Richard Forgues fait face à des accusations d’agressions sexuelles sur deux mineures, qui auraient été commises dans les années 80 à Saint-Honoré.

Procès de Richard Forgues: la défense demande un arrêt des procédures

L’avocat de Richard Forgues, accusé d’agressions sexuelles sur deux mineures qui auraient été commises dans les années 1980, à Saint-Honoré, demande un arrêt des procédures pour les chefs d’accusation concernant la plus jeune des victimes ou l’avortement du procès. Me Jean Petit estime avoir été piégé, en n’ayant pas en main des éléments connus par la police et le ministère public et qui, selon lui, auraient changé sa stratégie de défense.

« Je crie parce que je suis outré ! La vie d’un homme est en jeu. Un homme qui fait face à des accusations extrêmement graves », a lancé le criminaliste, lorsque la procureure de la poursuite, Me Marianne Girard, a demandé à son confrère de la défense de cesser de crier. 

Richard Forgues subit son procès depuis le 11 novembre dernier, au Palais de justice de Chicoutimi. C’était le jour six, jeudi. Le procès se tient par dates entrecoupées. 

Richard Forgues est accusé d’avoir agressé sexuellement une enfant de quatre ans, en 1986. L’accusé était âgé dans la vingtaine à l’époque. Il est également accusé d’avoir contraint une autre enfant à lui faire des fellations durant environ trois ans, lors de tournées de distribution de journaux. 

Durant le procès, des révélations ont été faites lors des différents témoignages, notamment sur le fait que la présumée victime de quatre ans soit entrée en contact via Facebook avec une tierce personne, afin de savoir si Richard Forgues avait pu faire d’autres victimes. La réponse a poussé la plaignante à porter plainte à la police, en 2016. Me Jean Petit n’avait pas été mis au courant de cette discussion, ce qui porte préjudice à son client, d’après le criminaliste. De plus, Me Petit a fait témoigner la mère de la victime de quatre ans. Mais la mère a dit des choses qu’elle n’avait pas dites lors de sa déclaration à la police. Elle l’a toutefois dit à l’enquêteur au dossier, Langis Néron, la semaine dernière, mais le policier n’a pas transmis l’information au ministère public et à la défense, puisqu’il estimait que ce détail n’était pas pertinent. Nous ne pouvons dévoiler la teneur exacte de l’élément en question, puisqu’il permettrait d’identifier la présumée victime. Cet élément concerne une période de temps. 

Me Petit a été scandalisé d’apprendre que l’enquêteur avait jugé cet élément impertinent. 

« Ce n’est pas à la police à décider de ça ! Cette information aurait changé ma stratégie de défense, puisque je n’aurais pas fait témoigner la mère », s’est emporté le criminaliste. 

Me Petit estime donc que le procès doit être avorté concernant la première des victimes, puisqu’on ne lui a pas donné les informations nécessaires pour offrir une défense pleine et entière à son client. L’avortement d’un procès signifie que la cause reprendrait du début, devant un autre juge. 

Si le procès n’est pas avorté, le criminaliste demande un arrêt des procédures, toujours pour la première victime, estimant que les souvenirs de la plaignante sont trop flous pour être jugés recevables. Les événements remontent à 35 ans. 

Me Petit croit également invraisemblable qu’un homme d’une vingtaine d’années puisse pénétrer une enfant de quatre ans sans causer de lésions. Le criminaliste avait d’ailleurs demandé au juge de la Cour du Québec, Paul Guimond, la permission de faire entendre un expert en la matière, en l’occurrence un médecin.

Le magistrat avait accueilli cette demande la semaine dernière, mais Me Petit a finalement affirmé jeudi qu’il ne pourrait faire entendre son expert, étant donné que les délais étaient trop serrés pour la réalisation d’une expertise. 

Me Jean Petit a plaidé sa requête durant trois heures, jeudi après-midi. 

Bien évidemment, la poursuite s’oppose aux demandes d’avortement de procès ou d’arrêt des procédures formulées par la défense. Me Marianne Girard sera d’ailleurs appelée à répliquer prochainement, mais aucune date n’a encore été fixée. 

Les plaignantes assistent aux procédures depuis le début. 

