Laser pointé sur un CF-18: jusqu'à 1000$ d'amende

Un jeune homme qui avait 17 ans et 10 mois le 22 septembre 2016 s’expose à une amende variant de 300 $ à 1000 $ pour avoir pointé un laser en direction du capitaine Pierre-Claude Quirion, un pilote d’avion de chasse F-18 des Forces armées canadiennes. En cour, l’individu âgé maintenant de 19 ans a avoué que s’il avait su le danger que ça représentait, il n’aurait pas posé le geste.

L’événement s’est produit dans le secteur du pic de sable, non loin de l’ancienne usine MDF de La Baie. L’accusé a plaidé coupable d’avoir pointé une source lumineuse forte dirigée vers un aéronef. L’amende maximale est de 5000 $. Le gouvernement fédéral réclame 1000 $, alors que la défense estime que 300 $ seraient suffisants. La juge Kathy Beaumont, du Tribunal de la jeunesse, rendra sa décision le 23 février 2018.

Le jeune Yannick (prénom fictif) se trouvait sur les lieux avec des amis. Il venait de se procurer un pointeur laser et a décidé de l’essayer en pointant son appareil en direction des avions qu’il voyait survoler le ciel baieriverain, mais qui s’apprêtaient à atterrir. 

« Le pilote a été ébloui par la lumière du pointeur laser. Comme il est un pilote d’expérience et qu’il possède des réflexes rapides, il est parvenu à baisser sa visière et à s’assurer de pouvoir contrôler son avion », a expliqué Me Carol Girard, représentant du gouvernement fédéral.

Étant donné que le pilote entreprenait les manoeuvres d’atterrissage, le geste aurait pu être désastreux.

« Selon les commentaires d’un pilote à la retraite, un éblouissement peut faire perdre le sens d’être vers le haut ou le sol. Le pilote n’a qu’une fraction de seconde pour reprendre contact avec la réalité ou s’éjecter de l’avion. Les conséquences peuvent être importantes », a relaté l’enquêteur de Transports Canada, Charles Burroughs, ajoutant qu’il n’était rien arrivé de dommageable.

Lorsque Yannick a dirigé son laser vers l’avion, celui-ci se trouvait à un peu plus de 1100 mètres (entre 900 et 1200) du sol. Malgré l’éblouissement, le pilote a pu abaisser sa visière et a pu réagir rapidement. Il n’y a pas eu de moment de panique. 

Des communications ont été enclenchées avec la tour de contrôle afin d’envoyer des forces de l’ordre sur les lieux afin de prendre le contrevenant.

Les policiers de Saguenay ont réussi à retracer l’endroit où l’événement s’était produit et ont demandé si une des personnes avait un pointeur laser en sa possession. Yannick a répondu par l’affirmative immédiatement, ne se doutant pas de l’erreur qu’il avait commise. 

« J’ai paniqué lorsque j’ai lu que je pouvais être mis à l’amende jusqu’à 100 000 $ et que je pouvais faire de la prison. Ç’a été la panique à la maison. Ce n’est pas brillant comme idée de pointer un laser, mais il faut le savoir. Maintenant je le sais », a-t-il indiqué, laissant voir qu’il ne recommencerait pas.

L’accusé a aussi précisé avoir été victime de railleries de la part d’amis et d’autres étudiants qui ont su qu’il était l’individu visé.

L’enquêteur de Transports Canada, Charles Burroughs, a préparé une preuve très étoffée de l’événement de La Baie du 22 septembre 2016, voulant démontrer la dangerosité de pointer un laser vers un avion.
Le jeune homme a quitté rapidement le Palais de justice de Chicoutimi après avoir plaidé coupable d’avoir pointé un rayon laser vers un avion.

Difficile d’arrêter les fautifs

L’arrestation et la condamnation de Yannick (prénom fictif) étaient seulement le cinquième cas au Canada, dont le troisième au Québec depuis 2008. Au cours des six dernières années, trois personnes ont été épinglées et reconnues coupables sur plus de 2661 dénonciations.

Les peines ont varié de 500 $ à 1000 $ en passant par une absolution conditionnelle (avec 100 heures de travaux communautaires) et une absolution inconditionnelle (avec un don de 1500 $).

« Il n’est pas question de faire un exemple avec mon client. Ce qu’il a fait n’est pas correct et nous ne nions pas que ça représente un danger. Mon client a déjà eu sa leçon. Il ne recommencera pas. J’estime donc qu’une amende de 1000 $ est disproportionnée. Il faut tenir compte de l’impact médiatique dans cette affaire et que le jeune homme est sans histoire », précise Me Sylvain Morissette.

Ce dernier n’a pas l’intention de minimiser le geste de Yannick, mais il ajoute que n’eût été que le rayon laser ait été pointé vers un avion F-18, les policiers n’auraient probablement jamais trouvé le fautif.

« Le pilote a ciblé une zone où pouvait se trouver le contrevenant. Les policiers se sont dirigés vers les lieux et ont trouvé celui qui avait un pointeur laser dans ses poches », a ajouté Me Morissette.

Le jeune homme a vu l’accusation d’avoir commis délibérément le geste de pointer le laser vers l’avion être retirée, étant donné qu’il était difficile de prouver la mauvaise attention.

Fléau

Les autorités fédérales n’hésitent pas à qualifier de fléau les cas d’individus qui pointent un laser vers les aéronefs. Si aucun accident n’a été enregistré, il est clair que la manoeuvre est tout de même considérée comme dangereuse.

Mais il n’est pas facile d’arrêter les fautifs. Lorsqu’une plainte est déposée, des policiers sont envoyés sur les lieux de l’événement, lorsqu’il y a des disponibilités et la majorité du temps, les délinquants ont quitté les lieux.

« Nous mettons les efforts pour éduquer le public afin de réduire le nombre d’incidents et d’expliquer les dangers reliés à ces interférences par laser. Nous enregistrons plus de 500 incidents annuellement à travers le Canada, dont 180 au Québec. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas plus de cas réels, car les pilotes ne sont pas toujours en mesure de faire un rapport », a pris la peine de préciser l’enquêteur de Transports Canada, Charles Burroughs. En août 2016, le ministre de Transports Canada, Marc Garneau a lancé une campagne de sensibilisation et les autorités ont constaté une diminution de 26 pour cent du nombre d’incidents, soit de 306 (1 août 2016 au 28 février 2017) à 227 (1er mars 2017 au 30 septembre 2017).