L’enquêteur de la Sûreté du Québec, Éric Gauthier (photo), avait hérité du dossier en compagnie de son collègue Paulin Pelletier, le 8 août 2012.

Poursuite de Mario Gauthier: une victime «très crédible»

L’enquêteur aux crimes majeurs de la Sûreté du Québec (SQ), Éric Gauthier, trouvait que le témoignage de la victime dans l’histoire de l’agression sexuelle contre Mario Gauthier était très crédible. Il a évalué qu’il devait soumettre le dossier au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Il ajoute que certains commentaires du suspect, sur le fait qu’il n’aurait jamais dû amener la petite au chalet, l’ont amené à penser au bon fondement de l’accusation et de la suite des événements.

Mario Gauthier, un entrepreneur de 60 ans, poursuit le Procureur général du Québec (avocats de la Couronne), le ministère de la Sécurité publique (enquêteurs de la SQ) et la plaignante pour une somme de 620 000 $ pour atteinte à sa réputation et dommages moraux envers lui-même, sa conjointe, sa fille, son fils et son entreprise. Il a été acquitté en décembre 2015 des accusations d’attouchement et d’agression sexuelle sur une mineure pour un événement survenu le 15 juin 2012.

Le procès civil se tient devant la juge Lise Bergeron, de la Cour supérieure du Québec, au Palais de justice de Chicoutimi.

L’enquêteur Gauthier avait hérité du dossier en compagnie de son collègue Paulin Pelletier, le 8 août 2012. Les deux policiers se sont rendus au domicile de la plaignante pour lui parler et l’ont ensuite amenée au poste de la Sûreté du Québec, à Chicoutimi.

« Lors de l’entrevue, j’ai vu une jeune fille renfermée, qui avait des trémolos dans la voix et qui avait des réactions de victime. Elle avait toujours le goût de pleurer. Les éléments et les réponses qu’elle me donnait ne semblaient pas avoir été inventés », a mentionné Éric Gauthier, lorsque questionné par Me Véronique Massé, procureure du ministère de la Sécurité publique.

« Ma perception de l’entrevue, c’est que je suis convaincu que la victime est très crédible. Les réponses qu’elle me donne ne sont pas inventées. Elle m’a fait part d’entrée de jeu de ses craintes de raconter son agression, de ne pas être crue, de la réaction de son père et du fait qu’il pourrait perdre son emploi étant donné qu’il travaillait pour Mario Gauthier, son “agresseur” », ajoute l’enquêteur aux crimes majeurs.

Celui-ci a précisé qu’il n’avait pas noté de contradiction dans les propos de la victime, même si celle-ci y est allée d’un commentaire précis après une courte pause.

« Au retour de la pause, je suis entré dans la salle d’entrevue et elle m’a dit que Mario l’avait mangé (cunnilingus) et que cela lui avait causé une irritation au vagin. Je n’y vois pas une contradiction, mais je retiens plutôt qu’il n’est pas facile de raconter ça à 14 ans », a poursuivi Éric Gauthier.

Suspect

Après avoir eu la version de l’adolescente et certains commentaires des parents de celle-ci, deux enquêteurs ont pris la décision, en collaboration avec l’équipe, de procéder à l’arrestation de Mario Gauthier. Ils ont procédé à 16 h 17 alors que le suspect se trouvait sur un chantier de construction à Arvida.

« Nous sommes allés le voir et nous avons demandé à lui parler dans notre véhicule. Une fois à l’intérieur, nous lui avons dit qu’il était en état d’arrestation en lien avec une agression sexuelle. Nous lui avons permis de faire un appel à sa conjointe pour qu’elle vienne s’occuper du chantier et nous l’avons amené au poste. »

« Il a bien collaboré. Nous lui avons lu ses droits. Et durant le trajet, il a lancé de façon spontanée qu’il n’aurait jamais dû amener cette petite fille-là au chalet », de noter Éric Gauthier.

Durant l’interrogatoire du suspect, l’enquêteur a cherché à avoir la version de Mario Gauthier sur cet épisode au chalet.

« Certaines choses m’ont tracassé. M. Gauthier a répété qu’il n’aurait pas dû l’amener au chalet, il savait qu’elle porterait plainte pour agression sexuelle, il ne voulait pas qu’elle amène une amie, car il serait accusé de deux agressions sexuelles, chaque fois qu’il se retrouvait au chalet (après les événements) il pensait que la famille porterait des accusations et il avait avisé les parents de cette possibilité. »

« Il a aussi dit qu’il ne l’avait pas touchée lorsqu’elle grelottait pour dire ensuite qu’il l’avait flattée. Il a parlé des pilules de Viagra pour dire qu’il avait des problèmes érectiles depuis deux ans et que sa conjointe n’était pas au courant. Il avait cette pilule avec lui sur le chantier et il pouvait bien en avoir au chalet aussi. Tout ça a mis un doute sur la véracité des propos de Mario Gauthier », a témoigné Éric Gauthier.

