Le procès de Richard Forgues, qui a débuté en novembre dernier, s’est poursuivi vendredi, au Palais de justice de Chicoutimi, après une pause de plus de quatre mois. (Cette photo a été prise avant le début de la pandémie)
Le procès de Richard Forgues, qui a débuté en novembre dernier, s’est poursuivi vendredi, au Palais de justice de Chicoutimi, après une pause de plus de quatre mois. (Cette photo a été prise avant le début de la pandémie)

Procès Richard Forgues: la défense ne veut que rattraper ses propres erreurs, plaide la Couronne

La Couronne nie catégoriquement que Richard Forgues, un homme originaire du Saguenay accusé d’agressions sexuelles sur deux enfants, n’ait pas eu le droit à une défense pleine et entière et que l’intégrité du procès ait été menacée par des éléments de preuve qui ont surgi en plein procès. L’avocat de l’individu, Me Jean Petit, avait déposé une requête en arrêt des procédures, en février dernier, affirmant ne pas avoir eu accès à de l’information qui aurait joué un rôle différent sur sa tragédie de défense. Vendredi, un peu plus de quatre mois plus tard, le ministère public avait son droit de réplique au Palais de justice de Chicoutimi.

Richard Forgues fait face à huit chefs d’accusation de nature sexuelle, pour une agression qui aurait été commise sur une enfant de quatre ans et pour une série de touchers et de fellations forcées sur une autre enfant. Ces agressions auraient été perpétrées dans les années 80, à Saint-Honoré. Initialement, le procès, qui a débuté en novembre 2019, devait durer environ six heures. Vendredi, c’était la septième journée d’audition et le procès devrait durer autour d’un an, si on se fie aux échéanciers prévus.

La pandémie aura mis un frein au processus, puisque la requête en arrêt des procédures de Me Jean Petit a été plaidée en février. Le criminaliste de Québec estime que le ministère public ne lui a pas fourni l’entièreté de la preuve, notamment une conversation Messenger entre la première victime et la sœur de Richard Forgues, peu de temps avant que la plaignante porte plainte à la police.

Me Petit reproche également à l’enquêteur au dossier, Langis Néron, de ne pas avoir noté de nouveaux éléments concernant la mère de cette plaignante. La femme avait recontacté le policier deux semaines avant le procès pour lui dire qu’elle se souvenait que l’agresseur de sa fille était bien Richard Forgues, mais l’enquêteur lui a répondu qu’elle n’avait qu’à dire la vérité au tribunal et que tout irait bien. Mais la défense a appelé cette dame à la barre, en ignorant ces nouveaux éléments, ce qui pousse le criminaliste à dire qu’il y a eu abus et que les droits de son client ont été lésés. La requête en arrêt des procédures de Me Petit ne concerne que la première victime, celle qui avait quatre ans au moment de l’agression alléguée.

La procureure du ministère public, Me Marianne Girard, a déclaré qu’elle ignorait elle-même ces informations, autant la conversation Messenger que les souvenirs de la mère de la victime, et qu’il lui aurait été impossible de divulguer une preuve qu’elle n’avait pas en mains.

Me Jean Petit base sa défense sur l’identité de son client, prétendant que la victime a pu se tromper de frères Forgues, puisqu’ils étaient plusieurs et se ressemblaient beaucoup physiquement. Il a d’ailleurs prononcé le nom de l’un des frères plus d’une fois durant le procès, affirmant que la victime avait pu se tromper en identifiant son client.

Selon la Couronne, un arrêt des procédures reste la mesure la plus draconienne en droit criminel et elle a plaidé que la requête de Me Petit ne rencontrait aucun des critères nécessaires. Elle a demandé au juge de la Cour du Québec, Paul Guimond, d’écarter le témoignage de la mère s’il le jugeait non recevable, mais que prononcer un arrêt des procédures était une grave erreur. Selon la procureure, l’enquêteur a pu commettre une erreur en n’ajoutant pas la nouvelle déclaration de la mère au dossier, mais, toujours selon elle, l’enquêteur n’a pas agi de mauvaise foi et, surtout, cela ne sabote pas l’intégrité du procès.

Me Jean Petit estime que les droits de son client ont été lésés.

« Me Petit tente de noyer le poisson. Là, il n’est pas content parce que sa propre témoin est venue corroborer la version du ministère public et il veut arrêter tout ça. Me Petit invoque sa propre erreur pour plaider un arrêt des procédures », a affirmé Me Girard.

« Ça arrive, que des éléments de preuve sortent en plein procès. On ne demande pas un arrêt des procédures parce que ça ne fait plus notre affaire », a ajouté la procureure.

Me Petit a répliqué que le ministère public essayait seulement de « sauver le derrière » de l’enquêteur Néron.

Le magistrat exaspéré

Encore une fois, Me Jean Petit a été ramené à l’ordre plus d’une fois par le magistrat, puisqu’il s’écartait du sujet et sa réplique avait tous les airs d’une plaidoirie finale, ce qui a eu comme effet d’exaspérer le juge. Le magistrat a averti le criminaliste à cinq reprises et a terminé par lui dire qu’un temps maximum lui serait alloué s’il ne cessait pas de dévier de sa réplique.

Il faut dire que la journée n’avait pas très bien commencé, puisque le criminaliste a été ramené à l’ordre dès que la procureure de la Couronne a débuté sa plaidoirie. Me Petit farfouillait dans ses documents, ce qui a eu pour effet de déconcentrer l’avocate.

« Arrêtez de fouiller. Vous me demanderez une suspension si vous voulez faire le ménage de vos boîtes », a affirmé le juge.

La suite le 1er septembre

Le juge Paul Guimond a pris la question en délibéré, à savoir s’il devait ordonner un arrêt des procédures, avorter le procès, poursuivre le processus tel qu’il était ou écarter le témoignage de la mère.

La procureure du ministère public, Me Marianne Girard, croit qu’ordonner un arrêt des procédures serait une grave erreur.

Il rendra sa décision le 1er septembre prochain. Les plaidoiries finales devraient se tenir au cours de l’automne.