La preuve est close dans le dossier d’Yves Ntetu.
La preuve est close dans le dossier d’Yves Ntetu.

L’accusé Yves Ntetu exaspéré par les questions de la Couronne

L’homme d’affaires Yves Ntetu et le procureur de la Couronne Sébastien Vallée ne seront certainement pas invités au même souper. Jeudi, lors de son contre-interrogatoire, celui qui fait face à des accusations de harcèlement criminel, de voies de fait et de voies de fait causant des lésions s’est montré exaspéré à plusieurs reprises par les questions du Directeur des poursuites criminelles et pénales.

Dès le départ, l’accusé a dit à Me Vallée qu’il avait «gâché» sa carrière avec «ses niaiseries», avant de lui demander, à voix basse, «vous vous prenez pour qui ?». Un peu plus tard, il l’a même traité de sexiste en assurant dire la vérité.

«Prenez des notes», a-t-il dit au même moment à l’intention de la journaliste du Quotidien, comme il l’avait fait à deux reprises, la veille.

Encore une fois, Me Julien Boulianne a dû ramener son client à l’ordre, lui qui n’attendait pas toujours la fin de la question avant de répondre. Quand Me Vallée lui a montré des textos qu’il avait écrits à la victime — — dont l’identité est frappée d’une ordonnance de non-publication –, M. Ntetu lui a dit qu’il ne prenait que ce qui lui plaisait comme preuve.

«Je pense que Me Vallée n’a rien et qu’il cherche à s’acharner», a-t-il dit.

Questionné sur des propos «dénigrants» qu’il aurait tenus à propos de la victime dans des textos, l’accusé a avoué que ce n’était «pas fin, mais est-ce que c’est criminel ?», a-t-il demandé, tout en niant les menaces et les gestes de violence qui lui sont reprochés. Selon lui, pour employer de tels mots, c’est qu’«il y avait sûrement un contexte».

À un certain moment, la juge Isabelle Boillat, de la Cour du Québec, a invité Me Boulianne à demander une suspension pour pouvoir prendre le temps de jaser avec son client, mais dès la reprise de la cour, il a comparé la victime à «Chucky, la poupée qui parle et qui tue. Les regards qu’elle m’a faits [lors de sa comparution], j’ai rêvé à ça cette nuit !».

À plusieurs reprises, M. Ntetu a fait référence à sa situation financière, sa «grande» maison, son garage double, sa Mercedes et ses voyages. Comme la veille, lors de l’interrogatoire mené par son avocat, il a eu de longues envolées oratoires, tout en gesticulant et en changeant sa voix pour imiter la victime.

«J’ai fait le choix d’avoir une vie d’élite. […] Il (Me Vallée) essaie de me peinturer dans le coin. Il ne trouve pas que je suis assez peinturé comme ça ?», a-t-il demandé en faisant référence à la couleur de sa peau.

Il a même demandé à Me Vallée s’il dormait, la veille, quand il lui a demandé d’expliquer une situation qui avait été longtemps traitée pendant son interrogatoire, mercredi. «De toute façon, ce n’est pas vous que j’ai à convaincre. Vous n’existez pas dans ma tête ni dans mon cœur.»

Vers la fin du contre-interrogatoire, alors qu’il questionnait l’accusé sur un événement précis, M. Ntetu en avait assez de se faire poser la même question. En levant le ton, il l’a prié «d’arrêter de faire de l’acharnement. Je ne suis plus capable de vous entendre ! Vous me harcelez», avant d’ajouter, à l’intention de la juge, «je veux une pause, s’il vous plaît, libérez-moi de ce gars-là !».

Sa demande a été exaucée, car Me Vallée venait de poser sa dernière question. Son dossier sera de retour au palais de justice le lundi 28 septembre, pour les plaidoiries des avocats, et la juge Isabelle Boillat rendra sa décision le jeudi 1er octobre.