Le juge Michel Boudreault estime que la peine aurait pu être beaucoup plus sévère qu’une détention de quatre mois.

Pierre Saint-Gelais bousille ses chances à deux reprises

En l’espace de deux mois, Pierre Saint-Gelais, de Shipshaw, a eu deux chances de montrer à la justice qu’il s’était repris en main. Chaque fois, il a bousillé l’occasion. Le juge Michel Boudreault ne peut croire qu’il fera mieux à court terme et l’envoie en détention pour quatre mois.

L’homme de 38 ans a plaidé coupable à une entrave au travail des policiers après avoir voulu mordre un agent et essayer de cracher sur lui et à plusieurs bris de conditions et promesses. Le tribunal lui impose une amende de 1250 $ et une interdiction de conduire de 12 mois pour une conduite avec les facultés affaiblies.

L’individu a connu une période estivale difficile. Le 4 juillet, le magistrat lui avait imposé 200 heures de travaux communautaires et une probation de 18 mois, avec un suivi de 12 mois, pour une série de vols de caisses de bière et d’alcool.

Le juge avait cru que le client de Me François Dionne s’était repris en main, lui qui était abstinent depuis 14 mois.

Cependant, après ses rechutes et ses frasques des derniers jours, moins de deux mois après avoir obtenu une certaine clémence de la cour, Saint-Gelais n’a pu bénéficier de la totale compréhension de la justice.

Le 26 août, l’homme a été arrêté en état d’ébriété au volant. Il a affiché des taux de .259, .236 et de .247. Il a été dénoncé par les membres de sa famille qui craignaient qu’il ne soit impliqué dans un accident. Il brisait par le fait même ses conditions de probation.

Malgré tout, le tribunal l’a remis en liberté, le lundi 27 août, à la condition qu’il ne consomme pas d’alcool. Il a accepté. Il a même versé un montant de 250 $ (même chose pour sa famille) afin de rassurer le tribunal.

Moins de 36 heures après sa libération, sa famille l’a dénoncé à nouveau, précisant qu’il avait enfreint les règles en consommant de l’alcool. Il a été arrêté le 28 août.


«  Mais j’ai rechuté. Je suis malade. Je suis alcoolique et je ne pourrai jamais dire que je ne boirai plus. Je suis désolé.  »
Pierre Saint-Gelais, accusé

Jeudi matin, l’individu s’est présenté devant le juge Boudreault afin de plaider coupable à toutes les accusations.

Saint-Gelais a tenté de convaincre le tribunal encore une fois de sa bonne volonté. Il a expliqué être retourné aux études (il a fait une journée avant de sombrer dans l’alcool) et qu’il avait l’intention de les poursuivre.

« J’ai trébuché. Ce n’est pas la faute à qui que ce soit, mais c’est la mienne. Je me suis planté. J’ai travaillé fort pour m’en sortir et vous avez cru en moi. J’ai fait une thérapie et tout s’est bien passé durant plus d’une année », a indiqué l’accusé.

« J’avais même entrepris mes travaux communautaires. J’ai fait 60 heures en quelques semaines. Mais j’ai rechuté. Je suis malade. Je suis alcoolique et je ne pourrai jamais dire que je ne boirai plus. Je suis désolé », a ajouté Saint-Gelais en regardant le juge Boudreault.

Prison
Pour les représentations sur sentence, Me Dionne et Me Marianne Girard, de la Couronne, se sont dits en accord avec l’amende de 1250 $ pour la conduite avec les facultés affaiblies et l’année d’interdiction de conduire.

Pour l’entrave au travail des policiers et les bris, Me Girard a suggéré une sentence ferme de quatre mois de détention, alors que Me Dionne a plutôt proposé une peine de 90 jours de détention discontinue.

L’agente de probation au dossier a fait part de ses derniers rapports au tribunal. Elle avait précisé que les risques de récidive étaient amoindris en raison des efforts effectués depuis plusieurs mois, « mais que la vigilance était de mise », a mentionné celle qui le suit depuis plusieurs années.

« M. Saint-Gelais possède cette capacité de saboter ses chances. Je suis très déçue », a-t-elle poursuivi.

Au final, le juge Boudreault aura tranché du côté du ministère public, considérant même que la peine de quatre mois suggérée par Me Girard devait être considérée comme peu sévère.

« Vous êtes très chanceux, car je n’aurais eu aucune difficulté à imposer une peine plus lourde. Je n’impose pas cette sentence par vengeance, étant donné que vous n’avez pas respecté les conditions imposées en juillet, mais parce que cette fois, vous êtes allés loin en tentant de vous en prendre aux policiers », a indiqué le magistrat.

Le juge pense aussi que s’il accorde une peine discontinue, l’accusé aura une rechute à brève échéance et il reviendra devant le tribunal.

« Je n’ai aucun doute que si je vous donne une peine discontinue, vous allez revenir si je tiens compte de ce qui s’est passé depuis 72 heures. Vous n’avez pas souvent respecté les conditions de remises en liberté ou de probation. »

Le magistrat conclut que l’accusé doit travailler un problème à la fois et le plus important, c’est son problème d’alcoolisme.

« L’école et l’alcoolisme, si vous travaillez les deux, vous allez échouer », dit-il.