L’avocat de la défense, Me Louis Belliard, ne peut pour l’instant que contre-interroger les témoins. Il pourra faire entendre ses propres témoins qu’une fois ceux de la Couronne entendus.

Procès de Rodrigue Boivin: le jury entend sept témoins

Sept témoins ont été entendus, mercredi, lors de la première journée du procès devant jury de Rodrigue Boivin au Palais de justice de Roberval. L’homme de 48 ans, originaire de Mashteuiatsh, est accusé d’homicide involontaire et d’introduction par effraction.

Les événements qui lui sont reprochés remontent au 31 août 2016 et se seraient produits à la résidence de la victime, Évans Robertson, décédé deux mois après l’agression, ce qui a changé le chef d’accusation, passant de voies de fait graves à homicide involontaire. Rodrigue Boivin est aussi accusé de voies de fait sur une autre personne. 

Parmi les témoins entendus mercredi, les deux policiers de la communauté autochtone qui sont intervenus les premiers auprès de M. Robertson ont raconté leur version des faits. De nombreuses photos ont été présentées en preuves, mais les circonstances entourant les événements demeurent nébuleuses. 

Le technicien en scène de crime de la Sûreté du Québec, Christian Tremblay, a trouvé du sang séché appartenant à Évans Robertson sur le pouce droit de l’accusé.

Une victime mal en point

Le policier Éric Launière a expliqué avoir trouvé M. Robertson sur une chaise à côté de son lit. Il avait le visage ensanglanté et enflé et il « ronflait ». Une marre de sang gisait sous ses pieds. M. Launière a indiqué que c’est lui qui était à son chevet, tout en sécurisant les lieux, en attendant l’arrivée de l’ambulance. 

« Lorsque les ambulanciers sont entrés dans la chambre, ils ont vu quelque chose que je ne voyais pas. Ils se sont dépêchés d’agir […]. Les ambulanciers ont dit qu’ils n’étaient pas sûrs de le réchapper », se souvient M. Launière.

L’ambulancier Donald Gauthier, appelé à son tour à la barre, a exprimé, dans un témoignage éclairant, que « le patient ne ronflait pas parce qu’il dormait, mais bien parce qu’il s’était fait agresser. Souvent, les victimes de traumatisme respirent de cette façon ».

Son coéquipier et lui ont donc déterminé que la victime se trouvait dans un coma profond et lui ont donné des soins pour faciliter sa respiration. 

Pour M. Gauthier, il s’agissait d’une intervention particulièrement difficile puisque M. Robertson pesait au moins 300 livres (136 kg). Les premiers répondants ont dû le sortir sur une civière tout en contournant de nombreux meubles qui se trouvaient de façon erratique dans la demeure. 

L’ambulancier a soulevé au passage avoir entendu une dame dire qu’elle savait « qu’il allait le tuer un jour ».

« Pourquoi elle a dit ça ? Je ne sais pas. Par la suite, quelqu’un m’a demandé s’il allait mourir, je lui ai répondu que je ne savais pas, mais qu’il n’allait pas bien », relate M. Gauthier.

Lors de son témoignage, la cousine de la victime, Francine Cleary, raconte qu’elle a nettoyé la scène pensant que M. Robertson allait avoir son congé de l’hôpital dans les prochains jours. Elle a ciblé les endroits où elle a vu du sang aux membres du jury.

Témoignage de la famille

Le petit-fils de la victime, Jean-François Connolly-Xavier, a lui aussi partagé sa version des faits. C’est lui qui a appelé les secours d’urgence après avoir retrouvé son grand-père « amoché ». Il l’aurait d’abord épongé à la débarbouillette et relevé sur sa chaise. 

« En arrivant sur les lieux, j’ai remarqué que la porte arrière était ouverte, j’ai vu qu’il y avait quelqu’un, c’était Candy Moore (la conjointe de l’époque de l’accusé). Elle était en pleurs. Elle m’a dit d’aller voir mon grand-père dans sa chambre », se souvient le jeune homme.

Plus tôt dans la journée, il relate que son grand-père « buvait de la bière » avec Mme Moore et un dénommé Mike. La cousine de l’accusé, Francine Cleary, s’est rendue à quelques reprises chez M. Robertson. La première visite fut brève : Évans Robertson et Candy Moore étaient selon elle à la table en train de prendre une bière. La seconde fois, elle n’est pas entrée à l’intérieur puisque les ambulanciers étaient sur place. Elle y est retournée plus tard pour nettoyer la maison de son cousin. 

« Je pensais qu’il allait sortir dans deux ou trois jours de l’hôpital, je voulais nettoyer pour lui donner un coup de main. J’ai ramassé des débarbouillettes de sang que j’ai mises dans un sac de poubelles et laissées dans le couloir. J’ai frotté le matelas parce qu’il y avait une tache de sang. J’ai lavé ses couvertes chez moi », indique Mme Cleary. Cette dernière ajoute qu’une barre de métal se trouvait sur le sol dans la chambre de M. Robertson. Elle l’a laissée où elle se trouvait. 

Le procès devant jury se poursuivra pendant plusieurs jours encore. La Couronne doit continuer à faire entendre des témoins jeudi. La défense pourra faire de même une fois cette portion du procès terminée.