Le bambin de 23 mois se trouvait dans cette résidence de la rue Bégin, à Chicoutimi, lorsqu’il aurait été secoué. Il souffre maintenant de séquelles permanentes.

Le conjoint cité à procès pour entrave

Jean-Philippe Cloutier, le conjoint de la gardienne d’enfants Stéphanie Frenette, est cité à procès pour avoir essayé d’entraver le cours de la justice. Il aurait demandé à la femme de ménage de confirmer qu’elle n’avait rien vu ni rien entendu, comme elle l’avait dit dans son témoignage aux policiers.

L’homme, qui réside maintenant à Québec, a subi son enquête préliminaire, lundi matin, devant le juge Jean Hudon, de la Cour du Québec, au Palais de justice de Chicoutimi.

Cloutier aurait tenu ces propos à l’endroit de la femme de ménage de la garderie, en lien avec l’affaire de l’enfant de moins de deux ans qui a été secoué dans la garderie familiale de la rue Bégin, à Chicoutimi, le 20 février 2017.

Les événements reprochés à M. Cloutier auraient eu lieu en septembre 2017, alors que la femme de ménage s’est rendue à leur domicile pour nettoyer la résidence que le couple Frenette-Cloutier voulait mettre à vendre.

« Lorsqu’ils m’ont demandé d’aller leur donner un coup de main pour le ménage, j’ai hésité, car je savais que je témoignerais dans le dossier du bébé secoué. Mais j’y suis tout de même allée. J’ai fait le ménage de la maison avec Mme Frenette, alors que son mari effectuait de petites réparations », explique la dame de 52 ans, en réponse aux questions de Me Nicole Ouellet, de la Couronne.

« À la fin de la journée, M. Cloutier m’a payé et m’a remis une copie du reçu de travail. Il m’a dit que son avocat voulait me parler et qu’ils pouvaient être là si je le souhaitais. Je lui ai répondu que je verrais à ça », ajoute-t-elle.

Dans les instants qui ont suivi, Jean-Philippe Cloutier aurait changé de ton. La femme de ménage l’a senti plus agressif envers elle.

Comme l’individu est assez imposant et qu’il faisait de grands gestes avec ses bras, la dame dit avoir été impressionnée.

« Il m’a dit : tu n’as rien vu, rien entendu de ce qui s’est passé. Il savait pourtant que j’avais vu des choses. Cette situation n’aurait pas dû exister. Je n’ai pas aimé la façon de faire de monsieur », a-t-elle poursuivi.

En contre-interrogatoire, Me Julien Boulianne a tenté de mettre en perspective les contradictions du témoin en rapport avec le témoignage livré aux policiers le 23 février 2017 et ses propos actuels.

Stéphanie Frenette pourrait connaître la date de son procès en septembre prochain.

« Il est vrai que j’ai dit aux policiers que je n’avais rien vu ni rien entendu et que je confierais même mes enfants à Stéphanie Frenette. J’ai aussi dit que l’enfant ne semblait pas en danger de mort à mon départ, mais j’avais remarqué qu’il était en punition, qu’il avait les larmes aux yeux et qu’il ne bougeait pas beaucoup. Mais je ne suis pas une gardienne d’enfants », a repris la femme de ménage.

Me Boulianne estimait qu’il n’y avait pas beaucoup d’éléments pour citer son client à procès en lien avec l’accusation, alors que Me Ouellet croit que les circonstances entourant les propos de l’accusé ne laissent pas le choix.

Le juge Jean Hudon a donc cité Jean-Philippe Cloutier à procès pour la journée du 10 octobre 2018, estimant qu’à l’enquête préliminaire, il n’a besoin que d’une étincelle de preuve pour procéder.

Procès
Si le dossier de Cloutier revient dans les prochains mois, celui de la gardienne d’enfants n’a pas encore été fixé.

Cette affaire doit revenir lors du prochain terme des assises criminelles, le 13 septembre. Me Ouellet et Me Boulianne pourraient alors être en mesure de déterminer une date de procès devant jury, avec le juge Raymond Pronovost, coordonnateur de la Cour supérieure du Québec.

Stéphanie Frenette devra alors répondre d’accusation de voies de fait grave.

La preuve récoltée au bureau du Directeur des poursuites criminelles tend à démontrer que la gardienne d’enfants aurait secoué le bambin de 23 mois au point de lui infliger des séquelles importantes, qui le suivront jusqu’à la fin de ses jours.

Le 20 février 2017, Mme Frenette a communiqué avec les parents de l’enfant pour leur signifier que celui-ci n’allait pas très bien.

Rapidement, le bambin a été transporté à l’hôpital où les médecins spécialistes ont déterminé que l’enfant souffrait du syndrome du bébé secoué.

Jusqu’à présent, l’enquête préliminaire, qui a duré trois jours, a permis d’en apprendre davantage sur la preuve détenue par le ministère public.

Le tribunal a entendu les propos de plusieurs témoins dans cette affaire, dont la femme de ménage, de même qu’une employée du centre d’amusement Savana.

Le père du bambin a aussi témoigné à l’occasion de l’enquête préliminaire pour affirmer que l’enfant ne semblait pas dans son assiette lorsqu’il est allé le chercher à la garderie.