Les événements reprochés à Philippe Lajoie remontent au 6 novembre 2015, sur le stationnement de l'Université du Québec à Chicoutimi.

Le policier Lajoie reconnu coupable de voies de fait

Philippe Lajoie est reconnu coupable de voies de fait simples, en lien avec des événements survenus en novembre 2015. Le policier de la Sécurité publique de Saguenay (SPS) a reçu le verdict du juge Pierre Lortie de la Cour du Québec, vendredi matin, au Palais de justice de Chicoutimi.
Lors de l'appel du jugement, Lajoie n'a pas réagi, tandis qu'une de ses proches a essuyé quelques sanglots. L'agent de la paix reviendra en cour le 25 septembre pour les plaidoyers sur la peine. L'avocat de la Couronne, Me Mathieu Rochette, n'était pas présent en salle 2.10, mais a tout de même participé via un appareil téléphonique.
L'avocat de l'accusé, Me Dominic Bouchard, n'a pas voulu commenter le jugement devant les médias. On ignore donc ce que la défense va suggérer comme peine le mois prochain ni s'il compte en appeler de la condamnation.
Me Bouchard plaidait l'article 25 du Code criminel canadien, qui dit qu'un policier peut utiliser la force nécessaire pour mettre fin à une situation inquiétante ou dangereuse.
« Le Tribunal retient que Lajoie a utilisé sans nécessité une force non proportionnelle, de façon déraisonnable », a souligné le juge Lortie dans son jugement d'une vingtaine de pages.
Les événements reprochés remontent au 6 novembre 2015, sur le stationnement de l'Université du Québec à Chicoutimi. Le policier et sa collègue Valérie Desgagné interviennent auprès de l'individu, endormi dans son véhicule avec un ami.
Les deux agents tentent de réveiller les deux hommes, sans succès, mais Philippe Lajoie réussit finalement à sortir la victime de l'automobile. Ce dernier semblait dans un état d'ébriété avancé, affichant une démarche chancelante et des yeux vitreux.
L'homme a été mis en état d'arrestation et c'est à ce moment qu'il a perdu son calme, forçant le policier à le maîtriser et à lui passer les menottes. Philippe Lajoie a projeté l'individu au sol, en plus de le frapper «apparemment avec le coude, à la hauteur du cou (de la victime) dont la tête rebondit», est-il écrit dans le jugement.
Rappelons que la victime n'a pas porté plainte et ne se souvenait pas des événements. C'est un agent de Garda à l'UQAC qui a contacté le capitaine à l'éthique de la SPS, Marc Sénéchal, pour lui partager ce qu'il avait vu sur une bande vidéo.
C'est d'ailleurs à l'aide de cette séquence d'images, captée par la caméra du pavillon de la santé de l'UQAC, que le juge Lortie a pu rapporter les faits qu'il a jugé suffisamment clairs pour condamner Philippe Lajoie.
Dans son témoignage au cours du procès, le policier Lajoie avait dit qu'il avait feint de donner un coup à la victime, sans toutefois agir directement. Cette version a été remise en question à la suite de la diffusion de la vidéo.
«Lajoie témoigne que son bras n'a pas atteint (l'accusé) une fois au sol. Toutefois, l'enregistrement montre un geste complet avec le bras et la tête de (l'accusé) qui rebondit», mentionne le juge Pierre Lortie.
«Le Tribunal retient que [...] les images sont généralement claires et donnent un bon portrait global de la situation.»
Dans sa défense, Me Dominic Bouchard soutenait que son client était décrit comme un policier calme, poli et professionnel. L'avocat avait aussi indiqué que l'enquête interne de la SPS contenait des irrégularités. «Il y a une odeur malsaine dans ce dossier, avait affirmé Me Bouchard le 20 juin. Ça ajoute au manque d'objectivité de Marc Sénéchal, car l'accusation ne tient pas la route, même si c'était le souhait de Marc Sénéchal. Sauf que rien ne vient corroborer ses prétentions.»