Jean-François Martel-Poliquin devrait connaître la sentence imposée par le juge Michel Boudreault le 24 janvier.

La prison attend Martel-Poliquin

Jean-François Martel-Poliquin, coupable de conduite avec les facultés affaiblies causant des lésions corporelles, ne pourra vraisemblablement pas éviter la prison. La peine se situera entre 90 jours et 24 mois, à moins que le juge ne tienne pas compte des suggestions des procureurs.

Le juge Michel Boudreault, de la Cour du Québec, a entendu les représentations sur sentence de Me Julien Boulianne, en défense, et de Me Audrey Allard, de la Couronne. En plus d’une peine discontinue, la défense recommande 240 heures de travaux communautaires et un dédommagement de 3000 $ aux victimes. Au ministère public, la peine devrait varier de 18 à 24 mois avec une interdiction de conduire de trois ans (lire autre texte).

La décision sera rendue le 24 janvier. En attendant, Martel-Poliquin demeure en liberté, mais ne peut déjà plus conduire son véhicule depuis le verdict de culpabilité de juin, qui a été porté en appel par la défense.

Le magistrat n’a pas écarté la possibilité de s’éloigner des recommandations des avocats, notamment en raison de l’antécédent de l’accusé et des conséquences pour les victimes. 

Le 8 août 2013, l’individu de 35 ans se dirige vers Larouche sur la route 170. Il effectue une manoeuvre de dépassement et heurte le véhicule de Gilles Thibeault et Jacinthe Boucher. Celle-ci subit des blessures importantes et doit être amputée d’une partie de la jambe gauche.

« Encore aujourd’hui, je suis anxieuse et dépressive. J’ai encore des suivis psychologiques et j’ai toujours de la difficulté avec mon attention », a exprimé Mme Boucher. J’ai aussi de la colère parce que je ne peux plus faire ce que je faisais avant, comme de la marche, de la course, du ski et du vélo. Je ne peux plus voyager comme avant et lorsque je voyage, je me déplace en fauteuil roulant », précise Mme Boucher, qui ressent toujours de la douleur. Le mal est moindre, mais toujours présent. La dame pourrait peut-être y mettre fin en subissant une autre opération à la jambe, mais elle craint des complications et une nouvelle amputation.

« Ce fut un grand deuil à faire d’accepter que l’on fasse une amputation tibiale (trois pouces sous le genou) de la jambe gauche », reprend la dame âgée aujourd’hui de 56 ans.

« J’ai honte de mon corps. Je me sens diminuée en raison de l’amputation. Je ne veux pas être vue sans ma prothèse », a-t-elle raconté.

Son conjoint a subi un traumatisme crânien, une fracture de la colonne et a eu une chirurgie cervicale et a dû arrêter de travailler.

« La vie complète des deux victimes a été chamboulée. Ils ont dû aménager leur résidence pour le fauteuil roulant de Mme Boucher », a indiqué Me Allard. 


Ce fut un grand deuil à faire d’accepter que l’on fasse une amputation tibiale (trois pouces sous le genou) de la jambe gauche
Jacinthe Boucher, une des victimes

De 90 jours à 24 mois de détention

Même s’il est un actif pour la société et papa d’un enfant de deux mois, Jean-François Martel-Poliquin doit recevoir une sentence dénonciatrice et dissuasive et cela passe par une détention d’au moins 18 mois, selon la Couronne.

En défense, on estime plutôt que l’accusé a compris le volet dissuasif, car il a arrêté toute consommation d’alcool depuis l’accident. Il doit éviter l’emprisonnement de plusieurs mois pour s’assurer de conserver son emploi, précise la défense.

Me Audrey Allard (Couronne) prétend que le tribunal doit tenir compte du nombre de victimes (deux) et de l’antécédent de conduite dangereuse de l’accusé.

« Il faut aussi retenir le degré de responsabilité de l’accusé. Dans votre décision sur le verdict, vous (le juge) avez clairement indiqué qu’il était l’unique responsable de l’accident en raison de l’affaiblissement de ses capacités », a plaidé Me Allard.

Cette dernière a consulté des dizaines de décisions. Aucune n’est parfaitement similaire au cas présent. Une sentence de 90 jours à purger de façon discontinue est possible selon la fourchette des peines, mais ça ne respecte pas les objectifs de dissuasion et de dénonciation.

Me Allard a repris les propos du juge François Huot, dans le dossier Yves Martin, où il a indiqué que le pouvoir judiciaire doit réagir devant l’impassibilité dont font quotidiennement preuve « ces conducteurs intoxiqués qui jouent à la roulette russe » avec la vie d’autrui. 

En défense, Me Julien Boulianne n’entend pas banaliser l’accident et les conséquences pour les victimes. Il prône une peine discontinue de détention (90 jours) afin que l’accusé puisse demeurer un actif pour la société et précise que plusieurs décisions similaires ont penché vers une peine de ce genre.

« La vengeance ne peut être tenue en compte, car peu importe la sentence, elle ne pourra compenser ce que les victimes ont vécu. De plus, mon client est sobre depuis les événements. Il s’est amendé et s’est bien comporté. La dissuasion individuelle est là », note Me Boulianne.

« Mon client a des remords et n’a jamais discrédité les victimes. Les risques de récidive sont pratiquement écartés s’il reste sobre. Et une peine de 90 jours discontinus pour une personne qui travaille cinq jours semaine équivaut, selon des tribunaux, à une peine de deux ans moins un jour en raison des contraintes », mentionne le criminaliste.