L'ex-conseillère municipale Christine Boivin dit avoir vécu difficilement la poursuite intentée contre elle.

La poursuite contre Christine Boivin abandonnée

Richard Brabant et la direction du Camping Jonquière abandonnent leur poursuite en diffamation de 425 000 $ contre l’ex-conseillère municipale de l’ERD, Christine Boivin. Le dossier ne s’arrête cependant pas là, car l’élue les poursuit à son tour, estimant avoir été victime d’un recours abusif et d’une poursuite bâillon.

Au moment où les parties devaient entreprendre un procès prévu pour trois journées, Me Bruno Cantin, qui défend les intérêts du directeur général du Camping Jonquière et de l’organisation sans but lucratif (OSBL), a annoncé à la juge Marie-Paule Gagnon, de la Cour supérieure (chambre civile), la décision entérinée par le conseil d’administration de l’organisme, en évoquant trois raisons.

Me Vincent Gingras, avocat de l’Équipe du renouveau démocratique (ERD), a annoncé qu’il entend demander des dommages moraux et exemplaires pour ce qu’a pu subir sa cliente et demande au tribunal de statuer sur cette poursuite abusive et visant à bâillonner sa cliente.

« La première raison de notre désistement est l’amélioration du climat et des relations. Dès l’élection de Mme Boivin, un climat malsain s’était installé entre le Camping Jonquière et la conseillère municipale. Avec ses allégations de malversation et de fraude, elle a empêché le développement du camping. Après le dépôt de la poursuite (atteinte à la réputation et diffamation), la tension est tombée et les relations sont devenues meilleures. Le Camping Jonquière a pu avancer, a pu recevoir ses subventions et est en progression », a expliqué Me Cantin.

« La deuxième raison, ce sont les frais et les honoraires prévus au dossier. Il est devenu d’une lourdeur intenable pour le Camping Jonquière. Et si Mme Boivin avait été déclarée coupable, la franchise à payer l’aurait été par la Ville, avec qui nous sommes partenaires », d’ajouter Me Cantin.

Ce dernier ne croit pas que l’élection de Josée Néron comme mairesse de Saguenay ait un lien avec le désistement de la poursuite.

Il est déjà certain que M. Brabant et le Camping Jonquière assumeront les frais juridiques de cette cause.

Dans les prochains jours, les discussions porteront sur l’identité de celui qui paiera les frais du bureau d’avocat de Me Gingras, dont les honoraires sont évalués à 123 000 $ jusqu’à présent, et d’établir si des dommages et intérêts doivent être versés à Christine Boivin.

Les parties ont été invitées par la juge Gagnon à discuter entre elles afin de trouver un terrain d’entente.

« Un juge est là pour trancher et lorsque c’est le cas, il arrive que ça ne plaise ni à l’un ni à l’autre. Mais il vous est toujours possible de vous parler », a conclu la juge de la Cour supérieure.

Richard Brabant, directeur général du Camping Jonquière et son avocat Me Bruno Cantin ont annoncé leur désistement de la poursuite contre Christine Boivin.
Me Vincent Gingras, avocat de Christine Boivin, trouve honteux le désistement de la poursuite deux jours après l’élection de la chef de l’ERD, Josée Néron, à la mairie de Saguenay.

« J’ai fait mon travail d’élue »

« J’ai toujours dit que j’ai fait mon travail d’élue et j’invite les nouveaux conseillers à continuer à faire leur travail d’élus. Ce qui est important, c’est lorsque l’on émet une subvention de plus de 100 000 $ à un organisme, on est obligés, c’est dans notre rôle de nous asseoir et de vérifier les états financiers et de s’assurer que le montant d’argent est justifié. »

La conseillère municipale de Lac-Kénogami de 2013 à 2017, Christine Boivin, est soulagée de voir que la poursuite de 425 000 $ déposée contre elle est abandonnée, mais elle ne cache pas avoir été ébranlée par les procédures judiciaires au cours des dernières années.

« Nous ne sommes pas là pour jouer à la police. On est là pour faire notre rôle d’élus. On est payés par les contribuables. Mon travail, je l’ai fait depuis le début de mon mandat. Les gens qui me connaissent savent que je suis une fille intègre et passionnée par mon travail. Tout ça a atteint ma famille et moi pour tout ce que j’ai vécu », a ajouté Christine Boivin, émotive.

Pour sa part, Me Vincent Gingras estime qu’on a empêché sa cliente de faire son mandat pendant quatre ans. 

« Nous prétendons qu’il s’agit d’un recours bâillon pour l’empêcher de demander des informations utiles pour prendre de saines décisions. On nous arrive mardi matin avec un désistement. Celui-ci survient au lendemain de la victoire de Josée Néron (mairesse de Saguenay). Le désistement est déposé pour nous empêcher de débattre sur le recours abusif. Je trouve ça honteux de voir que Camping Jonquière et Richard Brabant, qui ont voulu empêcher ma cliente de parler, ne veulent plus, aujourd’hui, faire de procès parce que ce recours n’est plus utile parce que Mme Boivin est du parti (politique) qui a pris les rênes du conseil municipal. C’est irrespectueux envers les élus », mentionne Me Gingras.

Ce dernier prétend que la requête est abusive, car elle ne présente aucun fait précis, aucune date précise et aucun propos précis. 

« Tout ce que Camping Jonquière et Richard Brabant font, ce sont des présomptions et des généralités. Ils disent que ma cliente est responsable des plaintes faites au camping et au ministère de l’Environnement et au ministère du Revenu. Mais tous les témoins n’ont aucun souvenir des dates, lieux et propos diffamatoires de la cliente. Il y a absence de preuves, même avec les témoins qu’ils veulent faire entendre jeudi et vendredi », indique Me Gingras.