Le manque d’effectifs se fait sentir dans tous les palais de justice du Québec, mais la sécurité serait davantage compromise en région, selon le Syndicat des constables spéciaux.

Le manque d'effectifs dénoncé dans les palais de justice

L’altercation qui s’est terminée par un coup de feu à Maniwaki, mercredi, donne des munitions au Syndicat des constables spéciaux. L’organisation dénonce depuis quelques années le manque d’effectifs dans les palais de justice du Québec, surtout en région, et l’utilisation d’agents de sécurité provenant d’agences privées. Des décisions qui compromettent la sécurité des usagers, selon le syndicat, qui poursuit d’ailleurs le gouvernement en cour supérieure.

En effet, les deux parties sont attendues au palais de justice de Québec, la semaine prochaine, pour débattre du dossier. Le syndicat tentera de prouver que le gouvernement contrevient à ses obligations en matière de sécurité en confiant la surveillance et le contrôle de sécurité à des agents d’entreprises privées.

« On a fait nos représentations auprès de toutes les instances, mais personne n’a écouté. On a décidé de prendre la voie des tribunaux pour régler cette question. Car la sécurité est compromise. On ne peut pas laisser la surveillance et la sécurité à des agents qui n’ont pas été formés pour ce genre de situation », insiste le président du syndicat, Frank Perales.

Le cas de Maniwaki démontre bien cette réalité à laquelle sont confrontées les constables, estime le leader syndical. L’incident aurait pu être évité s’il y avait eu au moins deux agents de la paix pour contrôler l’individu, croit M. Perales.

« Il n’y avait qu’un constable. Les autres n’étaient pas outillés ou formés pour ce genre d’événement et on le voit bien. D’ailleurs, c’est le constable spécial, le visage en sang, qui est allé chercher le défibrillateur après l’altercation. Les agents ne sont pas allés le chercher. Ça en dit long », laisse tomber M. Perales. 

Selon ce dernier, le manque d’effectifs se fait sentir dans tous les palais. Mais en région, la sécurité serait davantage compromise.

« Dans les plus grands centres, il y a plus d’agents de la paix qui peuvent s’entraider. Dans les plus petits palais, ce n’est pas rare qu’il n’y ait qu’un constable ou un agent de sécurité pour tout le bâtiment ou pour un étage. Le gouvernement prend des risques. »

Dérapages

La preuve déposée à la Cour supérieure par le syndicat fait état de plusieurs erreurs ou dérapages liés au manque de constables spéciaux dans les palais de justice du Québec, situés en région. Voici quelques cas survenus en 2016 et qui ont été admis par le ministère de la Sécurité publique.

• Un agent de sécurité assigné à une salle d’audience du palais de justice de Chicoutimi a conduit, par erreur, un détenu dans un cubicule non sécurisé. Ce dernier aurait plutôt dû le confier aux services correctionnels. 

• Un agent de sécurité a subitement quitté une salle de cour de Chicoutimi où il était assigné pour intervenir auprès d’un homme qui avait été identifié comme possiblement armé et qui se dirigeait vers les bureaux des procureurs. Ledit agent ne possédait cependant aucune formation ou pouvoir légal face à une situation du genre.

• Le palais de justice de Chicoutimi n’a pu ouvrir ses portes à l’heure, le 4 octobre 2016. L’ouverture des portes avait été confiée à un agent de sécurité. 

• À Valleyfield, en 2016, un agent de sécurité assigné à un procès devant jury pour agression sexuelle a été reconnu par un constable. L’agent de sécurité avait, dans les semaines précédentes, fait l’objet d’une arrestation dans le cadre d’une perquisition en matière de stupéfiants.

• À Sainte-Anne-des-Monts, un constable a dû incarcérer cinq personnes à lui seul. Sans la présence d’un agent des services correctionnels, il a dû utiliser ses menottes pour barrer les portes de la cellule. 

Palais de justice de Chicoutimi.