En fin d’après-midi, son collègue enquêteur Paulin Pelletier a confirmé les informations en lien avec la présumée agression dont avait été victime la jeune fille.

M. Pelletier a ajouté que son témoignage était crédible et qu’elle avait dit des choses vraisemblables.

« Nous savions aussi que Mario Gauthier avait tenté d’entrer en contact avec la famille de la victime durant le transport vers la Sûreté du Québec. En tenant compte de toutes les informations que nous avions, avec les corroborations de l’histoire, il nous était permis de croire que Mario Gauthier avait pu commettre le crime », a précisé M. Pelletier.

Sur la décision de garder le suspect en détention pour la nuit, de lui faire subir une fouille à nu avant de se rendre au tribunal, l’enquêteur Pelletier a ajouté qu’il avait suivi la suggestion d’un procureur de la Couronne qui était de garde.

« Nous avons tenu compte du caractère du crime, du fait que le suspect avait des antécédents de voies de fait et de menaces, que la situation pouvait être explosive, d’autant plus que les parties demeuraient sur la même rue, pour prendre cette décision difficile », a-t-il conclu.

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70 CONTRADICTIONS NOTÉES

Avec plus de 70 contradictions à l’enquête préliminaire et de nombreuses interrogations sur le sérieux de la plainte, le criminaliste Dominic Bouchard estime que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) aurait dû mettre un terme aux procédures judiciaires contre Mario Gauthier.

Me Bouchard a défendu les intérêts de l’accusé entre 2012 et 2015. Il est bien au fait du dossier et s’en souvient assez bien.

Dès que le dossier s’est retrouvé entre ses mains, il a pris connaissance de toute la preuve et a rapidement noté des contradictions dans le témoignage de la victime.

« J’ai relevé quelques éléments particuliers dans la preuve qui nous avait été soumise. La victime s’était confiée pour dire qu’elle avait été victime d’une agression sexuelle, pour ensuite tenter de joindre la travailleuse sociale pour modifier sa version. Elle a envoyé un poème qui parle d’un rêve qui s’est passé comme si cela était arrivé et ajoutait que sa tante avait vécu la même chose. J’avais fait valoir que ça n’avait pas de bon sens ce dossier-là », a commenté Me Bouchard, par visioconférence de Québec.

« À l’enquête préliminaire, la victime était agressive, voulait partir et ne voulait pas répondre à mes questions. J’ai relevé 70 contradictions. À la sortie (de la salle), j’ai demandé à Me Tremblay (Sabrina) si elle en voulait d’autres ou si elle en avait assez pour retirer les accusations. Sa réponse a été de me dire qu’elle croyait la victime. J’en ai parlé deux fois à la Couronne. Je n’ai pas été surpris de voir que les accusations n’étaient pas retirées », de poursuivre Me Bouchard.

Ce dernier s’est aussi élevé contre la détention de son client durant une nuit, l’obligeant à passer par une fouille à nu avant de se présenter au palais de justice.

Les policiers auraient pu agir autrement, comme cela se fait régulièrement selon lui.

« Les événements s’étaient produits près de deux mois avant, les policiers n’avaient qu’une version et il n’y avait pas de danger imminent de la part du présumé agresseur. Ils auraient pu l’arrêter et le libérer sous diverses conditions. »

« Ça aurait laissé plus de latitude à la Couronne et ça lui aurait donné les coudées franches pour corroborer le témoignage de la victime. On lui a donné une patate chaude dans les mains », indique Me Bouchard.

Polygraphe

Par ailleurs, au cours de l’interrogatoire de Mario Gauthier, l’enquêteur Éric Gauthier a laissé voir qu’il pourrait le soumettre au polygraphe, ce que l’accusé avait accepté.

L’enquêteur a précisé qu’il s’agissait d’une simple tactique d’interrogatoire afin de mesurer la réaction de l’accusé et qu’il n’avait jamais eu l’intention de lui faire passer ce test.

« Le polygraphe aurait effectivement pu être passé à l’accusé, même si ça peut être une arme à deux tranchants », a-t-il mentionné.