Le juge ramène deux avocats à l’ordre

Le juge Christian Tremblay, de la Cour du Québec, a amené deux procureurs à discuter d’un dossier plutôt que de le reporter après la confection d’un rapport présentenciel pour une affaire de voies de fait simple. Le magistrat visait deux objectifs : éviter de reporter un dossier et faire sauver de l’argent aux contribuables.

Dave Turner, un homme de 52 ans de Laterrière, a plaidé coupable, mercredi, à une accusation de voies de fait simple.

Lors d’un party de bureau, en décembre 2016, Turner a fait appel à un remorqueur (il œuvre dans le domaine) afin de ramener son véhicule chez lui.

Lorsque l’employé est arrivé, l’accusé ne voulait pas être raccompagné par lui, car les deux hommes ne s’apprécient pas beaucoup. Mais il n’avait pas le choix.

Le trajet a donc été long jusqu’à Laterrière. La balade s’est terminée par une altercation. Turner dit avoir été frappé à coups de pied et a répliqué avec ses poings.

Me Julien Boulianne, avocat en défense, s’apprêtait à demander la confection d’un rapport lorsque le magistrat, qui est de passage au Palais de justice de Chicoutimi pour la semaine, a fait valoir qu’il n’était pas prévu qu’il revienne dans la région pour donner une peine à l’accusé.

Les parties voulaient ainsi obtenir un meilleur portrait de l’homme qui possède quelques antécédents judiciaires, mais dont les dernières frasques remontent à près de 15 années.

« Vous voulez un rapport présentenciel pour une accusation de voies de fait simple sur déclaration sommaire. Il me semble que vous devez être en mesure de trouver une solution pour clore ce dossier. En plus, un rapport, ça coûte cher. C’est quand même l’argent des contribuables qui est dépensé pour ça », a lancé le magistrat.

Me Nicole Ouellet, de la Couronne, a alors précisé que l’accusé avait été condamné à une peine de deux années moins un jour en 2004 pour des voies de fait causant des lésions et des voies de fait armées.

« Si vous avez l’intention de me demander une peine de prison pour des voies de fait simple, je vais vous dire que vous allez devoir ramer pas mal pour me convaincre », de poursuivre le juge montréalais.

Les deux avocats se sont retirés afin d’entreprendre des discussions et essayer de trouver un terrain d’entente.

Ils sont revenus devant le magistrat 15 minutes plus tard. Ils ont soumis un sursis de sentence et 125 heures de travaux communautaires. Il sera sous probation durant 18 mois.

« La suggestion qui m’est faite est sage et équilibrée », a indiqué le juge.

« En ce qui vous concerne, M. Turner, je ne vous donnerai pas une médaille pour ce que vous avez fait. Ce n’est pas une façon de régler un différend. Ce n’était pas très édifiant. Si cela devait se reproduire, je vous suggère de quitter et de prendre un grand bol d’air », a conclu le magistrat.