Nancy Gauthier avait pris la peine d’apporter ses vêtements au cas où elle prendrait le chemin de la prison. Elle en saura davantage le 14 décembre.

L’agresseuse souhaite une absolution

La Jonquiéroise Nancy Gauthier aime sa mère et s’en ennuie, mais cela ne l’a pas empêché de tenter de l’étouffer un soir du mois de mars 2015. Il reste à savoir si la femme de 53 ans, qui a plaidé coupable à une accusation de voies de fait causant des lésions, peut obtenir une absolution conditionnelle ou si elle doit être condamnée à la prison ferme pour une période de six à douze mois.

Le juge Paul Guimond, de la Cour du Québec, rendra la sentence le 14 décembre au Palais de justice de Chicoutimi.

Le 12 mars 2015, Gauthier s’en est pris à sa mère de 79 ans. L’accusée a pris un foulard et a tenté de l’étouffer en la surprenant par l’arrière, tout en lui disant qu’elle voulait la tuer. La septuagénaire était parvenue à répliquer avec un coup de couteau pour se défendre.

Au cours des deux derniers jours, Me Jean-Sébastien Lebel, de la Couronne, et Me Charles Cantin, de la défense, ont fait valoir leur point de vue lors des représentations sur sentence.

La défense laisse entrevoir la possibilité que Gauthier puisse réintégrer les rangs de l’enseignement – elle a été professeure à Oka, dans les Laurentides, durant 10 ans – pour démontrer l’intérêt véritable de sa cliente à obtenir une absolution.

« Mme Gauthier n’a pas coupé les liens définitivement avec le milieu de l’éducation. Le ministère enquête sur la possibilité de la réintégrer. Le dossier est sur pause en raison des procédures judiciaires », explique Me Cantin.

Mais ce point de vue n’est pas nécessairement partagé par la Couronne, qui s’interroge sur les véritables intentions de l’accusée.

« Normalement, une absolution est accordée à des gens qui sont déjà dans leur domaine d’emploi. Dans le cas qui nous intéresse, l’accusée n’est pas enseignante et ne l’était pas à l’époque des gestes. Elle ne semble pas chercher d’emploi et se trouve toujours sur l’aide sociale. En plus, est-ce que le Canada et le Québec veulent d’une enseignante alcoolique, avec des problèmes psychologiques et qui s’en est prise à sa mère ? », s’est demandé Me Lebel.

De plus, malgré la gravité du geste, le criminaliste, toujours dans le but d’éviter la détention à sa cliente, laisse voir au juge Guimond que la victime de cette agression s’ennuie de sa fille et voudrait la revoir. « Ma cliente s’est exilée depuis plus de trois ans. Elle a été privée de sa mère depuis ce temps. Elle veut revoir sa mère, et celle-ci veut aussi la revoir. Ma cliente vit chaque jour avec ces événements en tête. Nous admettons que les sentiments de la victime sont mitigés entre l’amour pour sa fille et sa crainte de la revoir », a suggéré Me Cantin.

Me Lebel se demande si la victime a véritablement le désir de renouer contact, car la dame a déjà démontré des craintes à l’endroit de son agresseuse. « Je reconnais que la victime a mentionné à sa voisine ne pas avoir de crainte de sa fille et qu’elle s’ennuie d’elle. Mais s’attaquer à sa propre mère, c’est dur de trouver pire. La dame vit encore avec les stigmates de l’agression », a répliqué Me Lebel.

Le frère rabroué

Par ailleurs, le juge Guimond n’a pas apprécié que le frère de l’accusée, qui se trouvait dans la salle, fasse des mimiques et se mette à rire des propos tenus par Nancy Gauthier durant son contre-interrogatoire. Il a estimé qu’il s’agissait de gestes déplacés. « Je vous ai directement dans mon regard et je n’apprécie pas de me faire rire au visage, tout comme je n’aime pas vos mimiques. Si vous pensez m’influencer sur le fait de reconnaître ou non votre soeur coupable, je veux juste vous dire que ce n’est pas comme ça que ça marche », a lancé le magistrat.

L’homme a alors préféré quitter la salle en précisant au juge qu’il ne tentait pas de l’influencer par sa façon de réagir.