Jérémie Perron subi son procès pour agression sexuelle sur une adolescente de 17 ans.
Jérémie Perron subi son procès pour agression sexuelle sur une adolescente de 17 ans.

Procès de Jérémie Perron: son sperme prélevé sur le corps de l’adolescente et un alibi démenti

Patricia Rainville
Patricia Rainville
Le Quotidien
Le sperme de Jérémie Perron a été retrouvé sur le corps de sa présumée victime de 17 ans et sur le divan sur lequel aurait été perpétrée l’agression sexuelle, dans la nuit du 14 au 15 juillet 2018, à Jonquière. Quatre témoins policiers ont été entendus, mercredi, en cette troisième journée du procès de l’individu accusé d’agression sexuelle causant des lésions et d’introduction par effraction, tandis qu’un cinquième témoin a démenti l’alibi de l’accusé.

Jérémie Perron, âgé de 27 ans, est accusé de s’être introduit chez une adolescente, qui était seule à la maison, en juillet 2018. La jeune fille a témoigné s’être endormie sur le divan après son quart de travail et avoir été réveillée par un homme masqué d’une paire de lunettes de ski et d’une cagoule qui la fixait. L’individu, identifié comme étant Jérémie Perron, aurait ensuite ligoté la jeune fille pour se livrer à des gestes sexuels, notamment une fellation forcée.

Relier l’ADN retrouvé sur les lieux à celui de l’accusé n’a pas été une mince affaire et ce n’est que cinq mois plus tard qu’il a été arrêté.

Récit de l’enquête

La Couronne, représentée par Me Nicole Ouellet, poursuivait sa preuve, mercredi, avec quatre policiers, dont la technicienne en scène de crime Jessie Lalande, qui a visité la maison quelques heures après l’agression. Sur place, elle a saisi une débarbouillette, des petites culottes et une serviette de plage, entre autres, aux fins d’analyse. Ni le masque de ski ni les gants et ni le manteau de style camouflage que la victime a décrit n’ont été retrouvés.

Selon le témoignage de la victime, celle-ci a été malade sur le sol après l’agression. Des éclaboussures sur le divan ont d’ailleurs été prélevées. Quelques jours plus tard, la policière a su qu’il y avait bel et bien du sperme dans ces éclaboussures. De plus, ce sperme concordait avec celui retrouvé sur le corps de la jeune victime, lorsque cette dernière s’est soumise à des examens à l’hôpital, quelques heures à peine après le crime allégué.

Mais aucun profil génétique déjà fiché par les policiers ne correspondait à l’échantillon prélevé. Un travail d’enquête a donc été amorcé, afin de déterminer à qui pouvait appartenir cet ADN.

L’enquêteure Mélanie Simard est d’ailleurs venue expliquer comment s’était déroulé les premiers mois d’investigation. Étant donné que la victime avait affirmé que son agresseur s’exprimait en anglais, l’enquête s’est d’abord orientée vers des suspects anglophones.

Par exemple, à l’été 2018, un anglophone avait été arrêté à Jonquière, puisqu’il harcelait une caissière d’un dépanneur. Il avait également montré son pénis. L’homme a été arrêté puis il s’est soumis à un test d’ADN. Les résultats se sont avérés négatifs.

« Nous recevions des informations concernant des suspects qui s’exprimaient en anglais, donc les efforts se concentraient à ce niveau pour éliminer les pistes », a expliqué l’enquêteure du Service de police de Saguenay.

C’est au mois de novembre que l’enquête a été reprise du début, puisqu’aucun suspect n’avait encore été arrêté. Les agents ont pris la décision d’éliminer de la liste des potentiels suspects les hommes qui gravitaient, de près ou de loin, autour de l’adolescente. Par exemple, un ami de la famille et voisin a été invité à offrir un échantillon d’ADN, qui s’est avéré négatif. Une dizaine de personnes s’y sont soumises.

Jérémie Perron figurait sur la liste des personnes invitées à se soumettre au test. Son ex-conjointe était d’ailleurs venue expliquer, mardi, que Perron ne semblait visiblement pas vouloir le faire, disant de cet exercice lui rappellerait de mauvais souvenirs d’une agression sexuelle dont il aurait lui-même été victime, il y a une vingtaine d’années.

Le témoignage de l’ex-conjointe a été appuyé par celui de la policière Mélanie Simard, chargée de recueillir l’échantillon d’ADN de Jérémie Perron.

