La prison à vie pour Luc Hamel

Luc Hamel écope d’une peine de prison à vie avec une possibilité de libération après 20 ans, pour le meurtre de Sandra Fortin.

Le juge François Huot a accepté la suggestion commune des procureurs, jeudi, au Palais de justice de Chicoutimi. 

« Vous avez commis un crime atroce à l’égard de Sandra Fortin. En la poignardant, elle a été privée du droit sacré à la vie. Des gestes d’une inqualifiable brutalité. Dans un contexte où cette dame ne vous avait pourtant rien fait. Sachez que je n’éprouve que mépris pour les gestes que vous avez posés », a déclaré le juge, devant une salle de cour bondée.

Le Chicoutimien avait plaidé coupable à une accusation réduite de meurtre au deuxième degré, le 4 mai dernier. Il faisait face au départ à des accusations de séquestration et de meurtre au 1er degré. Le meurtre au premier degré exige de purger 25 ans minimum avant d’être éligible à une libération conditionnelle, alors que c’est 10 ans pour celui au deuxième degré.

Délais interminables ?

Le juge Huot a rendu sa sentence deux ans après l’arrestation de Hamel. Le processus judiciaire, marqué par de longs délais, a d’ailleurs été critiqué par les filles de la victime. Les deux jeunes femmes ont tenu à témoigner de la lourdeur du système devant la cour.

« Les procédures judiciaires laissent place à des aberrations. Je souhaiterais que ça soit plus équilibré entre les victimes et les accusés », a réclamé Émmie Dessureault, l’une des filles de Sandra Fortin. 

Cette dernière fait notamment référence au mutisme de Hamel pendant les deux dernières années, alors qu’il a confessé son crime dès son arrestation. L’individu a également été représenté par différents procureurs, ce qui a causé davantage de délais. 

Le juge François Huot s’est montré empathique face aux doléances des deux jeunes femmes qui ont perdu leur mère.

« La justice des hommes n’est pas la justice divine. Elle est imparfaite. Je suis le premier à le regretter », a exprimé le magistrat.

« Mais nous vivons dans une société de droit, ce qui comporte de nombreux bénéfices, mais génère aussi certains inconvénients. Et comme société, nous avons choisi de préserver les droits de chacun des citoyens, même dans les circonstances les plus pénibles. Je crois qu’il est justifié qu’il en soit ainsi. Mais je veux que vous compreniez ce matin que les juges ne partagent pas moins cette préoccupation que les délais soient les plus courts possible pour limiter les souffrances », a ajouté le juge.

Si Hamel n’avait pas plaidé coupable, les procédures auraient duré encore quelques années. C’est d’ailleurs pour soulager les proches de la victime que le ministère public a accepté de réduire l’accusation à meurtre sans préméditation, alors que les enquêteurs semblaient avoir assez de preuve sur la planification de l’assassinat. Hamel mijotait l’idée de faire du mal à Mme Fortin une semaine avant de passer à l’acte. Il a notamment aiguisé son couteau, amené des vêtements de rechange dans sa voiture en vue de passer à l’acte et élaboré une stratégie pour rentrer en contact avec la dame.

Les filles de Sandra Fortin ont témoigné devant le juge Huot, jeudi.

Les filles de la victime témoignent

« Aucune sentence n’apaisera la sentence que l’accusé nous a infligée. Ce qui m’apaise légèrement aujourd’hui, c’est que ce meurtrier, cette erreur de la nature, passera les 157 728 prochaines heures dans une cage. »

Emmie Dessureault et sa sœur Laurie ont livré un poignant témoignage, jeudi, au Palais de justice de Chicoutimi. Les deux jeunes femmes tenaient à décrire au juge la douleur et les souffrances qu’elles ont vécues au cours des deux dernières années. 

« Ma mère débordait de gentillesse. Elle n’aurait jamais pu faire de mal à quelqu’un. Ce qui me ferait du bien, c’est que son meurtrier vive un peu ce que j’ai ressenti », a exprimé avec émotions Laurie. 

Cette dernière se souvient d’ailleurs de cette journée du 16 mars qui devait pourtant bien se terminer. La jeune femme avait hâte de parler à sa mère pour lui annoncer une bonne nouvelle.

« Je l’ai appelée pour lui dire que j’avais eu le travail que je voulais. Elle n’a pas répondu. Elle venait de se faire assassiner. »

Cette dernière a rappelé à quel point sa mère était une femme appréciée de ses proches, de ses collègues, de sa communauté. Une femme impliquée qui pensait au bonheur de tout le monde, ont raconté ses filles.

« Elle n’était pas parfaite, comme tout le monde. Ce qui la faisait briller, c’était la pureté de ses qualités. C’était une bonne citoyenne, une femme de cœur. Ma mère avait la capacité de s’émerveiller des petites choses de la vie. Elle pensait toujours à ses proches avant elle-même. Elle se faisait appeler Madame sourire. Elle voulait faire avancer les causes féministes et syndicales. »

La mère de Sandra Fortin a aussi lu une déclaration devant le juge Huot avant qu’il rende sa sentence. 

« Mon cœur saigne. Cette blessure restera pour le reste de ma vie. Sandra, un jour, on se reverra », a mentionné en sanglot la dame.

Près d’une vingtaine de proches de Mme Fortin étaient d’ailleurs présents pour le prononcé de la sentence. D’anciens collègues de Rio Tinto se sont aussi déplacés pour cette étape ultime.

Après avoir entendu les témoignages des membres de la famille, Hamel a offert ses excuses. 

