Jean-Philippe Blanchette attend maintenant la décision du jury.

Les douze jurés délibèrent au procès de Blanchette

Le Chicoutimien Jean-Philippe Blanchette sera reconnu coupable de conduite avec un taux plus élevé que la limite permise, car il a admis un taux d'alcool de .142. Il reste à savoir si le jury de sept hommes et cinq femmes le reconnaîtra aussi coupable de la mort de sa conjointe, Kathleen Haché-Binette.
Le sort de l'homme de 36 ans repose maintenant entre les mains du jury à son procès. Les jurés ont été séquestrés sur le coup de 12 h 22 mercredi et ne pourront ressortir que lorsqu'ils en seront arrivés à des verdicts unanimes de culpabilité ou de non-culpabilité.
Mercredi matin, le juge Denis Jacques, de la Cour supérieure du Québec, a livré ses directives aux membres du jury, une adresse de près de trois heures afin de leur rappeler les éléments sur lesquels ils devaient se baser pour rendre les verdicts de culpabilité, d'acquittement ou de culpabilité d'une accusation n'impliquant pas la notion de décès.
Blanchette, 36 ans, est accusé de conduite avec un taux de plus de 80 milligrammes d'alcool par 100 millilitres de sang causant la mort, de conduite avec les facultés affaiblies causant la mort et de conduite dangereuse causant la mort.
Le soir du 15 août 2014, à bord de son Jeep TJ aux pneus surdimensionnés, il s'est rendu sur un terrain accidenté (le pic) au bout de la rue Jobin, à Chicoutimi, afin de s'amuser avec sa conjointe Kathleen Haché-Binette.
Au cours de cette soirée, il a confirmé avoir consommé trois bières. Au moment où la noirceur arrivait, il a dit avoir décidé de retourner à la maison. En voulant quitter, il se serait trompé de sentier. Au lieu de redescendre vers la rue Jobin, il a remonté un sentier, le mauvais, et s'est échoué au bas d'un ravin d'une hauteur de 90 pieds et dont le dénivelé était de 68 pour cent.
Le Jeep a effectué un ou deux tonneaux avant de s'écraser contre des blocs de béton. Sa conjointe est décédée sur le coup d'un traumatisme crânien majeur.
Il a été précisé que les chefs d'accusation incluent les accusations moindres et incluses, ce qui signifie que la culpabilité de Blanchette est reconnue pour la conduite avec un taux supérieur à 80 mg d'alcool par 100 ml de sang.
Dans ses directives, le juge Jacques a rappelé les grandes lignes de la preuve présentée au jury depuis un peu plus d'une semaine.
Il a rappelé le témoignage de l'accusé, qui prétend qu'il n'était pas « chaud », malgré une alcoolémie de .142, et qui dit s'être tout simplement trompé de sentier.
Il a précisé que la chimiste-toxicologue Geneviève Huppé a mentionné qu'avec un taux de .142, les facultés d'un individu sont affectées et amoindries, notamment la vision, la mémoire d'un lieu et de l'incapacité à faire plus d'une chose à la fois.
Les membres du jury doivent aussi évaluer la crédibilité des témoignages rendus devant le tribunal, incluant celui de Blanchette.
« Si vous croyez sa version, vous devez l'acquitter. Si vous ne croyez pas sa version, mais qu'il y a un doute raisonnable, vous devez l'acquitter ou si vous n'êtes pas convaincus, vous devez l'acquitter. Si vous êtes convaincus hors de tout doute raisonnable, vous devez le reconnaître coupable », a expliqué le juge.
« Vous êtes les juges des faits. C'est à vous de prendre la décision sur la base de la preuve qui vous a été soumise, de votre mémoire de ce que vous avez entendu et de vos expériences de vie », a précisé le juge qui a remercié le jury pour avoir été attentif tout au long du procès.
Un antécédent de conduite avec les facultés affaiblies
Jean-Philippe Blanchette a déjà été condamné dans le passé pour conduite avec les facultés affaiblies. Il s'était vu infliger une amende de 700 $ et une interdiction de conduite de 12 mois.
Cet antécédent judiciaire n'a pas été porté à la connaissance des 12 membres du jury. Le juge Denis Jacques, de la Cour supérieure du Québec, a accepté la demande Me Luc Tourangeau, en défense, afin de ne pas créer un préjudice supérieur à la valeur probante de la preuve.
L'ordonnance de non-publication émise lors de la décision est maintenant levée étant donné que les jurés sont séquestrés.
Blanchette a été arrêté le 28 octobre 2005 alors qu'il se trouvait derrière le volant. Il a reçu sa sentence le 20 septembre 2007.
Me Jean-Sébastien Lebel, de la Couronne, n'a pas eu l'autorisation de l'interroger à cet effet.
Il a aussi été trouvé coupable d'avoir, le 26 février 2011, commis des voies de fait contre un agent de la paix dans l'exercice de ses fonctions, d'avoir entravé le travail d'un policier et de voies de fait simple. Il avait reçu une peine suspendue de 12 mois.
Par ailleurs, toujours hors jury, le magistrat avait rejeté la requête de la défense en exclusion de la preuve, a déclaré admissibles les verbalisations de l'accusé au policier Ian Savard sur sa consommation d'alcool et a admis le certificat d'analyse d'échantillons d'haleine prélevés le 15 août 2014.
Le juge Jacques a recommandé aux jurés de délibérer jusqu'à 17 h, de prévoir un temps pour le dîner et des pauses. Si jamais les membres ont l'intention de poursuivre en soirée, le magistrat demande à être avisé afin de prévoir les effectifs du tribunal et de la sécurité.
Tout au long du procès, les jurés ont reçu une rémunération de 103 $ quotidiennement en guise de compensation.