L’écriture et la lecture l’empêchent de consommer

Un trafiquant de stupéfiants de Chicoutimi saura bientôt si son début de réhabilitation lui évitera la détention ferme. Autant la défense que la Couronne ont été surprises de voir Steeve Durand revenir sobre d’une thérapie de trois mois et l’ont encouragé à continuer sur cette voie. Selon l’individu, la lecture et l’écriture lui ont été salutaires.

Bien connu dans le milieu judiciaire, Steeve Durand, âgé de 42 ans, a plaidé coupable à 33 chefs d’accusation, notamment possession pour fin de trafic de stupéfiants, menaces, bris de probation, vol et possession d’une arme prohibée (nunchaku), le 2 octobre dernier.

Son avocat, Me Charles Cantin, avait réussi à ce que son client soit envoyé en thérapie, mais selon les propres dires du criminaliste, « il n’avait pas bon espoir de le voir revenir libre et, surtout, sobre ».

C’est pourtant ce qui s’est passé.

« Monsieur Durand, je ne vous reconnais plus », a laissé entendre la juge Sonia Rouleau.

« Je ne reconnais même plus mon client. Il est en forme plus que jamais », a souligné Me Cantin.

Accro, notamment à la morphine et à l’oxycodone, Steeve Durand avait commis une série de délits en lien avec les stupéfiants, au cours des deux dernières années. Il a purgé neuf mois de détention de façon préventive et a complété une thérapie fermée de trois mois. Il faut dire que l’homme a 44 pages d’antécédents judiciaires, dont les premiers remontent à 1995.

« J’ai beaucoup lu. J’ai aussi commencé à écrire un livre. Ça m’aide vraiment beaucoup. Quand c’est plus dur et que ça va mal, je lis ou j’écris », a expliqué l’individu, qui dit passer des heures à la bibliothèque chaque semaine.

Me Charles Cantin a reconnu qu’il n’avait pas bon espoir de voir son client revenir en forme de sa thérapie.

« Il y a tout ce qu’il me faut là-bas. Le Centre des arts et de la culture est juste à côté. Il y a des livres, des films et des espaces de travail pour écrire », a ajouté Steeve Durand, qui fréquente régulièrement sa travailleuse sociale et qui consulte également son psychiatre sur une base régulière, ce qu’il ne faisait pas lorsqu’il consommait.

« J’étais sur la morphine. Je me sacrais de tout et je ne faisais rien de ma vie », a affirmé l’accusé.

Même la procureure de la Couronne, Me Karen Inkel, s’est montrée surprise par la reprise en main de l’homme.

« Si je pouvais être surprise tous les jours comme ça, ça voudrait dire que le niveau de criminalité est en baisse. Vous ne me donnez pas la tâche facile aujourd’hui, monsieur Durand », a affirmé la procureure.

En effet, celle qui se préparait à plaider une peine de 24 mois de prison s’est ravisée. Elle a demandé à la magistrate de sentencier l’homme à 18 mois, en soustrayant non seulement le temps passé derrière les barreaux (neuf mois), mais aussi les trois mois passés en thérapie.

« Je dois même admettre que ce n’est pas la peine appropriée. J’aurais demandé une peine en société, mais ce n’est pas admissible pour les accusations de monsieur », a ajouté Me Inkel.

De son côté, Me Charles Cantin a plaidé pour une peine de 240 heures de travaux communautaires, assortis d’une peine de prison de fins de semaine. Il prend évidemment en compte les neuf mois que son client a purgés en prison et les trois mois de thérapie.

« Le renvoyer en prison serait catastrophique. On l’enverrait dans la gueule du loup, directement dans le trafic », a affirmé Me Cantin.

La procureure de la Couronne, Me Karen Inkel, a admis que l’accusé semblait sur la bonne voie.

Me Inkel a convenu que la clé du succès pour Steeve Durand était qu’il reste sobre. « L’art est un projet pas mal plus intéressant que vos anciens projets », a ajouté la procureure de la poursuite.

La juge Sonia Rouleau a pris la question en délibéré. Elle rendra sa décision le 3 avril prochain. D’ici là, elle a invité l’accusé à poursuivre sur la bonne voie et à mettre tous ses efforts dans sa réhabilitation.