« Je voudrais demander pardon pour tous ces moments passés en souffrance, aux enfants que j’ai privés de l’affection de leur mère. »

L’avocat de Hamel, Me Sébastien St-Laurent, a lu un rapport psychiatrique réalisé quelques mois avant le crime. Un rapport qui décrivait l’accusé comme étant une personne obsessionnelle, passif agressif, souffrant de plusieurs troubles de santé mentale.

Des gestes difficiles à expliquer

Un sentiment de rejet aurait poussé Luc Hamel au meurtre. C’est du moins une des explications qu’il a fournies aux enquêteurs pendant son interrogatoire.

Sa victime, Sandra Fortin, ne connaissait que très peu Hamel. La dame avait suivi un cours de Tai Chi, donné par Hamel. Les deux s’étaient ensuite légèrement fréquentés, mais Sandra Fortin a rapidement pris ses distances, en raison du comportement étrange de l’homme. 

Hamel a avoué avoir été blessé par ce rejet. Il aurait alors mijoté l’idée de faire du mal à Sandra Fortin. 

Le Chicoutimien s’est rendu à la résidence de la dame, prétextant vouloir lui rembourser une dette. Mme Fortin a accepté de le faire entrer à l’intérieur de sa maison et les deux ont commencé à échanger au sujet du mal de dos de la dame. Le professeur de Tai Chi l’a alors invitée à faire la pose du chat pour apaiser ses douleurs. C’est dans cette pose vulnérable que Hamel s’est attaqué à Mme Fortin. Il a asséné plus d’une dizaine de coups de couteau, rapporte l’autopsie. Il a enveloppé le corps et l’a transporté dans le coffre de sa voiture.

Quelques minutes plus tard, aux alentours de 16 h, il s’est dirigé dans un restaurant-bar du boulevard Talbot pour prendre un verre, avant d’aller donner un cours de Tai Chi au pavillon Murdock. Questionnés par les enquêteurs, les élèves n’ont d’ailleurs rien remarqué d’anormal dans l’attitude du professeur à ce moment. 

Enquête

Une des filles de Mme Fortin s’est rapidement aperçue de la disparition de sa mère. Elle ne répondait pas au téléphone, ce qui n’était pas dans son habitude. Elle savait également que Hamel était l’une des dernières personnes a avoir eu des contacts avec sa mère. 

Des patrouilleurs se sont rendus chez le professeur de Tai Chi le soir même du meurtre. Les policiers avaient d’ailleurs remarqué une coupure sur l’une des mains de Hamel et la présence de corde dans l’habitacle de sa voiture. Ce dernier avait donné une version plausible, mais les policiers et les enquêteurs sont tout de même retournés chez Hamel en lui demandant d’ouvrir son coffre d’auto, ce qu’il a refusé. En attendant d’obtenir un mandat, un patrouilleur est demeuré garé dans la rue pour surveiller la voiture. Pris de panique, Hamel est allé confier son crime au policier. Ce dernier l’a alors arrêté. 

La mère de Sandra Fortin a lu une déclaration devant le juge.

Troubles mentaux

Selon la preuve, Luc Hamel souffre de plusieurs troubles mentaux depuis des décennies. Ses rapports médicaux rapportent des dépressions majeures et un diagnostic de bipolarité de type 2. Il a d’ailleurs pris une médication au lithium. Le Chicoutimien a aussi vécu plusieurs phases hypomaniaques. Dans ces épisodes, il se montre arrogant, excessif et se comporte comme « un roi ».

Mais entre 2000 et l’automne 2015, Luc Hamel va bien et est suivi. Quelques mois avant de passer à l’acte, il est de nouveau évalué par un psychiatre en raison d’un nouvel épisode dépressif. Dans un rapport psychiatrique lu par la défense, Hamel souffrait maintenant d’un trouble déficitaire de l’attention, d’un trouble d’anxiété généralisé et d’un trouble de l’humeur. « Type très narcissique, passif agressif et obsessionnel », a lu l’avocat de Hamel, Me Sébastien St-Laurent. À la fin du rapport, le psychiatre ne recommandait aucun suivi particulier. 

En février 2016, quelques semaines avant la mort de Sandra Fortin, Hamel aurait vécu un autre épisode d’hypomanie. C’est d’ailleurs en raison de son attitude qu’il aurait perdu son emploi chez Rio Tinto, pendant cette période. Une attitude qui aurait aussi repoussé la victime. Toutefois, aucune évaluation psychologique n’est venue confirmer la non-responsabilité de Hamel.

« Moi aussi, je trouve que c’est un meurtre cruel. Ceux qui me connaissent savent que ce n’est pas le Luc de d’habitude », a laissé tomber Hamel, qui s’est adressé à la cour avant de recevoir sa sentence.

Celui qui a déjà été préposé aux bénéficiaires a indiqué ne pas comprendre ce qui s’est passé dans sa tête pour tuer une personne. 

« Il n’y a rien à comprendre, j’ai capitulé. Comment un gars aussi pacifique que moi peut commettre un meurtre aussi violent ? », a lancé le détenu, derrière un mur vitré. 

« Le fait d’être en hypomanie, ça m’a causé des préjudices. C’est une bonne personne (Sandra Fortin) qui ne méritait pas ce traitement-là. Peut-être que la psychologie (chercheur) va trouver quelque chose là-dedans », a ajouté Hamel. 

Dans son interrogatoire, en 2016, Hamel avait laissé entendre que la série télé Trône de fer l’avait désensibilisé à la violence.