Le juge réfléchit à leur liberté

Nicolas Poulin et Carlos Innoncent-Loga restent derrière les barreaux pour le moment.

L’enquête caution des deux individus arrêtés le 1er novembre, dans le cadre d’une opération policière en lien avec le milieu des stupéfiants, s’est déroulée lundi devant le juge Michel Boudreault, de la Cour du Québec. Celui-ci rendra sa décision en début d’après-midi mardi.

Lors des opérations policières, les membres des projets spéciaux de la Sécurité publique de Saguenay (SPS) et du Groupe tactique d’intervention (GTI) de la Sûreté du Québec ont perquisitionné le 14 boulevard Saguenay Est, le 35 rue Smith est à Chicoutimi et une résidence de la rue Chauveau à Jonquière.

Ils ont arrêté Poulin et Loca, de même que Stanley Romain (remis en liberté depuis). Les agents ont découvert, dans les deux résidences de Chicoutimi, près de 5000 $ en argent, des armes de poing, une arbalète, un poing américain, des cellulaires, une liste de comptabilité. Il y avait aussi des quantités importantes de drogue, soit plus de 415 grammes de cannabis, 63 grammes de cocaïne, 700 millilitres de GHB, 95 grammes de crack, plus de 3800 comprimés de métamphétamines et une balance électronique.

Un enquêteur de la SPS est venu raconter les grandes lignes de l’enquête policière lancée au début du mois de septembre.

Nicolas Poulin est tanné de rentrer et de sortir de prison. Il veut éviter les embûches et mener une vie normale.
Carlos Innoncent-Loga veut s’occuper de sa nouvelle ligne de vêtements LGZ (Lougarouz Gang) après sa thérapie.

Sympathisant des Hell’s

À la suite d’informations du public et de l’observation, les agents ont pu identifier Loga et déterminer qu’il était mêlé au trafic de stupéfiants. Ils disent qu’il était aussi responsable de prostitution. 

Innoncent-Loga, qui possède plusieurs antécédents judiciaires qui l’ont mené à 16 sentences, dont une de 30 mois pour trafic de stupéfiants, serait aussi en lien, selon la preuve, avec un gang de rue de Montréal et serait un sympathisant des Hell’s Angels.

Durant l’enquête, les agents ont aussi pu relier Poulin et Romain au trafic de drogue. Ils ont été vus dans divers lieux où des transactions ont été conclues. 

À l’un de ces endroits, les policiers ont même noté la présence du rappeur Samuel « Sam Sag » Bouchard et du restaurateur Dac Khoi Ho. Le restaurateur y a été vu à deux reprises, dont une fois où il est arrivé avec un sac plein (probablement des stupéfiants, selon la police) et en ressortir avec un sac vide. 

En octobre, Dac Khoi Ho a été arrêté en possession de plus de sept livres de cannabis et un millier de métamphétamines avec l’inscription Ice, comme celles retrouvées en possession de Carlos Innoncent-Loga. 

Pour le moment, rien n’indique que Loga et Khoi Ho soient liés à du trafic de stupéfiants, car aucune accusation n’a été déposée. Mais il est fort possible que ces deux affaires et perquisitions aient mis un terme, pour un temps, aux activités de revendeurs de stupéfiants. 

Me Julien Boulianne a discuté avec des proches de Carlos Innoncent-Loga au cours de la journée de l’enquête de remise en liberté. La décision sera rendue mardi après-midi.

La défense croit à la thérapie fermée

Tout en reconnaissant que ses deux clients possèdent une bonne feuille de route judiciaire, Me Julien Boulianne croit que la thérapie pourrait s’avérer une détention bénéfique pour Carlos Innoncent-Loga et Nicolas Poulin.

Du moins, c’est ce qu’il a soumis au juge Michel Boudreault, alors que sa collègue de la Couronne, Me Sabrina Tremblay ne croit pas que les deux hommes doivent être remis en liberté, surtout qu’ils s’exposent à des peines minimales de détention s’ils sont reconnus coupables.

Après avoir entendu la preuve détenue par le ministère public, Me Boulianne a fait valoir que le tribunal fait face à deux trafiquants consommateurs et non pas uniquement à des revendeurs qui sont là pour engraisser financièrement une organisation ou pour eux-mêmes.

« Il y a une grosse différence entre ceux qui vendent pour consommer et ceux qui vendent uniquement pour le profit. Mes clients sont au bas de l’échelle de ce milieu. Les deux endroits où ont eu lieu les perquisitions à Chicoutimi, ce sont des taudis avec des matelas au sol. On est loin des revendeurs qui se promènent en Cadillac », a mentionné Me Boulianne.

« Je sais que l’on va vous dire que la thérapie est encore la seule solution que l’on peut apporter. C’est vrai. Mais ces thérapies fermées de trois mois (Loga) et de six mois (Poulin) pourraient s’avérer une détention bénéfique. Ils ne pourront certainement pas y faire du trafic de stupéfiants. Ils pourraient revenir ici avec une thérapie réussie. Sinon, ils vont se pendre eux-mêmes s’ils ne respectent pas les conditions », ajoute-t-il.

Innoncent-Loga entend se consacrer à sa ligne de vêtements, LGZ (Lougarouz Gang) à sa sortie de thérapie et voir son plus jeune fils, alors que Poulin se dit tanner d’entrer et de sortir de prison. Il veut mettre un terme à cette vie parsemée d’embûches. 

Me Boulianne précise aussi que la preuve n’est pas complète et qu’il faudra encore quelques mois pour l’obtenir, ce qui ferait en sorte de laisser les accusés derrière les barreaux pour une bonne période.

À ce sujet, Me Sabrina Tremblay n’hésite pas à préciser que les individus s’exposent d’une façon ou d’une autre à une peine minimale, s’ils sont reconnus coupables, en raison de la saisie de trois armes de poing, d’un poing américain et d’une arbalète.

« Les peines minimales sont d’une année et elles pourraient être successives en fonction du nombre d’armes saisies », indique Me Tremblay.

« Et même si la preuve n’est pas complétée, elle est suffisante pour démontrer et prouver le trafic de stupéfiants de la part des deux accusés », ajoute la procureure de la Couronne.

Me Tremblay ne pense pas que les garanties offertes, comme la thérapie fermée, sont suffisantes et qu’en raison des nombreux antécédents judiciaires de Loga et de Poulin, il est plus difficile d’accorder la remise en liberté.