Procès du major Duquette: « C’est irréel », dit l’épouse de l'accusé

« C’est irréel. J’ai eu des moments de doutes, mais ça ne se peut juste pas. » L’épouse du major Éric Duquette a conclu la preuve de la défense dans le procès de son mari, accusé d’avoir touché la fesse d’une subalterne et de lui avoir dit qu’elle était « fucking hot », mercredi après-midi. Elle a affirmé avoir passé pratiquement toute la soirée avec son mari sur le plancher de danse et n’avoir été témoin d’aucun incident l’impliquant. Elle a fondu en larmes durant son témoignage, parlant du cauchemar dans lequel elle vit depuis la mise en accusation de son époux, avec qui elle partage sa vie depuis 28 ans.

Le procès du major Duquette, qui est accusé d’agression sexuelle, d’abus d’une subordonnée et de conduite préjudiciable au bon ordre et à la discipline, s’est poursuivi pour une troisième journée à la Cour martiale de la Base militaire de Bagotville. Durant le party de Noël de la 2e Escadre de Bagotville, le 1er décembre 2018, il aurait touché la fesse d’une subordonnée sur la piste de danse. Il aurait ensuite pressé son corps contre le sien en lui disant à l’oreille qu’elle était « fucking hot ». 

Le témoignage de l’épouse du major était attendu, puisque la plaignante et les deux témoins qui disent avoir vu le major commettre l’agression sexuelle ont affirmé au juge militaire D’Auteuil que la femme de l’accusé avait elle aussi été témoin de la scène et qu’elle avait quitté le plancher de danse en furie. 

L’épouse du major a démenti ces dires, affirmant plutôt avoir passé une « magnifique soirée » à danser avec son époux et avec les collègues de celui-ci. « Nous avons dansé jusqu’à la dernière minute. Je peux vous dire que si j’avais été témoin de quelque chose du genre, mon mari serait sorti assez vite de la piste. Je suis un peu possessive et jalouse. Mais ce soir-là, c’était vraiment une belle soirée », a déclaré l’épouse du major, qui a raconté que les derniers mois ont été très difficiles et qu’elle ne pouvait pas croire à de telles allégations. Elle a confirmé avoir hâte que tout soit fini. 

Elle a pleuré à la fin de son témoignage, entraînant également son mari dans les sanglots. 

Preuve close en défense

Trois autres témoins de la défense sont venus conclure les témoignages, mercredi après-midi. 

D’abord une militaire et amie du major Duquette, qui a raconté avoir dansé une bonne partie de la soirée avec l’accusé. Elle a juré n’avoir été témoin de rien de choquant. 

Une autre militaire a également affirmé avoir dansé quelques minutes avec le major Duquette durant cette soirée. Elle non plus n’a pas été témoin de quoi que ce soit. 

Elle a également expliqué être repartie de la soirée dans le même transport que l’accusé et que tout s’y était bien passé. 

Même chose pour le sergent Georges Gaudet, qui agissait comme chauffeur désigné lors de cette soirée du 1er décembre. Il a reconduit le major et son épouse à la maison, aux alentours de minuit. Selon le sergent, le couple était d’humeur fort agréable et le major a pu donner des directives claires pour que le sergent sache où il demeurait. Selon lui, le major n’était pas ivre. 

Les plaidoiries des deux parties auront lieu jeudi, toujours en Cour martiale de la Base militaire de Bagotville. 

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LA VICTIME ET LES TÉMOINS ÉTAIENT IVRES, SELON UNE ADJUDANTE-MAÎTRE

Le soir du 1er décembre, à la barn, l’adjudante maître Lynn Macfadden-Davis aurait averti à deux reprises la présumée victime du major Duquette et les deux témoins de la poursuite que leur état d’ivresse commençait à poser problème. Elle les a invitées à rentrer à la maison. 

L’adjudante-maître Macfadden-Davis était appelée à la barre du procès du major Duquette, mercredi matin, via vidéoconférence, puisqu’elle se trouve à l’extérieur du pays pour une mission militaire. Il s’agissait de l’un des témoins les plus importants de la défense. 

Elle a déclaré avoir eu à intervenir auprès de la présumée victime, dès 19 h, le soir du fameux party, puisque cette dernière était ivre. 

Sur le coup de 22 h, Macfadden-Davis aurait revu les trois femmes, cette fois dans la salle de bain. Selon l’adjudante-maître, qui est d’un rang supérieur à la présumée victime, les trois femmes étaient très ivres et riaient beaucoup. Macfadden-Davis aurait alors ordonné à sa subordonnée, en l’occurrence la présumée victime – les deux autres femmes sont des épouses de militaires – de rentrer à la maison, qu’un véhicule était à la disposition des participants de la fête à l’extérieur de la salle. 

Finalement, la présumée victime est partie à 2 h du matin, selon ses propres dires.

Dans leur témoignage, la présumée victime et les deux conjointes des militaires avaient affirmé ne pas être ivres ce soir-là. L’une d’entre elles avait même déclaré être à jeun.

Questionnée sur le plancher de danse, l’adjudante maître Macfadden-Davis a affirmé que la piste était chargée et que les gens se heurtaient souvent.

Les trois femmes, dont la présumée victime, ont présenté leur version des faits en début de procès.

Si les deux témoins disent avoir vu le major toucher la fesse de la plaignante, leurs versions des faits diffèrent toutefois entre elle et avec celle de la présumée victime.