Céline Braud, une citoyenne française, connaîtra sa sentence le 9 janvier, elle qui a plaidé coupable d’avoir brassé un bambin.

La nounou française ébranlée

La gardienne d’enfants française Céline Braud dit avoir été ébranlée par la médiatisation de son dossier judiciaire, elle qui a plaidé coupable d’avoir brassé un bambin de sept mois en août dernier. La femme demande donc que le tribunal en tienne compte.

Au moment où le juge Richard P. Daoust, de la Cour du Québec, devait rendre la sentence dans le dossier de la femme de 29 ans, le criminaliste Jean-François Têtu a demandé une réouverture d’enquête en raison de la médiatisation de l’affaire.

Me Têtu a brandi deux éditions du journal Le Quotidien, dont celle du 1er septembre dernier, pour démontrer l’impact de la couverture médiatique sur sa cliente.

La veille, le 31 août, Céline Braud a reconnu sa culpabilité à des voies de fait et des menaces de causer des blessures à un bambin entre le 21 et le 24 mars 2016. 

Les parents de l’enfant avaient embauché la nounou par le biais d’une agence de placement. À un moment donné, les parents ont installé une caméra de surveillance dans la chambre pour voir le comportement de l’enfant durant la nuit.

Sauf qu’un matin, ils ont oublié d’arrêter la caméra. C’est durant cette période qu’ils ont vu la gardienne brasser leur bambin, le retourner violemment dans son lit pour qu’il s’endorme et lui crier dessus.

L’histoire avait retenu l’attention du Quotidien, qui en avait fait une manchette en une de son édition du 1er septembre.

Au moment des représentations sur sentence, cet élément n’était pas, naturellement, de connaissance judiciaire. 

Lorsque l’accusée a aperçu le journal et qu’elle y a vu sa photo, elle a immédiatement communiqué avec son avocat pour lui faire part de sa désolation et de l’impact que la nouvelle pouvait avoir pour elle et son entourage. 

Réouverture

Cette situation a mené le criminaliste à demander une réouverture d’enquête afin d’exposer cet élément au magistrat. 

« Je n’ai pas le choix d’amener cet élément devant le tribunal, car cette couverture médiatique n’était pas là le 31 août dernier, au moment du plaidoyer de culpabilité. La médiatisation a eu un impact et le tribunal devrait en tenir compte pour la sentence finale », de dire Me Têtu.

« L’humiliation publique fait partie des critères dissuasifs et dénonciateurs de la peine. Je ne blâme pas les médias d’avoir faire leur travail, mais je veux démontrer tout l’impact que cette couverture a pu avoir sur ma cliente », a fait valoir Me Têtu.

De son côté, Me Sabrina Tremblay, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), ne voit pas les choses du même oeil et ne considère pas la couverture médiatique comme ayant été démesurée ou abusive.

« Il n’y a aucune preuve de déchéance. Pour que l’on parle de l’impact de la médiatisation, il faut que ce soit abusif ou démesuré. Mais le dossier a été publicisé seulement au lendemain du plaidoyer de culpabilité et lorsque la réouverture de l’enquête a été demandée », a plaidé Me Tremblay.

« Il y a eu des cas où la couverture médiatique a été beaucoup plus importante comme Jean-Louis Savard et Olivier Côté-Vachon. La Cour d’appel n’a pas retenu cet élément pour l’accusé Savard et la juge Boillat a considéré la couverture comme facteur atténuant dans Côté-Vachon », a ajouté la procureure de la Couronne.

Ébranlée

Jeudi, Céline Braud a témoigné devant le juge Richard P. Daoust afin de lui faire part de l’impact de cette médiatisation sur sa vie depuis les derniers mois.

« Lorsque j’ai vu la page une du Quotidien et que j’ai entendu dire que ça se parlait à la télévision, à la radio et sur Internet, je me suis enfermée chez moi. J’avais peur de sortir de la maison, surtout que la rue où nous demeurons était indiquée dans le texte du journal. Je craignais que des gens veuillent se faire justice », a raconté Mme Braud.

« J’ai eu peur du jugement des autres. Je suis allée chez mon médecin pour faire diminuer mes heures de travail et me faire prescrire des antidépresseurs. J’ai plutôt eu droit à son jugement. Il m’a dit ‘‘c’est vous que j’ai vu dans les journaux la semaine dernière ? Ça ne doit pas être facile. J’espère que vous ne travaillez plus avec des enfants’’. »

Parmi les autres impacts, Céline Braud a vu la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ) lui retirer ses privilèges. Elle doit se payer une assurance privée pour les urgences seulement. Pour chaque visite chez le médecin ou chaque médicament acheté, elle doit payer de sa poche.

Sentence

Le juge Richard P. Daoust rendra sa sentence le 9 janvier 2018. Il entend analyser les éléments de preuve supplémentaires déposés par les deux avocats au dossier.

Il déterminera s’il opte pour une absolution conditionnelle (avec travaux communautaires) ou inconditionnelle, demandée par la défense, ou une détention de 60 à 90 jours ou un maximum de travaux communautaires (240 heures), suggéré par la Couronne.

Advenant le cas où Céline Braud, de la rue Duhaime à Chicoutimi, se retrouve avec un casier judiciaire, elle pourrait être retournée dans son pays d’origine, car elle ne possède qu’un visa de travail au Canada.