Jacques Bouchard, aujourd’hui âgé de 77 ans, recevra sa sentence en juin, 41 ans après les crimes commis.

La victime d'un agresseur raconte son calvaire

« Il m’a pris la confiance que je pouvais avoir envers les autres. Comment voulez-vous atteindre le bonheur quand on n’a confiance en personne ? » La victime de Jacques Bouchard, cet homme de 77 ans qui a plaidé coupable d’attentats à la pudeur pour des attouchements sexuels commis il y a 41 ans sur une jeune adolescente, a tenu à s’adresser au tribunal, lundi matin.

La femme, aujourd’hui âgée de la cinquantaine, a voulu parler des conséquences qu’avaient eues ces attouchements répétés sur le reste de sa vie.

Jacques Bouchard a reconnu, en décembre dernier, avoir abusé d’une jeune fille, qui était alors âgée de 14 ans. Selon la plaignante, les gestes se sont déroulés entre 1978 et 1980, de façon hebdomadaire. Si l’homme a admis les faits, il s’opposait toutefois aux dires de la victime quant à la fréquence des gestes.

Néanmoins, il a plaidé coupable d’avoir, entre autres, touché les seins de l’adolescente, de l’avoir embrassée et de l’avoir forcée à le masturber jusqu’à l’éjaculation.

La victime n’aurait pas été obligée de témoigner, puisque l’homme a plaidé coupable, évitant ainsi un procès, mais la femme tenait tout de même à s’adresser au juge Pierre Lortie, de la Cour du Québec.

« C’est une victoire d’être assise ici aujourd’hui. J’attends ce moment depuis 41 ans. Je voulais vous parler des conséquences très graves qu’ont eues les gestes sur ma vie. La dépression, l’isolement et les difficultés à m’attacher m’ont suivi toute ma vie. Mais le pire, c’est qu’il m’a enlevé ma capacité à faire confiance aux autres. Je n’oublierai jamais le jour où tout a commencé. J’étais catastrophée et je me suis tue, en espérant que ça ne se reproduise pas », a expliqué la victime.

En raison d’une ordonnance de non-publication, nous ne pouvons pas divulguer la raison pour laquelle la dame a décidé de porter plainte autant d’années après les faits.

Lorsque le juge Pierre Lortie a demandé à la victime si elle préférait ne pas voir son agresseur durant son témoignage, elle a répondu que ça ne la dérangeait pas.

« J’attends ce moment depuis longtemps. Ce qui se passe en ce moment est déjà une victoire », a-t-elle répété. Durant son témoignage, Jacques Bouchard l’a écoutée attentivement sans broncher.


«  J’attends ce moment depuis 41 ans.  »
La victime

L’homme de 77 ans, qui n’a pas d’antécédents judiciaires, s’expose à une peine d’un an de détention. En effet, les procureurs de la Couronne et de la défense, Me Mélanie Paré et Me Charles Cantin, en sont venus à soumettre une suggestion commune. « Bien qu’il s’agit d’un crime commis avant 1980 et donc qui serait éligible à une peine en collectivité, ce genre de crime d’époque nous fait pencher vers la détention, et c’est pour cette raison que nous en sommes venus à une suggestion de douze mois de détention », a expliqué la procureure de la Couronne, Me Mélanie Paré.

Le crime d’attentat à la pudeur a été retiré du Code criminel canadien et remplacé par celui d’agression sexuelle en 1983.

Le rapport présentenciel rédigé faisait état d’un risque de récidive très mince, voire inexistant.

Le juge Pierre Lortie a accueilli la suggestion commune, mais rendra sa sentence le 28 juin.

D’ici là, Jacques Bouchard devra rester au pays et il devra évidemment se présenter au Palais de justice de Chicoutimi le jour de sa sentence, tout en étant prêt à prendre le chemin de la prison.