Accompagnée de son père, Stéphanie Frenette continue de fuir les caméras en se cachant le visage dans un foulard.
Accompagnée de son père, Stéphanie Frenette continue de fuir les caméras en se cachant le visage dans un foulard.

Procès de Stéphanie Frenette: le père a été considéré tel un suspect

Patricia Rainville
Patricia Rainville
Le Quotidien
Le père du bambin qui aurait été secoué par la gardienne Stéphanie Frenette au point de le handicaper pour la vie a été considéré comme un suspect par les enquêteurs au dossier. Il a admis en cour, mardi, que «c’était lui ou elle», selon ce que les policiers lui ont dit lors des interrogatoires qu’il a subis durant l’enquête. Le père a également été questionné par le procureur de l’accusée, Me Julien Boulianne, sur un événement qui s’est produit en 2016, lorsqu’il a causé des ecchymoses sur le bras du petit en le serrant trop fort. Le père avait alors caché les événements à la mère de l’enfant.

Le procès de la gardienne Stéphanie Frenette se poursuivait pour une deuxième journée, mardi, au Palais de justice de Chicoutimi, devant le juge de la Cour du Québec, Michel Boudreault. La femme est accusée de voie de fait grave sur un bambin de 23 mois qu’elle gardait dans sa résidence de la rue Bégin, en février 2017.

Selon la preuve de la Couronne, le bambin aurait été secoué par Stéphanie Frenette un peu avant midi, le 20 février 2017. L’enfant n’en était qu’à sa troisième visite à la garderie l’ABC de la Chenille. Le bambin, qui a aujourd’hui cinq ans, est gavé pour s’alimenter, ne parle pas, ne marche pas et doit être installé dans une chaise anti-bascule pour éviter les chocs au cerveau.

Selon les experts en médecine de la Couronne, le petit a souffert d’un traumatisme crânien non accidentel. La gardienne a toujours nié être responsable de l’état de l’enfant.

La défense compte d’ailleurs appeler un neuropédiatre, qui avance que l’enfant est plutôt atteint d’une maladie.

Le père du bébé avait témoigné toute la journée, lundi, interrogé par la procureure de la poursuite, Me Nicole Ouellet.

Mardi, il était contre-interrogé par l’avocat de Stéphanie Frenette, Me Julien Boulianne. Il a été questionné durant un peu plus de trois heures.

C’est en toute fin du contre-interrogatoire que le procureur a demandé au père s’il avait lui-même été considéré comme un suspect dans le dossier.

Le père du garçon a été interrogé durant un peu plus de trois heures, mardi, par le procureur de Stéphanie Frenette, Me Julien Boulianne.

Le père a confirmé que les enquêteurs l’avaient informé que c’était forcément lui ou la gardienne Stéphanie Frenette, puisque ce sont ces deux personnes qui ont eu des contacts avec le petit, en matinée, le 20 février.

Le père a subi plusieurs interrogatoires de la part de la police. Des accusations de voie de fait grave avaient toutefois été portées contre Stéphanie Frenette, en juin 2017, par le Directeur des poursuites criminelles et pénales.

C’est lors de l’un de ces interrogatoires policiers, en mai 2019, que le père a admis avoir serré trop fort le bras de son enfant, en 2016, ce qui lui avait causé des ecchymoses.

Le père a expliqué que le petit faisait du dégât avec ses céréales et qu’il tentait de ramasser le dégât lorsqu’il a perdu patience. «Je l’ai tassé en le tirant par le bras et en lui disant d’aller jouer ailleurs», a expliqué le père, lorsque questionné au sujet de cet incident par Me Boulianne.

Des ecchymoses sont apparues sur le bras du bébé, ce qui a inquiété la mère. Cette dernière a questionné son conjoint, qui lui a dit ignorer d’où ça venait.

Ce n’est que plusieurs mois plus tard que le père a admis ce geste à sa conjointe, après le traumatisme crânien de l’enfant.

Il a dit ne pas avoir dévoilé la vérité à la mère pour éviter la confrontation.

L’accusée continue de fuir les caméras
L’accusée prend beaucoup de notes durant les audiences. Elle continue d’éviter les caméras des médias en enfilant foulard et masque pour protéger son identité.

Il faut dire que Stéphanie Frenette a dû quitter la région, après les événements. Sa maison qui abritait sa garderie en milieu familial a été vandalisée et elle a reçu des menaces de mort.

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LES MYSTÉRIEUX SYMPTÔMES DU BAMBIN DÉCORTIQUÉS PAR LA DÉFENSE

Vomissements, pertes d’équilibre, manque d’énergie ; l’enfant qui aurait été secoué par sa gardienne Stéphanie Frenette, le 20 février 2017, présentait des symptômes inexpliqués dès le 13 février, soit la semaine précédant les événements qui ont amené le petit garçon d’urgence à l’hôpital. La défense, assurée par Me Julien Boulianne, a longuement questionné le père du bambin sur ces symptômes, mardi, lors de son contre-interrogatoire.

