L'avocat de la défense, Me Julien Boulianne.
L'avocat de la défense, Me Julien Boulianne.

La femme de ménage de Stéphanie Frenette raconte ce qu’elle a vu et entendu, sa crédibilité minée par la défense

Patricia Rainville
Patricia Rainville
Le Quotidien
« Je l’ai entendu crier : “Vas-tu t’asseoir ? Vas-tu finir par comprendre ?“ très fort. Je ne l’avais jamais entendu crier comme ça. » La femme de ménage employée par Stéphanie Frenette, qui était présente à la garderie l’ABC de la Chenille le lundi 20 février 2017, a raconté au tribunal ce qu’elle a vu et entendu ce matin-là. Elle a notamment expliqué avoir constaté qu’un petit garçon n’allait vraiment pas bien et que la gardienne ne s’en préoccupait pas. Cette version diffère toutefois de ce qu’elle avait dit aux policiers, trois jours après les événements. 

La femme de ménage de Stéphanie Frenette se rendait à sa résidence de la rue Bégin de Chicoutimi les mercredis matins, mais cette semaine-là, la dame avait pris congé à partir du mardi pour s’occuper de sa fille qui se faisait opérer. Il était donc convenu qu’elle travaille le lundi matin, le 20 février 2017. 

Accusée de voie de fait grave, Stéphanie Frenette aurait secoué un bambin de 23 mois, ce matin-là, au point de le handicaper pour le reste de ses jours. 

Vers 10h, alors qu’elle s’activait à l’étage, la femme de ménage a entendu les cris de Stéphanie Frenette provenant du sous-sol, où était aménagée la garderie. La dame a expliqué ne pas en avoir fait de cas et avoir poursuivi ses tâches. Elle a toutefois précisé que c’était la première fois qu’elle entendait la gardienne crier de la sorte. La femme travaillait pour Stéphanie Frenette depuis neuf mois.

Vers 11h15, lorsqu’elle a terminé son travail, elle est descendue au sous-sol pour ranger l’aspirateur central et se faire payer. 

C’est à ce moment qu’elle a vu un petit garçon, assis au sol, immobile, les jambes allongées par terre et les bras tombant le long de son corps. Sa tête se balançait de gauche à droite et il n’émettait pas un son. Mais de grosses larmes coulaient sur ses joues. 

« J’ai dit “coucou, coucou“, j’ai tenté de capter son attention. Je ne trouvais pas ça normal. Je l’ai dit à Mme Frenette. Elle m’a dit qu’il était comme ça », a expliqué la femme de ménage, qui était appelée à la barre des témoins de la Couronne. 

Toujours selon la femme, le garçon est resté dans cet état durant au moins une quinzaine de minutes, le temps que Stéphanie Frenette la paie. 

Toujours selon la témoin, Stéphanie Frenette n’était « pas calme », ce matin-là.

La dame a quitté la résidence à 11h36. C’est deux jours plus tard qu’elle a appris, aux nouvelles, qu’un bébé avait vraisemblablement été secoué à la garderie.

La femme de ménage ne peut confirmer qu’il s’agissait bien du bébé qui aurait été grièvement blessé par l’accusée, puisqu’elle ne connaissait pas le petit garçon. La Couronne prétend qu’il s’agit bien de la victime, puisque le petit avait environ deux ans et qu’il était bouclé.

La femme de ménage a remarqué deux autres enfants au sous-sol, une petite fille et un petit garçon, qui était debout à proximité de l’enfant immobile.

La femme de ménage n’avait pas raconté la même histoire aux policiers

L’avocat de Stéphanie Frenette, Me Julien Boulianne, a miné la crédibilité de la témoin, en contre-interrogatoire, en faisant entendre la déposition que la femme de ménage a faite aux policiers, le jeudi 23 février 2017. 

D’abord, la femme de ménage a dit aux policiers qu’elle n’avait pas entendu de cris à ce moment-là, contrairement à ce qu’elle a expliqué au tribunal.

Me Boulianne a diffusé ce passage de l’enregistrement. 

Ensuite, la dame, qui explique avoir voulu capter l’attention du bébé en lui disant « coucou, coucou », a plutôt dit, en voyant l’enfant immobile : « mon doux, il ne mange pas avec les autres lui ?».

Dans sa déclaration vidéo faite aux policiers le 23 février 2017, la femme de ménage a également dit avoir quitté la résidence de la garderie et que tout y était normal. 

Me Julien Boulianne croit que la femme de ménage a pu être influencée, sans le vouloir, en écoutant les nouvelles sur les événements. 

La femme de ménage a déclaré que ce qu’elle disait durant le procès et ce qu’elle a dit en enquête préliminaire était la vérité. 

La femme de ménage a aussi affirmé qu’elle considérait, durant les mois où elle a travaillé chez Stéphanie Frenette, que c’était une bonne gardienne.