Me Marianne Girard, de la Couronne, a fait le récit des abus de l’homme de 62 ans, une histoire à donner froid dans le dos.

Quatre ans de plus pour le bourreau de Chicoutimi

Le bourreau sexuel de Chicoutimi, celui qui a été condamné à six ans de pénitencier pour avoir fait cinq enfants à sa belle-fille, écope d’une sentence supplémentaire de quatre années de pénitencier. Il a forcé ses sœurs à lui faire des fellations quotidiennes, dans les années 60 et 70.

Le juge Pierre Simard, de la Cour du Québec, a entériné la suggestion commune présentée par Me Marianne Girard, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) et de Me Jean-Marc Fradette, en défense.

L’agresseur a plaidé coupable à 10 chefs d’accusation pour deux dossiers du tribunal des adultes et deux autres au tribunal de la jeunesse, étant donné que l’accusé était mineur au moment de perpétrer les premiers actes sexuels.

L’individu a mis un terme aux procédures judiciaires, au Palais de justice de Chicoutimi, au moment où il devait subir son enquête préliminaire en lien avec ces dossiers d’attentats à la pudeur, d’inceste et de grossière indécence.

Il faut savoir que cet agresseur sexuel devait subir son enquête préliminaire à la fin du mois de novembre, mais la procureure de la Couronne avait déposé de nouvelles plaintes pour une seconde victime d’abus sexuels.

Le dossier avait alors été reporté au 13 décembre. Des discussions entre les deux procureurs au dossier ont eu lieu et les parties en sont venues à une entente, évitant ainsi aux victimes de venir raconter ce qu’elles avaient vécu.

Le client de Me Fradette aura donc sévi durant des années et des années auprès de toutes ses victimes, soient ses deux sœurs, mais aussi la fille de sa conjointe. Il a fait cinq enfants à la jeune femme et il a été condamné à six années de pénitencier.

« Votre peine est importante, mais il ne faut pas oublier que les victimes, elles, ont eu leur vie brisée depuis les 50 dernières années. Vous leur avez enlevé leur enfance », a souligné le juge Simard, juste avant de confirmer la sentence de quatre années de pénitencier.

L’agresseur sexuel, qui aura 62 ans le 17 décembre, a commencé à abuser des membres de sa famille en 1968, alors qu’il était mineur. Il a poursuivi ses actes dégradants durant de nombreuses années, soit jusqu’en 1975. Au milieu des années 90, il a repris le tout sur sa belle-fille jusqu’à la dénonciation en 2015.

Chaque jour

Après l’enregistrement des plaidoyers de culpabilité, Me Girard a résumé les événements qui se sont déroulés entre 1968 et 1975, un récit à donner froid dans le dos.

Une des plaignantes n’était âgée que de six ans lorsque son frère l’a entraînée dans la garde-robe et lui a demandé de lui faire une fellation.

« La victime se souvient que ce fut comme ça pratiquement chaque jour de son enfance. Chaque fois qu’elle revenait de l’école, elle était amenée en secret dans la garde-robe et était obligée de faire une fellation à son frère jusqu’à l’éjaculation », a raconté la procureure de la Couronne.

« La jeune fille a même inventé une maladie pour se rendre à l’hôpital et se soustraire à cette situation. L’homme a même abusé de ses deux sœurs en même temps. Il fermait les lumières de la chambre et tout le monde devait se déshabiller. Et lorsque la lumière s’allumait, il leur demandait de le masturber et de lui faire des fellations. Les deux sœurs ont vu leur frère éjaculer sur les fesses de l’une et l’autre », a poursuivi Me Girard.

Les deux adolescentes ont dénoncé la situation après qu’un autre membre de la famille ait surpris l’agresseur en pleine action. Il a été mis à la porte de la résidence familiale, mais est revenu peu de temps après lorsqu’il a acheté une bague à la mère.

Une des sœurs a continué à subir les assauts du frère, allant jusqu’à une pénétration brève, mais douloureuse et une autre fois où il a mis ses doigts dans le vagin de sa sœur.

Les abus ont pris fin lorsque les deux victimes ont quitté la maison familiale et se sont mariées. Elles n’étaient plus près de lui pour subir les agressions.

Me Fradette a conclu en disant que son client ne se souvenait pas du nombre de fois où les gestes ont été posés, mais reconnaît les avoir commis et il espère que ses sœurs pourront passer à autre chose.

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REDONNER LE POUVOIR AUX VICTIMES

(Stéphane Bégin) — Les gestes du frère aîné abuseur ont été qualifiés de dégradants, de sordides et de crimes d’époque, car ils se sont produits il y a plus de 50 ans. La trame factuelle est troublante et dérangeante.

