Où était David Gilbert le soir du 3 avril?

Mais où était David Gilbert le soir du 3 avril 2018? C’est à cette question que les 12 membres du jury du procès du rappeur de 25 ans, accusé de vol qualifié et détenu depuis son arrestation, devront répondre. La défense et la Couronne, qui ont présenté leur plaidoirie mercredi matin, au Palais de justice de Chicoutimi, ont soumis aux jurés deux histoires complètement différentes.

LA FAUTE À RACINE-FORTIN, CROIT LA DÉFENSE

L’avocat de David Gilbert, Me Louis Belliard, avance que son client n’a pas pu faire le vol qualifié perpétré le 3 avril 2018 dans un Couche-Tard de Jonquière puisqu’il se trouvait alors avec une jeune fille. Il estime également que la Couronne n’a pas fait la preuve que son client avait participé au crime, mais avance plutôt que c’est Philippe Racine-Fortin qui a mené cette opération. 

« La question n’est pas s’il y a eu un vol qualifiée ou non. La question est plutôt de déterminer qui était là. Qui est l’homme qui tenait le revolver ? Ma vision de la chose, c’est que cette personne qui menait le bal, c’était Philippe Racine-Fortin », a plaidé Me Louis Belliard aux jurés. 

Dans son témoignage, l’accusé David Gilbert a raconté que ce soir-là, il s’est chicané avec sa blonde avant d’aller se réconforter dans les bras d’une autre. Cette dernière, Anne-Julie Bergeron, est d’ailleurs venue témoigner à cet effet, mardi. Gilbert a ensuite raconté être retourné voir ses deux amis, en l’occurrence Jean-Philippe Gagnon et Philippe Racine-Fortin, ce qui fait en sorte qu’il n’a pas pu participer au crime, contrairement aux deux autres hommes (ils ont déjà admis les faits). Mais voilà que trois personnes ont été vues sur la vidéo des caméras de surveillance du Couche-Tard. David Gilbert a été identifié par Racine-Fortin comme étant celui qui tenait l’arme à feu, ce que la défense nie.

Plaidoiries sur la grandeur

Me Louis Belliard a demandé aux jurés de porter une attention particulière à la taille des trois hommes filmés par la caméra. « Selon le témoignage de la caissière, celui qui tenait l’arme était grand, devait mesurer 5 pieds 8 et celui qui se trouvait à l’arrière (qui a été identifié comme étant Jean-Philippe Gagnon) était plus petit, environ 5 pieds 5 ou 5 pieds 6. Mais cet homme est réellement beaucoup plus grand que mon client. Je pense que la caissière a une mauvaise perception de la grandeur des individus, a plaidé Louis Belliard. Ma prétention, c’est que le bonhomme qui tient l’arme était beaucoup plus grand que David Gilbert », a-t-il ajouté. 

Me Belliard a également affirmé que Philippe Racine-Fortin avait eu besoin de donner une information importante aux enquêteurs, lorsqu’il a été pincé en bris de condition. Racine-Fortin avait plaidé coupable à une accusation de vol qualifié, mais l’accusation d’utilisation d’une arme avait été retirée par le procureur de la Couronne. Rappelons que Racine-Fortin a été condamné et qu’il purge toujours une peine en collectivité pour le vol du 3 avril. 

« Lorsqu’il a été coincé en bris (il a raté sa thérapie pour régler son problème de dépendance), il devait retourner en dedans et il s’est justement souvenu d’un détail important, soit que c’était David Gilbert qui tenait l’arme ce soir-là », a indiqué Me Belliard, croyant que son client a été dénoncé par Racine-Fortin pour que ce dernier ait un traitement « plus agréable ». 

Lors de son témoignage en cour, au premier jour du procès de Gilbert, lundi, Racine-Fortin ne s’est pas souvenu de grand-chose, expliquant qu’il avait des trous de mémoire en raison de la drogue. « Ce monsieur-là, il ne voulait pas se souvenir de rien, tout comme Sarah-Jane Landry-Maltais (une autre témoin du procès qui a affirmé que David Gilbert faisait partie du trio ce soir-là). Ces deux témoins ne voulaient pas vous donner toute la vérité », a ajouté Me Belliard, à l’endroit des jurés. 

