Le policier Maxime Gobeil.

Procès du policier Maxime Gobeil: impact d'une rare violence

Lorsque la voiture semi-banalisée du policier Maxime Gobeil, de la Sûreté du Québec (SQ), a heurté celle de Georges Martel, à Dolbeau-Mistassini, l’impact a été d’une grande violence, au point de faire trois morts, dans l’après-midi du 18 juillet 2015 à la suite d’une collision à haute vélocité.

Le procès du policier Maxime Gobeil, accusé de conduite dangereuse causant la mort, a commencé mardi matin au Palais de justice de Roberval. Le juge Pierre Simard, de la Cour du Québec, préside le procès qui devrait durer huit jours.

L’accident mortel s’est produit à 13 h 18 sur le boulevard Dequen dans une zone où la vitesse maximale est de 50 kilomètres à l’heure. Aucune trace de freinage n’a été remarquée. 

Le véhicule de la SQ, une Dodge Charger 2014, a percuté violemment la Kia Rondo 2009 de M. Martel et de ses passagères, Louiselle Laroche et Cécile Lalancette. La vitesse de la voiture de patrouille n’a pas été dévoilée encore, mais devrait l’être mercredi.

La collision est survenue à la sortie de la résidence pour personnes âgées, le motel Saint-Michel, dans le secteur Mistassini. Les trois membres de la même famille se rendaient à des funérailles. M. Martel, qui était au volant, n’aurait pas aperçu la voiture de police, même si les lumières LED sur le haut du pare-brise étaient en fonction.

Le policier Gobeil et ses collègues, qui prenaient place dans deux véhicules identifiés à la SQ, se rendaient, eux, à une résidence de Sainte-Jeanne d’Arc pour de la violence conjugale, un code priorité 1 (urgence), en direction sud de la route 169.

L’agent Gobeil ne s’y est jamais rendu. Il aura parcouru 5,3 des 26,5 kilomètres qui séparaient le poste de la SQ du lieu d’où provenait la plainte. Me François Godin, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), a fait entendre comme premier témoin Denis P. Turcotte, reconstitutionniste en scène d’accident du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), qui a mené l’enquête.

« L’impact s’est fait à haute vélocité. Ça ne s’est pas fait à 50 kilomètres à l’heure. Il n’y a pas de problèmes avec l’inspection mécanique des véhicules et rien au niveau de l’environnement. La cause de l’accident est liée à un ensemble de facteurs humains », a constaté M. Turcotte.

Caméra de surveillance

Après avoir expliqué et montré des photos aériennes du secteur de l’accident, après avoir refait le trajet entre le poste de la SQ (MRC Maria-Chapdelaine) à Dolbeau-Mistassini et le lieu de l’impact, M. Turcotte a été en mesure de présenter au tribunal, à l’accusé et aux proches des victimes, les images captées par une caméra de surveillance du commerce automobile Nissan Rousseau. Des images qui ont secoué les proches.

Les images ne sont pas d’une très grande clarté en raison de la pluie fine qui tombait ce jour-là et qui obstruait une partie de la lentille.

« La caméra filme le côté sud-ouest du garage et se dirige ensuite vers l’arrière du commerce », explique le reconstitutionniste.

« Au retour de la caméra vers l’avant du garage, nous pouvons apercevoir la fin de l’impact. La collision est survenue à 13 h 26 min et 57 secondes », précise le policier.

Le véhicule des victimes a donc été projeté à environ 30 à 35 mètres du lieu de l’accident, alors que la roue avant gauche, là où s’est produit l’impact, a été retrouvée 80 mètres plus loin.

Ondes radio

Durant la première partie du témoignage de l’expert de la SQ, il a été possible d’entendre quelques extraits des conversations entre les policiers et la répartitrice du Centre de gestion des appels (CGA), qui indique qu’un appel de détresse en provenance de Sainte-Jeanne-d’Arc est entré.

La dame mentionne que son conjoint est entré en défonçant les portes et qu’elle craint pour sa sécurité et celle de son bébé de quelques mois, d’où le déplacement policier.

Un appel est ensuite entré au 911 pour indiquer qu’un violent impact était survenu sur le boulevard Dequen. À ce moment, personne ne semble au courant qu’une voiture de police est impliquée.


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«JE NE LUI EN VEUX PAS»

Étienne Martel, le fils de Georges Martel, n’en veut pas au policier Maxime Gobeil. Il ne lui souhaite pas une condamnation ou une peine de détention même si son père est mort dans un accident de la route impliquant l’agent de la Sûreté du Québec (SQ). Il veut simplement passer à autre chose.

Présent au premier jour du procès, Étienne Martel a bien voulu s’adresser aux médias quelques instants pour expliquer ce qu’il recherchait de cette procédure judiciaire.

« Je n’espère rien. Je veux tout simplement que ça se termine pour que l’on puisse faire notre deuil, car il est temps d’enterrer nos êtres aimés », mentionne Étienne Martel, qui a perdu sa grand-mère (Cécile Lalancette) et la deuxième conjointe de son père (Louiselle Laroche).

« Je ne lui en veux pas. Il était à son travail et il est arrivé une tragédie, comme n’importe qui à son travail où ça peut arriver. Mais là, c’est un policier et c’est plus remarqué. Je ne lui souhaite pas une peine ou quoi que ce soit. Je veux tourner la page, car ça fait plus de trois ans que ça dure », ajoute-t-il.

Étienne Martel n’était pas dans la région, au moment de la tragédie. Il demeurait en Alberta. En étant présent au procès, il veut savoir ce qui s’est passé, avoir les détails de cette tragique affaire.

« Ça me fait un gros pincement au coeur. On dirait que le souffle nous coupe. Ça fait mal et ça vient me chercher. »

« Je ne pensais jamais que ça avait été filmé. De voir la tragédie en vidéo, c’est quelque chose », avoue-t-il. 

Étienne Martel ne pourra demeurer tout au long du procès, mais a demandé au procureur de la Couronne de l’aviser au moment de la décision et du verdict. 

Étienne Martel a perdu son père Georges, sa grand-mère Cécile Lalancette et la deuxième conjointe de son père, Louiselle Laroche dans l’accident. Mais il n’en veut pas au policier.