Le major Éric Duquette est accusé d’agression sexuelle, d’abus d’une subordonnée et de conduite préjudiciable au bon ordre et à la discipline.

Le major Duquette aurait touché les fesses d’une subalterne

« Je me suis sentie violée dans mon intimité. Malgré tout ce qu’on entend dans les Forces, je ne pensais pas que ce genre de chose pouvait m’arriver. »

Le procès du major Éric Duquette, accusé d’agression sexuelle, d’abus d’une subordonnée et de conduite préjudiciable au bon ordre et à la discipline, s’est ouvert lundi matin, à la Cour martiale de la Base militaire de Bagotville. L’homme est accusé d’avoir touché les fesses d’une subalterne et de lui avoir dit des propos déplacés lors d’un party pyjama, en décembre 2018. Il s’agit du deuxième procès à se tenir en peu de temps à Bagotville concernant des allégations d’inconduite sexuelle.

Le procès du major a débuté lundi avec le témoignage de la présumée victime, une militaire de grade inférieur à l’accusé, qui a aujourd’hui quitté Bagotville pour une autre base militaire.

Elle a raconté comment les événements se sont déroulés, le 1er décembre 2018. Cette soirée-là, 200 personnes avaient été invitées à la « barn » (endroit où les militaires se réunissent pour différentes activités) pour une fête de Noël en pyjama.

Les gestes et les propos reprochés au major Duquette auraient été commis sur le plancher de danse, peu de temps après le souper. Précisons que le major et la présumée victime se connaissaient depuis près de deux ans, mais n’étaient unis que par des liens professionnels.

Vers 22 h, la plaignante dansait avec des amies lorsqu’elle aurait senti une main sur sa fesse gauche. Lorsqu’elle s’est retournée, elle aurait aperçu le major Duquette retirer sa main de sa fesse. Choquée, la présumée victime serait ensuite allée raconter l’incident à son copain, qui était au bar. « Le major Duquette vient de me pogner les fesses », aurait-elle dit à son conjoint. Ce dernier n’aurait toutefois pas fait de cas de l’incident.

C’est Me Charles Cantin qui représente le major Éric Duquette.

La militaire serait ensuite retournée danser, mais admet qu’elle était très déconcertée et qu’elle ignorait comment réagir. Avec ses deux amis, elle a pris soin d’aller danser un peu plus loin.

Le major serait toutefois revenu à la charge, en pressant son corps contre celui de la militaire, face à elle. Elle a raconté en cour avoir senti sa poitrine et ses cuisses contre les siennes, afin de donner une idée de la proximité entre les deux personnes. Le major lui aurait ensuite susurré à l’oreille qu’elle était « fucking hot »

La plaignante l’aurait ensuite repoussé avec ses deux bras et serait partie retrouver son conjoint. Elle n’aurait pas recroisé le major de la soirée.

« Je ne me sentais vraiment pas bien. J’étais déçue et je ne savais pas quoi faire », a témoigné la militaire.

C’est le mardi suivant les événements que la plaignante en aurait discuté avec son supérieur immédiat. « Il m’a dit qu’il devait faire quelque chose », a affirmé la présumée victime.

Après avoir réfléchi quelques heures, elle a décidé de porter plainte. C’est toutefois son supérieur qui s’est rendu à la police militaire pour dénoncer la situation.

« J’avais peur des représailles et d’entacher ma réputation », a-t-elle dit, en cour.

Le major Duquette a finalement été accusé en mai 2019.

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CONTRADICTOIRE, DIT ME CANTIN

L’avocat du major Duquette, qui a plaidé non-coupable aux trois chefs d’accusations qui pèsent contre lui, a voulu démontrer que les souvenirs de la plaignante étaient embrouillés par l’alcool, puisque le party de Noël du 1er décembre 2018 était arrosé. Me Charles Cantin a d’ailleurs soulevé quelques contradictions entre son témoignage et la déclaration qu’elle a faite aux policiers militaires le 11 décembre 2018. 

Me Cantin a d’abord questionné la plaignante sur le touché de la fesse dont elle se dit victime. Comme elle l’avait dit à l’époque de la déclaration, la plaignante n’a pas pu décrire le geste avec précision, à savoir s’il s’agissait d’une tape, d’une poigne ou d’une caresse. « Il y a eu contact, c’est ce que je peux dire », a affirmé la plaignante. « Est-ce que je me trompe ou vous n’en avez aucune idée ? », a affirmé Me Cantin.

Toujours en se basant sur la déclaration faite aux policiers à l’époque, la présumée victime aurait dit à ce moment qu’elle et le major Duquette étaient ivres, alors qu’en cour, elle a dit le contraire. Elle a tout de même précisé avoir bu plusieurs consommations ce soir-là. 

Concernant les propos jugés déplacés, dans sa déclaration du 11 décembre, la plaignante avait dit ne pas avoir entendu les mots exacts que le major Duquette lui aurait susurrés, alors que devant le juge militaire, le lieutenant-colonel D’Auteuil, elle a déclaré que l’accusé lui avait dit à l’oreille qu’elle était « fucking hot ». 

« Vous aviez déclaré ne pas avoir entendu ce qu’il vous avait dit. En êtes-vous vraiment sûre ? », a affirmé Me Cantin, se référant toujours à la déclaration du 11 décembre.

Le criminaliste a également soulevé le fait que la plaignante avait abordé le sujet en faisant des blagues avec son supérieur, le mardi suivant les événements. La présumée victime n’a pas démenti avoir fait une farce sur le sujet, mais elle a admis qu’il s’agissait d’une blague de mauvais goût, causée par l’anxiété, puisqu’elle ne savait pas comment aborder la question.

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OPÉRATION HONOUR

Les cas d’allégations d’inconduite sexuelle sont pris très au sérieux, au sein des Forces armées canadiennes, surtout depuis la mise en place de l’Opération Honour, lancée en 2014. À cette époque, plusieurs rapports médiatiques nationaux à grande visibilité ont mis des noms et des visages sur les personnes affectées par des inconduites sexuelles au sein des Forces. L’Opération Honour vise à soutenir les personnes affectées par une inconduite sexuelle, intervenir en cas d’inconduite sexuelle, prévenir les inconduites sexuelles et comprendre le problème. Sa mission est d’éliminer l’inconduite sexuelle au sein de l’armée canadienne.