Le manteau

L’individu qui a pointé l’arme en direction de la caissière portait le même manteau qui a été enfilé par David Gilbert, le lendemain du crime, pour aller changer des billets de loterie dérobés lors du vol. Gilbert affirme avoir accepté d’aller échanger quelques billets pour son ami Racine-Fortin, mais a dit ignorer d’où ces billets sortaient. L’accusé affirme avoir enfilé un manteau qu’il avait trouvé chez Sarah-Jane Landry-Maltais. Il a été filmé à visage découvert pendant qu’il échangeait des billets avec ledit manteau. 

« Est-ce qu’il aurait pris le même manteau pour faire le vol et pour aller échanger les billets le lendemain ? Ça n’aurait pas été fort », a conclu Me Belliard, ajoutant qu’on n’a jamais eu la preuve que David Gilbert avait eu l’arme du crime en sa possession. 

+

UN ALIBI INVRAISEMBLABLE, DIT LA COURONNE

L’avocate de la poursuite, Me Nicole Ouellet, n’accorde aucune crédibilité à l’alibi de David Gilbert, qui a affirmé avoir été en compagnie d’une fille le soir du vol, alors que cette information n’avait jamais été divulguée à qui que ce soit avant le procès. « Un témoignage complètement invraisemblable », croit la procureure.

« Anne-Julie Bergeron est venu raconter en cour qu’elle avait passé la soirée du 3 avril avec David Gilbert. Elle ne l’avait jamais dit à personne, ni à la police, ni à la mère de Gilbert, à personne. À mon avis, ce témoignage ne tient pas la route », a expliqué la procureure, Me Nicole Ouellet, qui a toutefois demandé aux jurés d’accorder de l’importance au témoignage d’Isabelle Bouchard, cette femme qui a affirmé avoir prêté l’un de ses pistolets à plombs à David Gilbert, qui voulait soi-disant tourner un vidéoclip de rap. Selon Isabelle Bouchard, David Gilbert s’est présenté chez elle l’après-midi du 3 avril pour voir si le pistolet ferait l’affaire. Elle a affirmé en cour qu’il avait dit que l’arme était parfaite et qu’il l’utiliserait pour le clip. 

David Gilbert, de son côté, a nié être allé chez Isabelle Bouchard cet après-midi-là. Il serait plutôt allé quelques jours plus tôt, puisqu’il cherchait une arme pour un spectacle de rap. 

« Cette arme n’a pas été utilisée pour un clip ou pour un spectacle, mais elle a été utilisée pour un vol qualifié. Et la témoin Isabelle Bouchard est en mesure de mettre l’arme dans les mains de David Gilbert. Pourquoi cette femme serait venue témoigner de ça en cour si ce n’était pas le cas ? », a questionné Me Ouellet. 

La procureure est également revenue sur le fameux manteau qui a été utilisé pour perpétrer le crime et qu’on a vu sur le dos de l’accusé le lendemain, alors qu’il échangeait des billets de loterie volés. « Les analyses ont démontré qu’il s’agissait du même manteau. Monsieur Gilbert a pourtant témoigné qu’il portait un manteau chic ce jour-là, mais qu’il avait décidé de mettre le manteau du vol pour échanger les billets. Pourquoi ? », a demandé Me Nicole Ouellet, rappelant que David Gilbert a pourtant témoigné qu’il ignorait que les billets provenaient d’un vol. 

Concernant la taille des trois hommes, Me Nicole Ouellet a répondu à Me Louis Belliard que les images vidéos ne permettaient pas de juger précisément d’une grandeur, en raison des angles et des perceptions. 

Le procès du rappeur de 25 ans a été ajourné jusqu’à lundi, alors que le juge Richard Grenier partagera ses consignes aux 12 jurés. Ces derniers seront ensuite séquestrés pour la durée de leurs délibérations. 


Me Nicole Ouellet