Me Julien Boulianne représente les intérêts de Stéphanie Frenette dans l’enquête préliminaire où elle est accusé de voies de fait grave sur un bambin de 23 mois.

Le bambin en était à sa troisième visite

Le bambin de 23 mois, qui aurait été secoué par sa gardienne Stéphanie Frenette, n’en était qu’à sa troisième visite à cette garderie en milieu familial. L’enfant vit actuellement avec des séquelles neurologiques et physiques.

L’enquête préliminaire de Stéphanie Frenette, accusée de voies de fait graves, s’est ouverte jeudi matin au Palais de justice de Chicoutimi pour deux journées. Le juge Paul Guimond, de la Cour du Québec, déterminera au terme de la procédure si la dame doit être citée à procès. D’ici là, Me Nicole Ouellet, de la Couronne, livrera la preuve qu’elle détient dans cette affaire, ce qui permettra à Me Julien Boulianne, en défense, de savoir à quoi s’attendre en prévision du procès.

Le père de l’enfant, dont nous devons protéger l’identité, est venu raconter les grandes lignes des événements survenus le 20 février 2017, alors que la responsable de la garderie l’a appelé à 12h03 pour lui dire que son fils était «mou et avait les yeux à moitié fermés».

Le bambin a été amené à l’hôpital de Chicoutimi. Il avait les yeux complètement fermés et s’est retrouvé dans le coma. Il a été transféré d’urgence à Québec.

À la suite d’un premier test d’image de résonnance magnétique (IRM), il est démontré que l’enfant souffre d’un traumatisme crânien sévère non accidentel (aucune preuve d’un accident). Une seconde IRM laisse planer une possible maladie. 

« Mais des tests génétiques ont été passés et ils ont tous été négatifs. Les troisième et quatrième IRM ont confirmé le traumatisme crânien non accidentel », a expliqué le papa de l’enfant.

L’homme de 31 ans a mentionné que Stéphanie Frenette berçait l’enfant, au midi du 20 février, comme s’il était un déficient intellectuel. Elle n’était pas en panique, mais elle n’était pas calme non plus. 

« Lorsque nous sommes partis, elle nous a dit de lui donner des nouvelles, s’est mise la main sur la bouche et j’ai vu des larmes couler sur ses joues », a relaté l’homme, qui a eu certaines difficultés à se remémorer les détails.

Peu d’enthousiasme

Le père de deux enfants est revenu sur les débuts du garçon à la garderie. Il y a fait son entrée le 13 février. Tout s’y est déroulé à merveille. Seule anicroche, l’enfant a été envoyé au coin, car il avait lancé sa nourriture au sol.

« Lorsque mon fils est retourné à la garderie, le 15 février, il n’avait pas le même enthousiasme. Il se tenait après moi et voulait revenir à la maison. Il est tout de même resté pour la journée », mentionne-t-il.

Deux jours plus tard, le 17 février, la petite famille effectue une visite au centre d’amusement Savana, à Chicoutimi, endroit où elle s’était rendue précédemment. Si l’enfant avait eu beaucoup de plaisir la première fois, ce n’était plus la même chose cette fois-ci. 

« Il a eu besoin d’aide d’autres personnes pour monter dans une glissade. Lorsqu’il est descendu, il a perdu l’équilibre, est tombé et s’est cogné la tête. Il a fini sur le dos. Je ne comprenais pas ce qui se passait. J’ai ensuite glissé avec lui (il était entre ses jambes) et tout s’est bien passé. À la troisième occasion, on a s’est placé un à côté de l’autre. Il a de nouveau perdu l’équilibre. »

« Ensuite, nous sommes allés nous reposer sur un divan. Mon garçon est tombé au sol et s’est frappé la tête sur le béton. Il était sur le dos au sol. Il a ensuite vomi à deux reprises », a-t-il poursuivi en contre-interrogatoire.

La suite est connue. Le 20 février, la santé du petit a dégénéré au point où il se trouve présentement dans un état très précaire.

L’enquête préliminaire se poursuit vendredi avec le témoignage de Sylvie Béliveau, une spécialiste de la santé, ce qui devrait permettre d’en apprendre davantage sur les résultats des IRM et des séquelles subies par l’enfant.

Stéphanie Frenette, quant à elle, évite les caméras des médias. Elle porte de grosses lunettes de soleil et se cache le visage.

Depuis les événements du 20 février, elle a quitté la région pour s’établir à Québec. Sa maison de la rue Bégin à Chicoutimi a été vandalisée. Elle a même reçu des menaces de mort.

Jeudi matin, elle était accompagnée de certains membres de sa famille, alors que plusieurs proches du couple plongé dans cette malheureuse histoire étaient sur les lieux pour supporter les parents du bambin. 

Stéphanie Frenette, la gardienne d’enfants, subit son enquête préliminaire et fait l’objet d’une surveillance de ses proches afin d’éviter les désagréments.

L’enfant ne se serait pas cogné la tête

Le témoignage du père de l’enfant de 23 mois a été en partie contredit par une employée du centre d’amusement Savana.

Une employée du centre est venue témoigner de ce qu’elle a vu l’après-midi du 17 février 2016. Elle a notamment mentionné qu’elle n’a pas vu le bambin se cogner la tête. Elle a indiqué aussi qu’il n’a pas été aidé par d’autres personnes pour monter dans une glissade, car il était seul cette journée-là dans le centre.

« Il s’est glissé à une seule reprise et il était entre les jambes de son père. Je les attendait en bas de la glissade », a indiqué l’employée. 

« J’ai remarqué qu’il était amorphe à son arrivée. Et il ne se tenait plus sur ses jambes lorsqu’il est parti », a-t-elle raconté.

Autre témoin dans cette enquête préliminaire, la femme de ménage de la garderie de la rue Bégin, à Chicoutimi, a remarqué que l’enfant ne semblait pas en grande forme. 

La dame a remarqué que le petit avait les bras le long du corps. Elle dit ne pas avoir entendu de cris ou de coups ce matin-là.

Elle se souvient avoir entendu la gardienne dire à un des enfants : « Tu vas-tu comprendre ? Tu vas-tu t’asseoir ? C’était vers 10 h 30. Et à 11 h 15, le bambin était en punition. »

La femme de ménage n’a pas fait part de ces propos aux enquêteurs. Elle s’en est souvenue deux semaines plus tard. 

« Je ne l’ai jamais dit aux enquêteurs, car je ne croyais pas que c’était important », a-t-elle mentionné.