« Le but est de briser le silence sur ce genre de situations qui ont pu se produire dans des familles malheureusement dysfonctionnelles. Nous voulons redonner le pouvoir aux victimes, leur permettre de confronter leur agresseur et de dénoncer les gestes qui ont eu lieu et sur les conséquences sur leur vie qui sont irréparables », a commenté Me Marianne Girard, de la Couronne, à sa sortie du tribunal.


Me Jean-Marc Fradette

Cette dernière a rencontré les deux victimes après le prononcé de la sentence et elle croit qu’elles pourront tourner la page.

« Même si le processus est long dans le système judiciaire, il permet une certaine thérapie et de pouvoir affronter la personne qui nous a fait subir ce genre de chose. Je crois que c’est un soulagement pour les victimes », ajoute Me Girard.

Celle-ci précise que les crimes commis méritaient une peine sévère, même si cela ne permet pas de réparer le passé. 

Du côté de la défense, Me Jean-Marc Fradette convient que le récit des événements est atroce à entendre.

« Tu m’as volé ma jeunesse. Je n’ai jamais eu confiance en moi. Je n’ai pas réussi à l’école. J’ai du ressentiment et de la haine envers toi. Tu n’es plus mon frère. »

Une victime

« C’est un drame qui a duré plus de 10 ans, dans une famille dysfonctionnelle, où la mère était absente et que le père était violent et commettait les mêmes gestes à caractères sexuels sur ses filles. On ne voit pas ce genre de situation très souvent au tribunal », de dire le criminaliste.

Sur la peine, Me Fradette précise que la société n’accepte pas ces crimes sexuels. Les tribunaux doivent accorder les peines nécessaires.

« Le message est de plus en plus clair devant les tribunaux. Nous ne pouvons plus, comme avocat, ne pas présenter des peines sévères. Il faut s’assurer que les peines reflètent la gravité des crimes et la désapprobation sociale », précise l’avocat en défense. 

Me Fradette croit que son client réalise de plus en plus l’importance des gestes qu’il a commis. Il n’a pas voulu que ses sœurs témoignent à l’enquête préliminaire. 

« Il m’a demandé de faire en sorte de pouvoir m’entendre avec la Couronne pour trouver une solution. Il commence à mieux comprendre, mais il y a encore du chemin à faire », a repris Me Fradette. 

Vies brisées

Jeudi, les deux sœurs du frère abuseur, qui est apparu avec une barbe blanche, chauve et vêtu d’un t-shirt bleu, n’ont pas témoigné devant le tribunal, mais avaient pris la peine de rédiger une déclaration des victimes.

Les deux femmes, aujourd’hui âgées de près de 60 ans, ont confirmé que leur frère aîné avait volé leur adolescence, les avait rendues craintives et les avait empêchées d’avoir une vie normale.

« Tu m’as volé ma jeunesse. Je n’ai jamais eu confiance en moi. Je n’ai pas réussi à l’école. J’ai du ressentiment et de la haine envers toi. Tu n’es plus mon frère », a écrit l’une des sœurs du bourreau sexuel de Chicoutimi.

« Je n’ai jamais pu travailler. J’aurais aimé le faire, pourtant. Encore aujourd’hui, je protège mes enfants et mes petits-enfants, car je crains toujours qu’ils puissent subir ce que j’ai moi-même subi. Tu m’as brisée », a-t-elle écrit.

Durant tout ce temps, l’agresseur est demeuré debout dans le box des accusés. Il n’a pas bronché. Il est demeuré calme et stoïque. 

Le juge Pierre Simard lui a même demandé s’il avait quelque chose à dire, à savoir s’il regrettait ou s’il avait des remords, il a indiqué qu’il n’avait rien à ajouter. 

Quant à la deuxième victime, les conséquences ont été sensiblement les mêmes. 

« J’ai passé ma vie sur l’aide sociale, car je n’avais pas confiance en moi. Je n’ai jamais eu d’amies. J’ai eu deux relations dans ma vie et les hommes ont été violents avec moi. J’ai été incapable de m’abandonner sexuellement, car j’ai toujours associé ça aux agressions que j’avais subies », a commenté l’une des victimes. Une des plaignantes a dû quitter la salle d’audience avant la fin des procédures, n’étant plus capable de demeurer à sa place à regarder son agresseur.

Ce dernier reprendra le chemin de la prison de Roberval, avant d’être transféré au pénitencier réservé aux détenus en lien avec des agressions sexuelles en Nouvelle-Écosse. Il devrait avoir à transiter par Québec ou Montréal avant d’y retourner pour plusieurs années encore.

Il pourra poursuivre sa thérapie afin de comprendre les raisons qui l’ont amené à agir sur ses victimes.