La mémoire du père a été mise à rude épreuve par le criminaliste à plusieurs reprises. Alors que le père se souvenait de détails précis concernant certaines situations, il n’arrivait pas à se rappeler d’autres détails, par exemple concernant le niveau d’appétit du garçon de 23 mois, durant la semaine précédant les événements. 

Le père a aussi été questionné sur le fait que le petit se couchait sur le dos, immobile, durant la semaine où il a fréquenté la garderie de Stéphanie Frenette. Le père avait affirmé, lors de son témoignage principal, lundi, qu’il avait parlé de ce curieux geste à l’infirmière du CLSC que les parents consultaient à l’époque. Selon le père, l’enfant a commencé à se coucher au sol, immobile, à son retour de sa première visite à la garderie, le 13 février 2017, ce qu’il n’avait pas l’habitude de faire auparavant. Toutefois, le criminaliste a plutôt suggéré à l’homme que cette question avait été abordée par les parents auprès de l’infirmière le 2 février, soit une dizaine de jours avant la première visite du bambin chez Stéphanie Frenette. Le père a nié cette information.

La journée du 16 février 2017, soit le jour où le petit a été amené au centre d’amusement Savana, a aussi été décortiquée par le procureur de la défense. Rappelons que le petit, qui s’était énormément amusé deux semaines plus tôt dans les modules de jeu, n’allait pas bien du tout lors de sa seconde visite. Le petit perdait l’équilibre, avait de la difficulté à se tenir droit et à se glisser et il avait aussi fait une chute par terre, se cognant la tête au sol.

Durant l’enquête préliminaire, qui avait eu lieu en décembre 2017, le père avait déclaré que le petit «n’était déjà plus pareil, que ce n’était carrément pas normal et que ce n’était pas le même garçon».

Le père a expliqué avoir alors pensé que le petit souffrait d’une indigestion, puisqu’il avait vomi quelques fois et avait souffert de diarrhées. 

Le père a aussi précisé qu’une employée du centre Savana avait affirmé qu’une commotion cérébrale serait étonnante, puisque le petit ne s’était pas cogné très fort. 

Le juge Michel Boudreault a toutefois précisé que trois experts en médecine allaient être appelés à témoigner, ce qui pourrait permettre d’éclaircir certains points. Ces experts ne seront appelés à la barre que durant la deuxième semaine du procès, qui aura lieu à compter du 26 octobre. C’est à ce moment que nous en saurons davantage sur ces symptômes décrits par le père. 

La défense a déjà annoncé le témoignage d’un neuropédiatre, qui affirme que le bébé souffrirait d’une maladie.

Le procès de Stéphanie Frenette se poursuit mercredi. 

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LE PETIT GARÇON ALLAIT TRÈS BIEN LE MATIN DU 20 FÉVRIER, TÉMOIGNE LA MÈRE

Le petit garçon qui aurait été secoué par sa gardienne Stéphanie Frenette, et qui est aujourd’hui lourdement handicapé, allait très bien le matin du drame, selon sa mère, appelée à témoigner devant le juge de la Cour du Québec, Michel Boudreault. Le petit souriait en se levant, marchait et disait «maman» lorsqu’il est allé la rejoindre dans son lit. 

La mère du petit garçon a témoigné au procès de Stéphanie Frenette, mardi après-midi, au Palais de justice de Chicoutimi. La jeune femme a raconté que son garçon était un enfant enjoué, qu’il aimait grimper et s’amuser durant ses 23 premiers mois, même s’il présentait des retards de développement, notamment de langage. Somme toute, la maman a décrit le petit comme l’avait fait son père la veille. Elle a toutefois ajouté que le bambin avait l’habitude de se cogner la tête au sol lorsqu’il était grognon, détail qui n’a pas été divulgué par le père. 

La maman a versé des larmes, durant son témoignage, devant revenir sur ces événements douloureux qui ont laissé son garçon handicapé pour la vie. 

Bien qu’elle a témoigné que l’enfant était en forme le matin du 20 février 2017, elle a dit avoir hésité à l’envoyer à la garderie, ce matin-là, puisqu’il avait été malade durant les jours précédents.

La mère a parlé des mêmes symptômes que le père, soit des diarrhées, des vomissements, un manque d’énergie et de tonus, notamment lorsque la famille est allée dans un centre d’amusement, le vendredi précédent. 

«Le dimanche soir, je ne voulais pas l’envoyer à la garderie le lendemain parce qu’il avait vomi. Mais son père voulait l’envoyer», a souligné la maman. 

Le lundi matin, lorsqu’elle a vu que le petit allait bien, elle a consenti à ce que son père le reconduise à la garderie pendant qu’elle s’occupait de leur nouveau-né.

«Je le regrette aujourd’hui, je n’aurais pas dû l’envoyer», a dit la mère, en pleurant. 

L’avocat de la défense, Me Julien Boulianne, n’a pas posé de questions en contre-interrogatoire. 

Le procès reprend mercredi.