La Chicoutimienne Anne Pearson savait à quoi s’attendre et elle avait pris la peine d’amener sa valise de vêtements pour son départ pour le pénitencier.

Quatre ans de pénitencier

Femme sans histoire et sans antécédent judiciaire, Anne Pearson a pris le chemin du pénitencier pour les quatre prochaines années pour avoir fait feu, avec un pistolet à plomb, au visage et à la jambe de la dame qu’elle avait séquestrée.

Le juge Jean Hudon, de la Cour du Québec, a entériné, lundi matin, la suggestion commune de Me Marianne Girard, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) et de Me Olivier Théorêt, du bureau de l’Aide juridique du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Pearson a plaidé coupable à neuf chefs de séquestration, de voies de fait armées, de menaces d’utilisation d’une arme à feu, de complot, de possession de métamphétamines, de possession dans le but d’en faire le trafic, de voies de fait et de possession illégale d’une arme à feu.

L’histoire impliquant Pearson a été qualifiée de rocambolesque devant le tribunal.

Les faits reprochés remontent à décembre 2016. Pearson, son ami Frank Gagné, membre du club de motards criminalisés Devils Ghosts, et Francis Lavoie cherchent des informations en lien avec un trafiquant de drogues de la Côte-Nord.

Au départ, les deux hommes enlèvent une femme à Colombier, sur la Côte-Nord. Celle-ci est amenée à Chicoutimi, où elle confiée aux « bons soins » d’Anne Pearson, âgée de 39 ans.

Celle-ci doit la faire parler. Des menaces ont été proférées. La victime a été séquestrée durant plusieurs heures et a reçu un coup de poing au visage et un coup de crosse de pistolet, de même qu’un coup de pied aux côtes.

N’arrivant pas à obtenir les réponses désirées, Pearson et ses complices ont ramené la victime dans la région de la Côte-Nord, dans l’espoir d’obtenir des adresses et des informations afin de mettre la main sur des stupéfiants. Ils ont réussi à obtenir plus d’une centaine de comprimés de méthamphétamine.

Coups de fusil
Durant la randonnée en voiture, sentant la soupe chaude et craignant pour sa vie, la victime a tenté de s’échapper en voulant sauter en bas du véhicule en marche.

Mais la dame a été retenue par l’un des complices de Pearson. Cette dernière n’a vraiment pas apprécié la tentative de la dame et dans un excès de colère, elle a tiré en direction de la victime avec un pistolet à plombs.

Le premier coup a atteint la dame au visage, alors qu’un autre projectile l’a touchée à la cuisse et qu’un dernier plomb s’est perdu dans le véhicule automobile.

Pearson a remis des mouchoirs à la dame afin qu’elle puisse éponger le sang qui coulait de son visage.

Encore aujourd’hui, la victime a toujours un plomb derrière la joue gauche.

À la fin de l’aventure, le trio de malfaiteurs a laissé repartir la victime. Celle-ci a porté plainte à la police une semaine plus tard.

Au bout de quelques semaines d’enquête, Pearson, Gagné et Lavoie ont été arrêtés. Pearson a fait des aveux aux policiers et a remis l’enregistrement audio de l’interrogatoire de la victime aux agents.

Gagné a écopé d’une sentence de 36 mois, alors que Lavoie a passé 18 mois à l’ombre.

Lundi, le magistrat a accepté la suggestion commune, l’estimant raisonnable, même si elle est limitée à la peine minimale prévue par le Code criminel canadien, qui prévoit quatre années de pénitencier pour l’utilisation d’une arme à feu.

« Il ne s’agit pas d’un règlement banal. Vous venez de plaider coupable à de grosses accusations », a indiqué le juge Hudon.

« J’ai pris connaissance de la preuve et des faits. J’espère que vous allez profiter des prochaines années (en détention) pour regarder à vos connaissances et possiblement faire du ménage. J’espère que ça va vous amener à réfléchir et à redevenir la femme que vous étiez avant, celle qui n’avait jamais mis les pieds dans un palais de justice », a renchéri le magistrat.

Me Girard, de la Couronne, reconnaît que toutes les parties ont effectué un gros travail pour en arriver à une suggestion commune.

« Il s’agissait d’une grosse aventure. Il y avait plus de 30 chefs d’accusation au départ, des chefs de violence, de menace et de drogue. Je pense que la peine suggérée est appropriée dans les circonstances et reflète la gravité de l’ensemble du dossier », note Me Girard.

Me Théorêt a noté la très bonne collaboration de sa consoeur et celle de sa cliente