Érick Abraham a précisé que le véhicule de la SQ a atteint la vitesse de 140 km/h à 2,8 secondes de l’impact.

Policier de la SQ: à 140 km/h avant la collision

Au volant de son véhicule semi-banalisé de la Sûreté du Québec (SQ), le policier Maxime Gobeil roulait à 140 km/h, sur le boulevard Dequen, à Dolbeau-Mistassini, 2,8 secondes avant la collision qui a fait trois victimes, le 18 juillet 2015. Tout juste avant l’impact, à 0,1 seconde, la vitesse était de 100 km/h.

Au troisième jour du procès du policier, devant le juge Pierre Simard, de la Cour du Québec, au Palais de justice de Roberval, Érick Abraham, ingénieur à l’École polytechnique de Montréal, a révélé les données obtenues par l’analyse du module des coussins gonflables du Dodge Charger 2014 de la SQ.

L’agent Gobeil fait face à trois chefs d’accusation de conduite dangereuse causant la mort de Georges Martel, Louiselle Laroche et Cécile Lalancette.

Le policier circulait sur un grand bout droit dans le secteur Mistassini, là où la vitesse autorisée maximale est de 50 km/h.

Il répondait à un appel de priorité 1 pour un cas de violence conjugale, à Sainte-Jeanne-d’Arc, où une dame et son bébé se cachaient dans la résidence à l’arrivée du conjoint en colère.

Le patrouilleur Gobeil ne s’est cependant jamais rendu sur les lieux. Alors qu’il circulait sur le boulevard Dequen, à Dolbeau-Mistassini, il a frappé de plein fouet la Kia Rondo conduite par Georges Martel au moment où le véhicule quittait le stationnement du Motel Saint-Michel (résidence pour personnes âgées) et traversait le boulevard afin de se diriger vers un salon funéraire.

« À cinq secondes de l’impact, la vitesse enregistrée était de 130 km/h et est passée à 134 km/h à quatre secondes de la collision. Ensuite, ce fut 139 km/h à trois secondes et à 140 km/h à 2,8 secondes de la collision », mentionne M. Abraham, témoin de Me François Godin (Couronne).

Maxime Gobeil a appliqué les freins à 1,7 seconde de la collision et a freiné jusqu’à 0,9 seconde, soit à environ 25 mètres de la scène d’accident où les victimes ont perdu la vie.

« La vitesse est ensuite passée à 127 km/h à une seconde de l’impact et le module a enregistré une vitesse de 100 km/h à 0,1 seconde de la collision », a-t-il poursuivi.

M. Abraham a aussi indiqué que le policier Gobeil a appliqué les freins à 1,7 seconde de la collision et a freiné jusqu’à 0,9 seconde, soit à environ 25 mètres de la scène d’accident où les victimes ont perdu la vie.

Il est aussi précisé que le policier a probablement tenté d’éviter la collision en tournant son volant vers la gauche, mais qu’il l’a ramené immédiatement droit devant lui.

L’expert de Polytechnique ajoute que l’agent de la SQ aurait eu besoin de 150 mètres pour immobiliser complètement son véhicule alors qu’il roulait à 140 km/h.

« Cette distance était nécessaire si le policier avait eu un temps de réaction de 1,5 seconde au moment où il a aperçu quelque chose devant lui. Il se trouvait à moins de 100 mètres du lieu de la collision. Si son temps de réaction est plus long, la distance pour s’arrêter est aussi plus longue, tout comme elle peut être plus courte si le temps de réaction est plus rapide », précise M. Abraham.

D’ailleurs, Me Nadine Touma (défense) a mené un contre-interrogatoire serré en lien avec les affirmations de l’expert.

La criminaliste l’a notamment questionné sur la vitesse, le freinage et le temps de réaction, précisant que ce temps de réaction n’est pas le même pour tout le monde et qu’il est possible que le policier ait pu réagir plus rapidement que 1,5 seconde.

Le procès du policier Maxime Gobeil se poursuit à Roberval.

« La littérature nous enseigne que pour la majorité des conducteurs, le temps de réaction est de 1,5 seconde. Mais il est possible que ça puisse être plus court ou plus long. Mais on ne peut pas le savoir. Pour la vitesse et le freinage, je me suis basé sur les données du module des coussins gonflables pour réaliser mon rapport », a précisé Érick Abraham.