Rodrigue Boivin

Neuf ans de prison pour Rodrigue Boivin

Rodrigue Boivin écope d’une peine de neuf ans de pénitencier après avoir été déclaré coupable de l’homicide involontaire d’Evens Robertson. Le juge Serge Francoeur a tenu compte du rapport Gladue dans sa décision rendue vendredi matin, au Palais de justice de Roberval.

« Ici, on est plus proche du meurtre que de l’accident», a mentionné le juge Serge Francoeur en faisant référence à la gradation possible de ce chef d’accusation.

Le temps de détention relié à cette affaire a débuté le 15 mai 2017. Ainsi, Rodrigue Boivin a déjà passé 383 jours derrière les barreaux. La Couronne a accepté que la détention compte pour une fois et demie, soit pour un total de 575 jours qui est déduit de la sentence.

À cela s’applique l’interdiction de posséder une arme pour une période de 10 ans. Celui qui compte plusieurs antécédents de voies de fait et de conduite avec les facultés affaiblies devra également fournir un échantillon d’ADN au plus tard dans 60 jours.

« Cette sentence, ce n’est pas pour venger la victime, ni pour la famille, c’est pour vous », a mentionné le juge Francoeur lors du rendu de la sentence.

L’homme de 48 ans a pris la parole lors des représentations sur la peine. « Avec les témoignages entendus, inutile de dire que mes regrets ont augmenté. Je ne montre pas beaucoup mes émotions. Je regrette beaucoup avec les témoignages, il y a beaucoup de douleur, de souffrance et de l’incompréhension. C’est un membre de la même communauté que moi. Je ne pensais pas avoir frappé si fort. J’espère que la famille retrouvera la paix », a-t-il mentionné sur le bout des lèvres.

Le juge Francoeur a lancé un message quant au droit d’être en sécurité chez soi. « Il n’y a rien de plus important dans la vie que d’être en sécurité dans l’endroit, dans la maison, dans l’appartement que l’on vit. Vous n’avez pas de réponse, vous ouvrez la porte et vous entrez dans l’appartement. Qu’on soit dans une communauté autochtone ou ici à Roberval, lorsqu’on n’a pas de réponse, on n’entre pas, et il n’y a aucune justification pour cela. Vous vous rendez dans la chambre à coucher, vous êtes rendu loin », a-t-il adressé à l’homme qui a été reconnu coupable jeudi.

La fille aînée de la victime a témoigné des problèmes vécus par elle et ses enfants depuis. Annouck Connolly, qui a toujours vécu avec son père, se disait satisfaite de la sentence même si le procès fut difficile à vivre. Une soeur et une nièce de la victime ont également pris la parole avec émotions.

« Faut apprendre à s’assumer comme individus. On est tous responsables de nos paroles et de nos actes. On veut s’assumer comme peuple. On doit aussi s’assumer comme citoyen », a exprimé Évelyne Robertson, soeur d’Evens Robertson. Plusieurs membres de la famille Robertson ont quitté la salle lorsque l’avocat de la défense s’est adressé au juge.

La Couronne réclamait une peine de 11 ou 12 ans, en affirmant qu’il s’agissait de la fourchette la plus élevée de ce chef d’accusation. Me Julie Villeneuve se disait satisfaite puisque justice a été rendue.

Pour sa part, l’avocat de la défense, qui réclamait une peine de quatre ans, a jugé la sentence sévère. « Personnellement, je suis déçu de la peine. J’aurais préféré que ce soit moins que cela. Je ne vois pas monsieur Rodrigue Boivin comme un gars de pénitencier. Il aura presque 60 ans à sa sortie. À mon sens, les chances de recyclage seront minces », a expliqué Me Louis Belliard à sa sortie de la salle de cour alors qu’il n’avait pas revu son client.

Rapport Gladue
Le rapport Gladue, cité à maintes reprises, aura fait sourciller plusieurs membres de la famille Robertson. Ce type de rapport unique présente l’expérience de vie particulière d’un autochtone qui plaide coupable ou qui se retrouve coupable. Le racisme, la discrimination, la pauvreté et les circonstances familiales s’y retrouvent. Le rapport Gladue a créé en 1999 afin d’apporter une solution à la surreprésentation des autochtones en prison.

Rappelons que Rodrigue Boivin s’est rendu au domicile d’Evens Robertson, à Mashteuiatsh, le 31 août 2016. Les nombreux coups de poing ont causé plusieurs traumatismes au visage. La victime a passé plusieurs heures sur la table d’opération. Evens Robertson est décédé deux mois plus tard à l’hôpital de Jonquière.