Le juge de la Cour du Québec, Michel Boudreault, s’est assuré que l’individu avait bien compris toutes ses conditions. Le magistrat a noté que la langue avait pu jouer un rôle dans la compréhension. 
Le juge de la Cour du Québec, Michel Boudreault, s’est assuré que l’individu avait bien compris toutes ses conditions. Le magistrat a noté que la langue avait pu jouer un rôle dans la compréhension. 

Poupée-enfant: l’accusé, qui parle mandarin, avait mal compris ses conditions

Patricia Rainville
Patricia Rainville
Le Quotidien
Junjie Yan, accusé d’avoir eu en sa possession une poupée-enfant érotique, a pu reprendre sa liberté, vendredi après-midi, au Palais de justice de Chicoutimi. L’homme de 37 ans était détenu depuis mercredi à la prison de Roberval, puisqu’il était entré en communication avec celle qui l’a dénoncé, soit sa voisine, ce qu’il s’était engagé à ne pas faire. L’individu, qui parle mandarin et qui ne maîtrise pas très bien le français, a expliqué avoir mal compris cette condition ordonnée par le tribunal, malgré la présence d’une interprète judiciaire. Il a déclaré que s’il a cogné à la porte de sa voisine, c’était parce qu’il avait perdu ses clés.

Junjie Yan avait été arrêté lundi et accusé de possession de pornographie juvénile, en l’occurrence une poupée sexuelle s’apparentant à une petite fille. À ce moment, le ministère public avait consenti à sa remise en liberté s’il acceptait de respecter ses conditions. Mais il en a violé une quelques instants après sa sortie du poste de police, en se rendant chez celle qui l’avait dénoncé concernant la poupée. Il avait donc été arrêté de nouveau et il était détenu depuis. Selon le récit de la Couronne, c’est la voisine de Junjie Yan qui a fait la découverte de la poupée érotique, aux alentours du 12 août dernier.

L’homme de 37 ans était parti pour un moment à Montréal et il avait demandé à la femme si elle pouvait mettre les colis reçus durant son absence dans son appartement. Junjie Yan et sa voisine communiquaient grâce à «Google Translate», a expliqué la procureure de la poursuite, Me Marianne Girard.

L’avocate a également spécifié que l’accusé, qui réside au Canada depuis un an pour étudier la mécanique automobile et le français, était en mesure de communiquer dans la langue de Molière, selon les dires de la voisine et des policiers. L’accusé a admis baragouiner le français, mais s’égare rapidement, surtout en ce qui concerne la grammaire. D’ailleurs, l’enquête sur remise en liberté tenue vendredi après-midi a été particulièrement longue, puisqu’un interprète judiciaire devait traduire du français au mandarin chaque phrase des deux parties.

Découverte de la poupée

Donc, toujours selon le récit de la poursuite, c’est vers le 12 août dernier que la voisine a pénétré dans l’appartement de l’accusé durant son absence pour y déposer du courrier. Elle aurait vu la poupée érotique sur le lit de l’accusé, cachée dans des couvertures. Elle aurait d’abord cru qu’il s’agissait d’un cadavre. Lorsqu’elle a compris qu’il s’agissait d’une poupée-enfant érotique, elle a appelé les autorités. La poupée sexuelle, selon la Couronne, correspond à une enfant de 10 ans, ce que nie la défense.

La poupée a été saisie par les enquêteurs, de même que des petits vêtements pour la poupée.

Les policiers ont ensuite communiqué avec Junjie Yan afin que ce dernier se présente de son plein gré au poste de police. L’accusé a été interrogé puis arrêté le lundi 24 août. Il a été remis en liberté, mais il devait respecter plusieurs conditions, notamment celle de ne pas communiquer avec sa voisine. Mais en sortant du poste de police, il a cogné à la porte de la dénonciatrice. Cette dernière, affirmant que M. Yan avait «l’air fâché», a vite communiqué avec les policiers, qui ont arrêté l’individu pour une seconde fois. Il a été accusé de bris de condition, en plus de sa première accusation de possession de matériel de pornographie juvénile.

Junjie Yan était détenu depuis mercredi pour bris de condition. La Couronne ne se serait pas opposée à la remise en liberté de Junjie Yan, s’il avait fourni une nouvelle adresse, ce qu’il n’a pas été en mesure de faire. S’il est arrivé au Canada l’an dernier, l’homme est à Saguenay depuis le mois de juin et vient à peine de signer un bail.

Me Nicolas Gagnon, en défense, a prévenu le tribunal que «l’âge» de la poupée allait être contesté lors du procès. 

Pour sa défense, Junjie Yan a affirmé qu’il ignorait que sa voisine l’avait dénoncé et qu’il ne devait pas communiquer avec elle. Il dit ne pas bien avoir compris les conditions de remise en liberté dictée mercredi, puisque les initiales de sa voisine ne lui disaient rien. L’avocat de M. Yan, Me Nicolas Gagnon, a rappelé qu’en mandarin, le concept des initiales n’existe pas.

L’accusé a dit avoir compris qu’il avait cette condition lorsque les policiers venus l’arrêter une seconde fois lui ont dit.

Lorsque la procureure de la Couronne a demandé à M. Yan pour quelle raison il était allé cogner chez sa voisine en sortant de détention, il a répondu qu’il avait perdu ses clés et voulait lui demander de l’aide.

Le juge de la Cour du Québec, Michel Boudreault, a demandé à l’accusé s’il ressentait de l’animosité envers sa voisine, qui l’a dénoncé à la police.

Junjie Yan a répondu que non, «qu’entre voisins, on devait s’entraider». Il a également promis de ne pas communiquer avec elle, de partir s’il la croisait et a assuré qu’elle ne devait pas avoir peur de lui.

Me Marianne Girard a déclaré ne pas croire l’individu lorsqu’il a dit ne pas avoir compris les conditions de libération. Elle a ajouté que la dénonciatrice craignait que Junjie Yan soit libéré.

Toutefois, le juge Michel Boudreault s’est dit incapable de conclure que l’accusé voulait «faire un mauvais parti» à sa voisine lorsqu’il a cogné à sa porte.

«J’estime que la langue a pu jouer un rôle dans la bonne compréhension des conditions», a noté le magistrat. Le juge a toutefois ajouté que l’accusé aurait dû poser des questions s’il n’avait pas compris l’une de ses conditions.

Me Marianne Girard, en poursuite, ne croyait pas l’accusé lorsqu’il a expliqué ne pas avoir compris ses conditions. 

Outre celle de ne pas communiquer avec sa voisine, Junjie Yan s’est engagé à ne pas entamer de démarches pour obtenir un document de voyage et à résider au Canada. Il a d’ailleurs a dû remettre son passeport aux policiers. Il lui est également interdit d’avoir en sa possession « tout matériel représentant des organes génitaux d’une personne de moins de 18 ans». «Avez-vous compris, monsieur, ou on doit vous faire un dessin?», a demandé le juge. L’accusé a déclaré avoir très bien compris cette fois-ci.

L’individu reviendra en cour le 10 novembre prochain pour la suite des procédures judiciaires.