Leurre informatique: un élève des Pères Maristes plaide coupable

Christopher* a menacé de dévoiler des informations sur le père de Mélissa* à tout le Séminaire des Pères Maristes. Atterrée, l’adolescente de 13 ans a accepté d’envoyer des photos d’elle nue. Et la roue infernale s’est mise à tourner.

L’histoire du partage des photos intimes au Séminaire des Pères Maristes a commencé à s’éclaircir hier. Après un sourire nerveux à la juge Sylvie Côte, un premier étudiant, Éric*, 14 ans, a plaidé coupable à une accusation de leurre informatique.

L’adolescent de 14 ans, qui n’étudie plus aux Pères Maristes, a admis avoir, entre le 1er et le 15 mars 2018, communiqué avec la plaignante dans le but de faciliter la perpétration d’une infraction criminelle, la possession de pornographie juvénile.

Mais l’histoire ne commence pas avec Éric.

Octobre 2017. Christopher, 14 ans, connaît Mélissa, une copine de secondaire 1. Il va l’aborder en lui disant qu’il est au courant de certaines informations concernant le père de la jeune fille, aujourd’hui décédé. Il menace de dévoiler cette histoire à l’école si elle n’accepte pas de lui envoyer une photo d’elle nue.

Mélissa se sent coincée et finit par envoyer les photos demandées via le logiciel SnapChat. Christopher prend soin de faire des copies des photos, a précisé à la cour le procureur de la 

Couronne Me Hugo Breton, dans son résumé des faits.

L’année scolaire passe. Au retour de la semaine de relâche, Mélissa se rend compte que des photos d’elle ont circulé à l’école. On la traite de «salope» et de «pute».

Un petit groupe d’étudiants de secondaire 2 se met alors à demander avec insistance des photos à la jeune fille. Éric était du nombre.

«Pour me convaincre, ils me disaient des mots doux, ils me disaient que j’étais la plus belle, qu’ils m’aimaient», a raconté la plaignante aux policiers.

Jamais Éric et un de ses amis n’ont utilisé de menace ou de subterfuge pour obtenir une photo.

La poursuite ne sait pas avec précision combien de demandes de photos ont été faites et combien de photos ont été envoyées. Aucun des jeunes accusés n’a fait de déclaration; ils ont exercé leur droit au silence.

Plusieurs cellulaires saisis sont restés barrés par un code d’accès, dont celui d’Éric.

Vidéo osé

Le 15 mars, Éric demande à Mélissa de lui envoyer une vidéo osée. Toute seule dans sa chambre, la jeune fille cède et se filme avec son téléphone en train de toucher ses parties intimes. Elle enverra cette vidéo à Éric. Un deuxième jeune lui écrit dans la même soirée et réclame lui aussi une vidéo. Elle s’exécute à nouveau.

Plus les jours passent et plus Mélissa est malheureuse. «Elle a eu une perte d’espoir en la vie, une réputation brisée, une perte d’estime de soi, une perte de concentration», a évoqué Me Breton.

La jeune fille a été hospitalisée cinq semaines après avoir élaboré un plan de suicide.

Sa mère, présente en salle d’audience, regardait fixement ce premier accusé des Maristes qui choisissait de plaider coupable.

Les parties ne s’entendent pas pour l’instant sur la peine à infliger à l’accusé. Ils ont demandé la confection d’un rapport pré-décisionnel. Le dossier reviendra à la cour en février.

Deux autres jeunes filles ont porté plainte pour du partage de photos.

Les dossiers des quatre autres jeunes accusés ont été reportés à la fin novembre. Plusieurs avocats ont dit avoir des discussions avec la poursuite en vue d’un règlement du dossier.

*Prénoms fictifs