Philippe Lajoie

Le policier a craint pour sa sécurité

Le policier de Saguenay, Philippe Lajoie, 32 ans, accusé de voies de fait simples lors de l'arrestation d'un étudiant de l'UQAC dans la nuit du 5 au 6 novembre 2015, a dit avoir craint pour sa sécurité lors du procès qui s'est poursuivi, mardi, au Palais de justice de Chicoutimi, devant le juge Pierre Lortie.
À la quatrième journée d'audience, Me Dominic Bouchard a amené son client à la barre où le policier a pu raconter sa version des événements.
Après avoir reçu un appel signalant la présence d'un véhicule avec le moteur en marche sur le stationnement de l'UQAC avec deux individus endormis à bord, le policier s'est approché de la portière du conducteur en criant: « Police, réveillez-vous ». L'individu s'éveille péniblement et semble absent. Sans papier, il s'identifie verbalement et une odeur d'alcool est constatée par le policier. Après être sorti, le jeune homme se retourne pour uriner près du policier.
Agressif
Après avoir été mis en arrestation, l'individu serait devenu agressif en argumentant qu'il n'avait pas conduit en état d'ébriété, profère des menaces de mort, résiste et tente de donner des coups de pied, selon le témoignage entendu. Le policier le projette une première fois au sol près du véhicule de patrouille pour lui passer les menottes et l'amener au poste. Tout en proférant des menaces, le jeune homme s'inquiète pour son cellulaire échappé par terre accidentellement par la policière Valérie Desgagné. 
Très rapidement, le policier Lajoie projette de nouveau l'individu menotté au sol et semble porter un coup. M. Lajoie explique qu'il a perçu chez l'individu des signes précurseurs d'assaut en raison des mouvements de sa tête. Il semble menaçant, ses yeux étant rageurs. « Mon intention était de mettre fin à la menace. Ça s'est passé très vite. Il y avait encore un autre individu à bord qui aurait pu constituer une menace. » 
Le policier a avoué avoir ressenti de la peur et du stress plus que d'habitude, alléguant qu'il ne patrouillait pas avec son collègue habituel, plus costaud, mais plutôt avec une agente féminine de plus faible gabarit. » 
Le policier Lajoie a ajouté que le geste posé aurait eu pour effet de calmer l'individu qui a été embarqué dans l'auto-patrouille.
contre-interrogatoire
En contre-interrogatoire, le policier qui a été suspendu quinze mois a eu droit à un contre-interrogatoire serré du procureur de la Couronne, Me Mathieu Rochette. Ce dernier a interrogé le policier sur le fait qu'en aucun endroit dans son rapport d'événement, il n'avait fait état de la seconde projection au sol du jeune homme, de la possibilité de recevoir des coups de tête ou des coups de pied. Seule la première projection au sol apparaît au rapport. 
Le policier a affirmé qu'après avoir consulté sa collègue Valérie Desgagné, il avait décidé de ne pas faire mention de l'événement afin d'éviter au jeune homme des accusations supplémentaires d'entraves et menaces à l'endroit des policiers. Il a avoué à quelques reprises que son rapport rédigé à 6 h le matin après un quart de travail pouvait comporter des omissions.
Appelé à la barre, le policier à la retraite Dominique Corneau n'a pu témoigner en raison des objections de la Couronne qui a plaidé devant le juge Lortie que son témoignage ne serait pas pertinent à défaut d'être reconnu comme un témoin expert.
Le policier et technicien en alcootest, Maxim Jolin, a complété la preuve de la défense en déclarant avoir conseillé cette nuit-là au policier Lajoie de tout inclure dans son rapport en raison de l'utilisation de la force.
Le procès qui devait prendre fin mardi se poursuivra le 20 juin prochain avec le témoignage en vidéo-conférence de la policière Valérie Desgagnés. Cette dernière n'a pu être entendue pour des raisons de santé.