Denis Gagnon sera inscrit au registre des délinquants sexuels pour le reste de sa vie et devra fournir un échantillon d’ADN.

Le pénitencier pour avoir agressé trois jeunes filles

Le Chicoutimien Denis Gagnon a pris le chemin du pénitencier pour les 43 prochains mois pour avoir agressé sexuellement trois jeunes filles entre 1980 et 2006.

Le juge Jean Hudon, de la Cour du Québec, a entériné la suggestion commune de Me Nicole Ouellet, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), et de Me Jean-Marc Fradette, en défense.

L’individu de 53 ans, qui a tout fait pour se soustraire à la caméra du photographe du Quotidien, a plaidé coupable en juin dernier d’avoir commis des attouchements sexuels sur trois jeunes filles.

Gagnon, qui était sans antécédent judiciaire, a notamment mis un doigt dans le vagin des victimes, s’est fait faire des fellations et est allé jusqu’à éjaculer dans la bouche des fillettes.

L’agresseur sexuel a été en mesure d’agir sans être inquiété étant donné que les victimes ne savaient pas si c’était correct ou non en raison de leur jeune âge.

Mais en 2014, une première victime s’est confiée à l’une de ses connaissances et lui a dit avoir été abusée sexuellement par Gagnon. Immédiatement, les choses se sont bousculées dans la tête de la confidente, car elle aussi avait subi le même sort de la part de l’agresseur.

Une fois que le client de Me Fradette a été dénoncé, une troisième victime s’est manifestée aux policiers.


«  Il y a une justice pour les victimes. L’agresseur a plaidé coupable. Quant aux victimes, je vous félicite d’avoir été en mesure de dénoncer ces actes.  »
Le juge Jean Hudon, de la Cour du Québec

Durant les représentations sur la sentence, Me Ouellet a rappelé au tribunal que la protection des enfants est fondamentale dans notre société et que celle-ci ne tolère pas que l’on s’en prenne à des êtres vulnérables.

« La suggestion commune de 43 mois de pénitencier ne solutionne rien (pour les victimes). Il faut considérer que l’accusé était en situation d’autorité et d’abus et il faut tenir compte de l’âge des victimes. Il ne faut pas oublier que les gestes sont importants et qu’ils ont été commis avec une certaine préméditation », a mentionné Me Nicole Ouellet.

« À la lecture du rapport présentenciel et du rapport sexologique, on note que l’accusé a encore du chemin à faire et il faut espérer que le pénitencier lui permettra d’avancer, car sa déviance sexuelle démontre des lacunes importantes », de préciser la procureure de la Couronne.

En défense, Me Fradette a précisé que son client avait plaidé coupable avant la tenue du procès, évitant ainsi aux victimes de venir témoigner et de se replonger dans cet épisode noir de leur vie.

« Mon client a respecté ses conditions depuis 2015. La possibilité de récidive est très faible, pour ne pas dire inexistante. Je partage l’opinion de ma collègue sur le fait que mon client a du chemin à faire sur sa part de responsabilité », a mentionné Me Fradette.

Message

Avant de confirmer la sentence à Gagnon, le juge Hudon y est allé d’un message qui s’adressait directement aux victimes et en particulier à la toute première victime de l’agresseur.

« Vous n’êtes pas responsable de ce qui vous est arrivé et ne l’êtes pas non plus pour les autres victimes », indique le magistrat.

« Je sais que la peine imposée n’enlèvera jamais ce que vous avez vécu. Il était clair pour moi que les gestes commis méritaient du pénitencier, même si je ne savais pas le nombre de mois que j’étais pour donner. Il ne faut pas oublier qu’il y a eu trois victimes et que les gestes ont été assez intrusifs. Et en plus, les gestes ont duré de nombreuses années, soit sur une période de 26 années », a poursuivi le juge Hudon.

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«AUCUNE SENTENCE NE SERA SUFFISANTE », DIT UNE VICTIME

(Stéphane Bégin) — « Je te remets les boulets qui ont été attachés à mes chevilles d’enfant afin que tu deviennes le responsable de ces actes. Tu dois prendre l’entière responsabilité de ce qui s’est passé et arrêter de remettre ça sur le dos des autres. Aucune sentence ne sera suffisante pour tout le mal que tu m’as fait. »

La toute première victime de Denis Gagnon en avait long à dire au tribunal et particulièrement à son agresseur, quelques instants avant que le juge Jean Hudon n’entérine la suggestion commune de 43 mois de pénitencier.

Les victimes d’actes criminels ont l’habitude de remettre une déclaration au tribunal. Il est donc assez rare que toutes les victimes d’un même individu se rendent à la salle d’audience pour raconter ce qu’elles ont vécu.

Même si ce ne fut pas facile, les trois femmes, qui ont essuyé des larmes, ont été en mesure de parler des conséquences de ces actes.

Gisèle (prénom fictif), la première victime, ne voulait pas déposer une plainte. Elle croyait avoir enfoui ces expériences traumatisantes dans un recoin de son cerveau.

« J’ai bien tenté de m’expliquer l’inexplicable. L’enfant que j’étais cherchait à comprendre. Je lui trouvais des excuses. Je me disais qu’il découvrait sa sexualité ou qu’il avait commis une erreur de parcours. Il est parvenu à me mettre dans la tête que tout ça était normal. »

Jusqu’à ce jour de juillet 2014 où Marlène (prénom fictif) est venue lui raconter les agressions dont elle avait été victime de la part de Denis Gagnon.

« Elle ne le sait pas, mais elle a changé ma vie à ce moment. Lorsqu’elle m’a raconté ce qui s’était passé, je ne pouvais croire qu’il avait fait ça à une enfant, oubliant par le fait même que j’avais subi la même chose à cet âge. »

« Je me suis alors dit que mon silence avait fait d’autres victimes. Et c’est là que j’ai décidé d’en parler. J’ai eu l’appui de ma famille, même si ce fut un choc pour eux », a continué Gisèle.

Quant à Marlène, elle s’est longtemps interrogée à savoir si tout cela était normal, ne sachant pas à son jeune âge ce qui était correct ou non.

« Je me suis demandé ce que j’avais fait pour subir cela. J’ai encore de la difficulté avec mon sommeil. Ça m’a amenée à consommer de la drogue. J’ai pensé au suicide. Je ne voulais plus vivre et c’est grâce à une amie si je ne suis pas allée plus loin », indique Marlène.

La troisième victime, Annie (prénom fictif), se souvient qu’elle était âgée de huit ou neuf ans lors des abus.

« J’ai gardé ça pour moi pendant une année avant d’en parler à ma grand-mère. J’ai beaucoup pleuré après les agressions et après l’avoir avoué à mes proches. Même dans ma vie d’adulte, j’ai eu de la difficulté à faire confiance aux hommes. J’ai dû m’adapter », de dire Annie.