Le pasteur Claude Guillot est accusé de voies de fait armées, voies de fait avec lésions et séquestration sur six anciens élèves.

Procès du pasteur Claude Guillot: menacé d’aller en enfer

«Tu es un orgueilleux, un impie et tu t’en vas en enfer.»

Émile* a environ 12 ans sur les images. Il n’en paraît pas beaucoup plus que huit.  Depuis quatre ans, c’est lui le mouton noir chez le pasteur Claude Guillot. Ses parents l’ont placé là parce qu’ils se sentaient incapables de le contrôler.

Le jeune homme, aujourd’hui âgé de 25 ans, racontait lundi, à la reprise du procès du pasteur, comment, ce samedi matin de 2005, il s’est fait réveiller par Claude Guillot.

Encore en pyjama, l’enfant doit rester assis en tailleur sur le matelas qui lui sert de lit dans le salon. Une des filles de Claude Guillot le filme. Une autre fille assiste son père et ajoute des remarques et des insultes. Un des frères du garçon est présent. Ce qu’Émile appelle une séance de torture psychologique peut maintenant commencer.

Le pasteur dit vouloir mettre l’enfant face à ses péchés, très nombreux pour son âge, précise-t-il. Menteur, rebelle, hypocrite, trompeur, lâche, insignifiant; la liste est sans fin.

Au début de la séance, Émile est fâché. Il crie, rouspète, refuse de répondre, met ses mains sur ses oreilles et frappe sur son matelas et son oreiller. Il va même cracher au sol.

Claude Guillot le pique encore davantage. «Frappe sur le mur, ça va faire plus homme, lance le pasteur. Tu n’es pas une femme! Veux-tu la moppe tant qu’à être?»

Poussé à bout, Émile finit par donner des coups de poing, avec ses jointures, sur le mur et sur une porte. D’une voix menaçante, le pasteur exige qu’il frappe plus fort. Émile s’exécute puis s’arrête, en frottant ses mains endolories.

Claude Guillot demande à Émile s’il ne préférerait pas frapper un mur de briques ou mieux, le frapper lui? «Si je vous frappais, vous allez me déboîter la face!» rétorque l’enfant.

Contrôle spirituel

Le pasteur rappelle à Émile que Dieu a entendu tout ce qu’il a dit. Puisque la séance est enregistrée, il pourra même présenter les images à l’église baptiste, ajoute-t-il. «Si tu refuses de te soumettre, c’est la condamnation éternelle plus vite que tu penses, assure Guillot. Tu vas aller en enfer, tu vas payer et tu vas souffrir, je te le dis.»

Après de longues minutes de séance, complètement désemparé, Émile ne bouge plus. La colère s’est évaporée. La peur et le désespoir semblent avoir pris toute la place.

Les yeux pleins de larmes, la voix éteinte, il s’excuse d’avoir été méchant. L’enfant dit qu’il va demander à Dieu de le sauver.

À plusieurs reprises, le pasteur demande à l’enfant s’il veut quitter la maison du quartier Chauveau où il habite et va à l’école depuis quatre ans. Émile refuse. 

«Tu vas faire exactement ce que je veux, sinon c’est direct chez ta mère, avertit le pasteur. Et chez ta mère, ça veut dire «polyvalente» et ça veut dire «DPJ».»

En contre-interrogatoire, Émile expliquera à l’avocate qu’il n’avait à ce moment d’autre choix que de rester chez Guillot. Depuis quatre ans, le pasteur lui dépeignait sa mère comme un être mauvais. Elle avait d’ailleurs été bannie de l’église. «Et mon père, il avait complètement abandonné son rôle parental», constate Émile.

Le pasteur de 68 ans est accusé de voies de fait armées, voies de fait avec lésions et séquestration sur six anciens élèves. Son procès doit durer encore quatre semaines.

* Prénom fictif. L’identité des plaignants est protégée par une ordonnance de non-publication.