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L'ACCUSÉ NE TÉMOIGNERA PAS

Richard Forgues ne témoignera pas à son procès. La défense a annoncé que l’accusé garderait le silence après avoir appelé à la barre deux témoins, jeudi, en cette sixième journée de procès pour agressions sexuelles sur deux mineures. 

D’abord, l’avocat de Richard Forgues, Me Jean Petit, a notamment fait témoigner le frère de la deuxième présumée victime, qui aurait été contrainte à faire des fellations à l’accusé durant des tournées de distributions de journaux, dans les années 80, à Saint-Honoré. Le frère en question avait entre six et huit ans au moment des faits allégués. Dans sa déclaration faite aux enquêteurs, le frère avait dit ne pas avoir le souvenir d’avoir vu Richard Forgues passer les journaux à l’époque. 

Mais voilà que certains souvenirs sont remontés à la surface, a-t-il témoigné. Il a déclaré, jeudi, avoir vu Richard Forgues avec un sac rouge rempli de journaux à un certain moment, en plus de voir le sac dans le véhicule de l’accusé. 

Me Jean Petit a été quelque peu surpris par cette nouvelle information, puisqu’il s’attendait à ce que son témoin déclare ne jamais avoir vu son client dans un contexte de distribution de journaux. 

Le criminaliste a d’ailleurs posé plusieurs questions au témoin, afin de savoir comment une telle information avait pu apparaître tout à coup. Il s’est également emporté, pointant l’enquêteur au dossier Langis Néron et avançant que c’était lui qui avait suggéré cette réponse au témoin. Le témoin a nié avoir été influencé, expliquant plutôt qu’en y songeant bien, au cours des derniers mois, des souvenirs étaient réapparus. 

Le témoin a toutefois précisé qu’il ignorait si sa sœur avait passé le journal avec Richard Forgues et il n’a aucun souvenir concernant les agressions sexuelles alléguées.

Le frère et la sœur n’étant plus en contact, ils ne se sont jamais parlé de la présente affaire. 

Me Petit a posé plusieurs questions à son témoin, afin de tester sa mémoire. À un certain moment, le témoin a demandé au criminaliste de baisser le ton. 

« Il a raison, votre façon de faire est agressive et inadéquate », a sermonné le juge de la Cour du Québec, Paul Guimond. 

Les interrogatoires de Me Petit ont été interrompus à plusieurs reprises, la Couronne s’objectant devant des questions suggestives. 

« Je vais commencer à croire que vous faites exprès », a affirmé le juge Guimond, irrité.

Le juge a aussi ramené à l’ordre la procureure de la poursuite, Me Marianne Girard, qui chuchotait durant que son confrère de la défense plaidait sa cause. 

« Votre comportement est aussi inapproprié », a souligné le magistrat. 

La mère de la première victime, celle de quatre ans, qui aurait été agressée sexuellement au milieu des années 1980 par Forgues, a aussi été appelée en cour à titre de témoin de la défense. 

La femme se souvient de ce que sa fille lui a dit : « Richard m’a fait faire un tour de pénis ». 

La mère, qui élevait ses quatre enfants dans un milieu précaire financièrement, a alors promis à sa petite fille qu’elle ne serait plus jamais en contact avec Forgues. 

« J’ai pensé qu’il lui avait montré son pénis. Je sais aujourd’hui que je n’aurais pas dû faire ça, mais sur le coup, je n’ai rien dit. Je sais aujourd’hui que ce n’était pas la chose à faire, mais je voulais seulement protéger ma fille. Et je ne savais pas ce qui était arrivé. Elle m’a dit en 2016 qu’elle voulait porter plainte et qu’elle avait été agressée, qu’il y avait eu pénétration. C’est horrible. Ç’a été l’enfer lorsque j’ai su », a laissé tomber la dame, sanglotant. 

La plaignante, qui assiste à toutes les procédures judiciaires, a également pleuré durant le témoignage de sa mère. 

Me Petit a ensuite posé plusieurs questions à savoir si la mère avait découvert du sang dans les vêtements de sa fille ou dans ses draps. Il a également questionné la témoin sur les configurations de la maison familiale et de l’endroit où les enfants dormaient. La mère a dit ne plus s’en rappeler.