Bernard Gaudreault vivait ses derniers moments de liberté pour plusieurs mois, jeudi matin, au Palais de justice de Chicoutimi. L’homme de 57 ans, accompagné d’un ami, se cachait le visage pour éviter d’être photographier.

Le pédophile Bernard Gaudreault avait une attirance pour les petites filles depuis des années

L’ex-bénévole chez les scouts de Saint-Honoré, le pédophile Bernard Gaudreault, avait une attirance pour les enfants dès sa vingtaine et a cherché du réconfort et de l’affection chez des fillettes durant plusieurs années. Il a admis avoir développé des sentiments amoureux envers l’une de ses victimes de 10 ans et il a répété ses gestes parce que les petites et les jeunes adolescentes ne disaient rien. L’homme de 57 ans a pris le chemin de la prison en attente de sa peine, qui sera prononcée le 12 février prochain, par le juge Richard P. Daoust, au Palais de justice de Chicoutimi.

Bernard Gaudreault a admis, en avril dernier, sa culpabilité à six chefs d’accusation d’attouchements sexuels sur six jeunes filles âgées entre huit et 13 ans. L’homme de 57 ans a reconnu avoir touché les seins, les fesses et les parties génitales des jeunes filles, par dessus et sous les vêtements, entre 1997 et 2018. Les gestes ont été perpétrés dans un contexte familial pour certaines victimes et durant qu’il était bénévole chez les scouts, en abusant de petites filles inscrites. Certaines victimes ont été abusées plus d’une fois, alors que d’autres ont subi les pulsions de Gaudreault à une occasion.

En liberté jusqu’ici, l’homme était de retour devant les tribunaux, mercredi, pour subir ses observations sur la peine.

Le procureur de la Couronne, Me Sébastien Vallée, a lu des passages des rapports présententiel et sexologique réalisés au cours des derniers mois. Ces rapports font état de déviance et d’attirance sexuelle pour les enfants.

Le procureur de la défense, Me Jean-Marc Fradette, suggère 18 mois de détention.

« Monsieur a développé des sentiments amoureux envers une enfant de 10 ans. Il s’est montré inquiet de cette attirance. Il était conscient d’avoir une déviance depuis ses 20 ans, mais rien n’a été fait contre ça », a affirmé Me Vallée.

« Il admet les torts causés aujourd’hui, mais dit qu’il n’avait pas l’impression de faire du mal à ses victimes. Qu’il avait une curiosité et une attirance envers les jeunes filles. Qu’il manquait d’affection et que les fillettes lui faisaient du bien. Qu’il a mal interprété leur affection. Et qu’il a répété les gestes posés parce que les victimes ne disaient rien », a lu le procureur de la Couronne. Les experts ont également conclu que l’homme utilisait les enfants comme objets de substitution. Le rapport fait aussi état de regrets sincères de l’accusé. L’individu a d’ailleurs entrepris une thérapie pour comprendre et régler ses déviances sexuelles.

Les victimes et leurs proches étaient présentes dans la salle d’audience du Palais de justice de Chicoutimi, mercredi. À plusieurs moments, certaines d’entre elles ont quitté la salle, incapables d’en entendre davantage. La tension était d’ailleurs à son comble dans les corridors du palais de justice, puisque l’individu était toujours en liberté.

Si la peine n’a pas encore été rendue, l’accusé a formulé le souhait de se constituer prisonnier immédiatement. Puisqu’une peine de détention attend inévitablement l’individu. La Couronne demande trois ans de pénitencier, alors que la défense suggère plutôt 18 mois de prison.

Le procureur de la Couronne, Me Sébastien Vallée, estime qu’une peine de trois ans est justifiée.

Le criminaliste Me Jean-Marc Fradette a misé sur le cheminement thérapeutique de son client pour expliquer cette suggestion. « On ne peut pas féliciter cette prise de conscience et cette démarche thérapeutique, mais on doit l’encourager. L’accusé reconnaît ses torts et veut régler son problème. Il a aussi exprimé de sincères regrets envers les victimes et a rapidement plaidé coupable », a souligné Me Fradette.

De son côté, le procureur de la Couronne, Me Sébastien Vallée, estime qu’une peine de pénitencier est nécessaire, afin de lancer un message de dissuasion, protéger la société et réparer le tort causé aux victimes. Parmi les facteurs aggravants, il a soulevé l’abus de confiance et d’autorité, la vulnérabilité des enfants, le nombre de victimes et la répétition des gestes. Il a également parlé des conséquences des gestes sur les jeunes filles. L’une des victimes avait d’ailleurs témoigné, à l’automne, qu’elle « avait le goût d’arracher les parties de son corps qu’il avait touché ». Une autre a qualifié l’accusé de voleur d’enfance.

Parmi les facteurs atténuants, les plaidoyers de culpabilité de l’accusé (évitant ainsi un procès), sa collaboration lors du processus judiciaire et sa thérapie ont été soulevés autant par la Couronne et la défense.

Le juge Richard P. Daoust a pris la question en délibéré, mais rendra son jugement rapidement. La date du 12 février a été fixée.

Cette photo de Bernard Gaudreault avait été pris en décembre 2018, lors de sa comparution.

Bernard Gaudreault a pris le chemin des cellules à partir de la salle d’audience, sous le regard des victimes, ce qui est assez rare pour un accusé, lorsque la sentence n’est pas encore prononcée.