Le fait que Québec doit payer la facture pour la construction de la prison de Roberval fait en sorte que le coût pour chaque détenu est plus élevé que dans d’autres établissements carcéraux du Québec.

Plus de 160 000$ par détenu

Chaque détenu du Centre de détention de Roberval coûte annuellement 167 170 $ aux contribuables québécois afin de le nourrir, de l’héberger et de le surveiller, ce qui équivaut à une dépense de 29 millions $ pour ses 173 détenus et prévenus. De cette somme, environ 73 000 $ par année sont consacrés au remboursement de l’hypothèque de la nouvelle prison.

C’est l’information dévoilée dans les études de crédits 2017-2018 du ministère de la Sécurité publique en lien avec les établissements de détention au Québec et obtenue par Le Quotidien.

Le gouvernement établit que le coût moyen par jour des détenus était évalué à 223 $ pour l’année 2016-2017 (81 395 $/an) et devrait être de 259 $ quotidiennement pour l’année 2017-2018 (94 535 $/an).

La prison de Roberval, la plus récente construite dans la province, affiche un coût quotidien de 458 $ par détenu ou prévenu, ce qui inclut les dépenses reliées au remboursement du capital et des intérêts liés à la construction de l’édifice. Sans le remboursement de l’hypothèque, le coût est évalué à environ 258 $ par jour ou 94 000 $ par année.

En comparaison, la vieille prison de Montréal occasionne une dépense de 163 $ par jour pour ses 1444 détenus. Mais pour toutes les dépenses probables touchant les détenus de Montréal, celles-ci s’élèvent à plus de 86 M$ par année.

« La différence du coût par jour (458 $ vs 163 $) ne s’explique pas uniquement par le coût du loyer, mais principalement par cet élément. Les frais du loyer par personne incarcérée sont évidemment plus élevés pour un édifice récent doté des technologies les plus modernes que dans un vieil édifice », explique Louise Quintin, relationniste à la Direction des communications du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire.

Il a été impossible d’obtenir le montant prévu au paiement de l’hypothèque de ce nouveau bâtiment, mais comme le coût moyen d’un détenu est de 259 $ par jour, on peut croire que la somme consacrée au paiement de l’édifice peut se situer à environ 200 $ quotidiennement par détenu.

« La différence s’explique aussi par la taille de la population carcérale. Dans un établissement plus petit (180 détenus au maximum à Roberval contre 1444 à Montréal), les frais fixes sont répartis sur un moins grand nombre d’individus », ajoute Mme Quintin.

Le coût quotidien de 458 $ à Roberval se répartit à 54,3 pour cent en frais de fonctionnement, soit le loyer, le transport, les transferts des personnes incarcérées, la formation du personnel, la téléphonie, l’informatique et les équipements de sécurité. Quant aux 45,7 pour cent restants, il est versé en rémunération et avantages sociaux.

Le document gouvernemental démontre aussi que la prison de Roberval a reçu 174 admissions de détenus (condamnés) et 457 prévenus pour un total de 631 personnes pour une période de 10 mois en 2015-2016. Pour la même séquence de 10 mois en 2016-2017, Roberval a reçu 319 admissions de détenus condamnés et 933 prévenus pour un total de 1252 personnes.

En comparaison, la prison de Chicoutimi, fermée en décembre 2015, avait accueilli 757 personnes pour la période de 10 mois.

Masses salariales
D’autre part, la nouvelle prison de Roberval mise sur 171 employés (96 hommes et 75 femmes), dont 16 cadres (4 hommes et 12 femmes), deux professionnelles, huit membres du personnel de bureau, techniciens et assimilés (1 homme et 7 femmes) et de 129 agents correctionnels (84 hommes et 45 femmes).

La masse salariale annuelle s’élève à 10 777 000 $ pour le Centre de détention de Roberval. Au Québec, on compte 4263 employés dans les quelque 20 centres de détention du Québec pour une masse salariale totale de 261 082 millions de dollars pour 2016-2017.

Au cours de cette année financière, les agents correctionnels de la prison de Roberval ont effectué 21 479 heures de temps supplémentaires, ce qui a occasionné une dépense additionnelle de 910 907 $.

Le fait que Québec doit payer la facture pour la construction de la prison de Roberval fait en sorte que le coût pour chaque détenu est plus élevé que dans d’autres établissements carcéraux du Québec.

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LES DÉTENUS PAIENT POUR LA TÉLÉVISION

 Les détenus des prisons du Québec, incluant celle de Roberval, peuvent écouter la télévision, s’entraîner, jouer à des jeux de société et participer à des activités sportives. Mais ces bénéfices ne sont pas financés par les contribuables québécois et sont plutôt payés par les détenus.

Plusieurs personnes croient que les prisonniers des centres de détention québécois détiennent plus de privilèges que les personnes âgées dans un centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD) ou les patients dans les hôpitaux.

Les privilèges qu’ils ont, les criminels doivent les payer de leur poche en quelque sorte.

La loi sur le système correctionnel du Québec constitue, dans chaque centre de détention, un fonds de soutien à la réinsertion sociale dont la fonction est d’établir annuellement un programme d’activités pour les personnes contrevenantes et voir à son application.

Les revenus du fonds proviennent, selon des documents du ministère de la Sécurité publique du Québec, essentiellement de l’exploitation des cantines dans les établissements et du prélèvement de 10 pour cent, prévu à la Loi, sur le salaire versé à un détenu qui participe aux activités rémunérées. La rémunération des détenus est fixée au taux horaire de base correspondant à 35 pour cent du salaire minimum en vigueur au Québec.

Le salaire minimum est de 12 $ au Québec. Le détenu touchera donc 4,20 $ de l’heure pour son travail et un montant de 0,42 $ sera retenu pour le fonds de soutien à la réinsertion totale.

« Les activités programmées visent à contrer l’oisiveté des personnes contrevenantes au cours de leur séjour en établissement de détention », précise-t-on dans le document gouvernemental.

Les travaux rémunérés comprennent le lavage de linge, l’aide à la cuisine, l’entretien ménager, l’entretien paysager et le déneigement, la peinture à l’intérieur des établissements et la manutention et les petites réparations.

Liberté

Si plusieurs détenus purgent une grande partie de leur sentence derrière les barreaux, il faut aussi savoir que d’autres seront libérés plus rapidement.

Pour une période de 10 mois en 2016-2017, les autorités carcérales de Roberval ont autorisé 508 permissions de sortir, dont 279 pour des raisons médicales, alors que 115 détenus l’ont été pour être réinsérés socialement.

Il y a aussi eu 54 libérations pour des fonds de soutien, 40 autres pour des raisons humanitaires et 20 l’ont été en préparation de leur libération conditionnelle.

De toutes les permissions de sortir, dans 89 pour cent des cas, les permissions ont été d’un à cinq jours, cinq pour cent de 16 à 30 jours, trois pour cent de 31 à 45 jours et deux pour cent lors de la période de 10 mois en 2016-2017.

Par ailleurs, deux détenus et un prévenu ont été libérés par erreur. À la grandeur de la province, on parle de 28 personnes et le délai moyen entre la sortie et le retour en détention aura été de 25 jours.