Richard Forgues est accusé d’agressions sexuelles sur deux mineures, qui auraient été commises dans les années 80.
Richard Forgues est accusé d’agressions sexuelles sur deux mineures, qui auraient été commises dans les années 80.

Plusieurs fellations forcées alors qu’elle était enfant

La deuxième présumée victime de Richard Forgues, cet homme accusé d’agressions sexuelles commises sur deux mineures il y a une trentaine d’années, a raconté au tribunal avoir été contrainte à faire de nombreuses fellations à l’individu, alors qu’elle était âgée de 10 à 13 ans. Le procès de Forgues s’est poursuivi au Palais de justice de Chicoutimi, toute la journée lundi, et reprendra le 13 janvier prochain. Le débat autour d’une déclaration spontanée qu’aurait faite Forgues à un enquêteur a occupé les procureurs une bonne partie de la journée.

Le procès de Richard Forgues, originaire de Saint-Honoré, avait débuté le 11 novembre dernier, avec le témoignage de la première présumée victime, une dame aujourd’hui âgée de 38 ans et qui aurait été agressée sexuellement alors qu’elle n’avait que 4 ans. Le procès avait toutefois été ajourné jusqu’au début de l’année 2020, puisque l’avocat de Forgues, Me Jean Petit, pratique surtout dans la région de Québec et qu’il avait d’autres engagements. Initialement, le procès devait durer six heures, mais on prévoit maintenant sept jours.

La seconde présumée victime de Forgues, aujourd’hui âgée de 44 ans, aurait subi les pulsions sexuelles de l’accusé entre 1985 et 1988. Elle avait 10 ans lorsque les premiers gestes auraient été perpétrés. Il s’agirait exclusivement de fellations forcées à l’intérieur d’une voiture, alors qu’elle aidait l’homme à distribuer le journal. Selon la dame, Forgues déboutonnait son pantalon, sortait son sexe et prenait la tête de la présumée victime entre ses mains pour la forcer à lui faire une fellation. La plaignante était une enfant de l’entourage de Forgues. Ce dernier avait entre 23 à 27 ans au moment des gestes allégués. Il est aujourd’hui âgé de 57 ans.

Comme il l’avait fait lors de la première journée du procès, en novembre dernier, le criminaliste Me Jean Petit a voulu démontrer que la mémoire de la plaignante faisait défaut.

Il a d’ailleurs posé de nombreuses questions à la dame, notamment le nombre de journaux livrés, combien le journal coûtait à l’époque et le format exact du padget que possédait Forgues. Il a également demandé à la plaignante si elle pouvait dire «quel était le signe distinctif sur la verge de monsieur». À ces questions, la dame a dit ne pas s’en souvenir, précisant que les événements remontaient à plusieurs années.

Une déclaration spontanée en voir-dire

Le ministère public a clos sa preuve avec le témoignage de l’enquêteur de la Sûreté du Québec (SQ), Langis Néron, qui a reçu la première plainte d’agression sexuelle concernant Richard Forgues, le 9 mars 2016. La seconde victime a porté plainte deux jours plus tard. Après avoir mené une enquête durant près d’un an, Langis Néron a communiqué avec Richard Forgues le 9 février 2017 pour lui donner rendez-vous, puisque des allégations d’agressions sexuelles pesaient contre lui. Forgues demeure maintenant à Lévis, d’où la nécessité de prendre rendez-vous initialement.

Lors de cet appel téléphonique, qui a duré quelques minutes, Richard Forgues aurait fait une déclaration incriminante concernant la deuxième présumée victime, dont le nom avait été nommé par l’enquêteur. Il aurait dit avoir fait ça pour se venger du père de l’enfant, qui l’aurait agressé sexuellement lorsqu’il était jeune. Il a ajouté vouloir lui aussi porter plainte, mais le père en question était décédé. L’enquêteur a alors mis fin à la conversation, affirmant qu’ils pourraient discuter de la question quelques jours plus tard, lors de leur rencontre. Mais cette rencontre n’a jamais eu lieu, puisque Forgues a communiqué avec Me Jean Petit, qui a téléphoné à l’enquêteur pour lui dire que son client ne se présenterait pas au rendez-vous.

Cette déclaration spontanée de Richard Forgues a été amenée en cour en tant que voir-dire – un élément de preuve débattu de façon isolée, afin de déterminer s’il pourrait être ajouté à la preuve de la Couronne au procès. L’avocat Jean Petit s’y opposait, affirmant que son client n’a jamais dit ça et que l’enquêteur de la SQ avait mal fait son travail. Il a d’ailleurs longuement questionné l’enquêteur Néron sur cet appel téléphonique, plaidant que l’individu au bout du fil n’était peut-être pas «le bon Richard Forgues» et que l’enquêteur avait «mis cette déclaration dans la bouche de son client».

Ce long contre-interrogatoire d’une heure et demie a forcé le juge Paul Guimond, de la Cour du Québec, à intervenir, déclarant que Me Petit posait huit fois la même question.

Il faut dire que l’admission d’une déclaration spontanée – qui n’est pas un aveu puisqu’elle n’a pas été faite après une arrestation – en preuve par le juge a des conséquences importantes pour un accusé.

Le voir-dire a été débattu tout l’après-midi de lundi et nous ne saurons que la semaine prochaine si juge Paul Guimond acceptera que le voir-dire soit versé ou non dans le procès.

La preuve de la Couronne étant close, la défense a annoncé qu’elle fera entendre six témoins, de même que l’accusé. Les dates du 13 et 14 février ont également été fixées devant le juge Guimond pour terminer le procès.