Elle a notamment expliqué que la prise d’un rendez-vous au poste de police s’avérait compliquée, Perron ne voulant pas s’y présenter.

Le procès criminel se tient au Palais de justice de Chicoutimi depuis lundi. C’est le premier procès en personne a avoir lieu en huit semaines.

Deux policiers, dont Mme Simard, se sont donc présentés sans s’annoncer chez Perron, le 4 décembre 2018. C’est ce jour-là que l’accusé devait se rendre au poste, mais qu’il ne l’avait pas fait. Soulignons que la prise d’ADN était volontaire, puisque les individus ciblés n’étaient pas considérés comme des suspects.

La discussion entre les parties a duré une heure environ. L’enquêteure Simard a noté que Jérémie Perron semblait tracassé et esquivait les questions. Elle a affirmé que Perron a dit « qu’il savait pourquoi ils étaient là, mais que ça ne faisait pas son affaire ». Cette déclaration a été admise par l’accusé.

Finalement, Perron n’a pas voulu se soumettre au test le 4 décembre, préférant remettre le tout à plus tard, soit après les Fêtes. Mais il a fini par accepter de se rendre au poste le 7 décembre, après avoir vu son médecin, puisqu’il n’allait vraiment pas bien psychologiquement.

Perron n’est jamais allé au rendez-vous, puisqu’il a été hospitalisé en psychiatrie entre temps. C’est finalement la saisie d’un mégot de cigarette, jeté par terre par Jérémie Perron, qui aura permis de le relier au crime.

C’est le 5 décembre 2018 que la saisie de ce mégot a eu lieu, alors que Perron se rendait chez son médecin. L’enquêteur Marcel Parent avait organisé une filature et, mimant de parler au téléphone non loin de l’accusé, il a attendu que ce dernier jette la cigarette qu’il fumait avant de rentrer dans le cabinet médical.

Le mégot a été saisi et envoyé aux fins d’analyse. C’est deux jours plus tard que les résultats sont revenus positifs.

+Un alibi démenti

« Peux-tu confirmer par «oui on était ensemble dans la nuit de samedi à dimanche entre 11 h 30 et 3 h». Pour que ma blonde arrête de capoter. Je t’expliquerai pk (pourquoi) ». Jérémie Perron a envoyé ce texto à un ami, en faisant référence à la nuit du 15 juillet. C’était le 19 juillet, soit quatre jours après l’agression sexuelle d’une adolescente dont il est accusé.

Dave Bernard, un ami de Jérémie Perron, a été appelé à la barre des témoins de la Couronne, mercredi après-midi.

Le soir de l’agression, Perron avait dit à sa conjointe de l’époque qu’il partait rejoindre son ami Dave, aux alentours de 23 h 30. Il est rentré au petit matin, selon le témoignage de l’ex-conjointe.

Mais Dave Bernard a confirmé au tribunal que cette nuit-là, il travaillait à l’hôpital et qu’il n’avait pas vu Jérémie Perron.

Un échange de textos a d’ailleurs été montré en cour, mercredi après-midi. Ledit message a été déposé en preuve, de même que plusieurs échanges entre Jérémie Perron et Dave, dans les mois suivant les événements et dans lesquels il est surtout question des problèmes de santé mentale de l’accusé.

L’infirmier était ami avec l’accusé depuis environ cinq ou six ans, lors des événements. Dave Bernard a affirmé qu’ils se voyaient occasionnellement, pour boire une bière et jaser.

Dans l’échange de textos montré en cours, on a pu lire que Dave Bernard tentait d’aider l’accusé concernant son désespoir dépressif et d’un lourd secret. Le témoin a dit à la juge de la Cour du Québec, Sonia Rouleau, qu’il pense que ce secret était le fait que l’accusé entendait des voix. Jérémie Perron avait partagé cette information à son ex-conjointe pour expliquer son comportement des mois précédents.

De retour le 21 mai

Le procès est ajourné jusqu’au jeudi 21 mai. Le dernier témoin de la Couronne, un psychologue, ne pouvait pas être présent avant cette date. Après ce témoignage, la défense débutera sa preuve. L’accusé prévoit présenter une défense de consentement. Jérémie Perron, assis dans le box des accusés, prend beaucoup de notes depuis le début de son procès.