 minutes, c’est tout le temps que Me Nicole Ouellet, de la Couronne, a eu besoin pour expliquer son point de vue sur la conclusion du procès du ressortissant français.

Me Ouellet a d’ailleurs précisé que cet aveu vient compléter le casse-tête de toute cette histoire.

« Il est vrai que l’expert de l’assureur est venu dire qu’il y avait trois causes possibles, soit une défaillance électrique, une main humaine involontaire ou une main humaine volontaire. Mais nous à la Couronne, nous avons la cause de l’incendie. Elle est d’origine humaine volontaire. Et ça, on peut vous le prouver par les aveux de l’accusé », a indiqué Me Ouellet. 

« L’accusé a même identifié l’endroit où il avait allumé l’incendie. Il a dit avoir mis le feu à une petite bûche et à de l’écorce. Ces aveux sont vraiment la dernière pièce du casse-tête. Sans ces aveux, nous avons trois causes possibles. Mais avec les aveux, il n’y a aucune autre conclusion que la main humaine volontaire », a poursuivi la procureure de la Couronne.

Me Ouellet a mentionné dans sa plaidoirie que plusieurs éléments ont démontré que l’accusé était un homme impulsif et qu’il ne respectait pas les règles édictées à la résidence des parents de son ex-copine.

Un soir avant l’incendie, il s’est rendu chez son ex-amie de coeur à quatre reprises alors qu’il avait été avisé de quitter. La dernière fois, il a même serré le poignet de la jeune femme.

« Si le soir des événements, la maman a pris la décision de le faire coucher dans la verrière et de verrouiller la porte, c’est qu’elle avait perdu confiance en lui, qu’elle considérait comme son propre fils.»

« Ce soir-là, il a pété les plombs, car il ne pouvait entrer dans la maison. Il s’est senti comme un animal et il a allumé une petite bûche », a indiqué Me Ouellet.

Autre élément qu’elle a fait ressortir, c’est à la suite des aveux de l’accusé, alors qu’il se trouve seul dans la salle d’interrogatoire. Il a fait un commentaire éloquent selon elle. « Je suis désolé. Je suis désolé », a-t-il dit.