La procureure de la poursuite, Me Marianne Girard, demande une peine de 15 mois d’incarcération.

La dissuasion ou la réhabilitation

Auteur de trois crimes violents, un jeune homme pourrait écoper de 15 mois de prison ou d’une peine alternative à la privation de liberté.

William Saint-Pierre, reconnu coupable de trois crimes de violence, de possession de stupéfiants, de bris de condition et de conduite avec les facultés affaiblies, mais qui a su vaincre son problème de consommation depuis, saura en mai s’il écope d’une peine de détention ferme ou s’il aura droit à une sentence alternative à l’incarcération. L’individu de 26 ans avait notamment battu sauvagement un autre homme, au bar Dooly’s de Chicoutimi, à l’automne 2017.

Dans la nuit du 27 novembre 2017, William Saint-Pierre et Alexandre Tremblay ont donné une solide raclée à un autre individu, qu’ils ne connaissaient pas. L’événement a eu lieu au bar Dooly’s, devant la copine de la victime. La vidéo de l’altercation a été diffusée en cour, mercredi, lors des observations sur la peine du jeune accusé. On y voit Saint-Pierre, reconnu comme étant l’instigateur du crime, s’en prendre à la victime, le rouant de coups de poing et de coups de pied. La copine de la victime s’était jetée sur l’homme au sol pour le protéger.

La victime était inconsciente et ne respirait plus lorsque les ambulanciers ont été appelés sur les lieux. L’homme a repris connaissance dans l’ambulance, mais a souffert d’un traumatisme crânien.

Dans cette histoire, Alexandre Tremblay a été condamné à purger 12 mois de prison. Il avait des antécédents de violence, ce qui n’était pas le cas de William Saint-Pierre.

Mais l’accusé a commis une série de crimes après cet événement du 27 novembre 2017. Il a notamment été arrêté le 17 mars 2018 pour un excès de vitesse. Le problème, c’est que les policiers l’ont alors pincé avec 29 grammes de cocaïne et environ 25 pilules d’amphétamine et de Ritalin.

Un peu plus tard cette année-là, soit le 30 juin, il a été arrêté de nouveau après avoir frappé sa copine de l’époque. Il s’est présenté chez elle pour la gifler et l’altercation s’est poursuivie à l’extérieur. C’est une voisine qui a appelé la police, voyant la jeune femme être frappée et traînée au sol. Lorsque les policiers sont arrivés sur les lieux, ils ont constaté que William Saint-Pierre était en état d’ébriété avancé. Il a été accusé de voies de fait et de conduite avec les facultés affaiblies.

Le 2 septembre suivant, les policiers ont été appelés à intervenir dans un bar pour une bagarre. Lorsqu’ils ont demandé à Saint-Pierre de décliner son identité, puisqu’il avait du sang sur une main, le jeune homme a donné un faux nom et une fausse date de naissance. Il a ensuite été accusé de fraude à l’identité.

Le 14 octobre 2018, un dernier événement a envoyé cette fois Saint-Pierre derrière les barreaux. À ce moment, il est arrêté après être entré chez un homme pour aller chercher une jeune femme. L’homme lui a dit de partir, mais Saint-Pierre lui a assené un coup de poing. Il sera arrêté et incarcéré cinq jours avant d’être libéré en attente de procès.

En défense, Me Charles Cantin a plaidé le cheminement de son client et estime qu’une sentence alternative à la détention est appropriée.

C’est à ce moment que William Saint-Pierre a cessé de consommer et qu’il a décidé de se reprendre en main. Il a coupé les ponts avec de « mauvaises fréquentations » et il est retourné vivre chez ses parents. Il n’a ni touché à l’alcool ni à la drogue depuis 15 mois, selon ce qu’il a dit au juge Paul Guimond, de la Cour du Québec.

Son avocat, Me Charles Cantin, a déposé le rapport présentenciel particulièrement positif à l’égard de son client, affirmant, entre autres, que les infractions commises sont à l’opposé de ce qu’est devenu Saint-Pierre et ce qu’il était avant de sombrer dans la consommation.

Le juge Guimond a toutefois soulevé le point que l’accusé n’a fait aucune thérapie pour la violence depuis les événements.

« Je comprends que vous ayez cheminé. Vous êtes bien encadré et vous êtes chanceux, mais vous n’avez jamais pensé à consulter contre la violence ? Ça m’agace un peu. Votre conjointe, si elle vous laisse demain, qu’est-ce qui arrive ? », a demandé le magistrat.

La procureure de la Couronne, Me Marianne Girard, a d’ailleurs pris les commentaires du juge au bond, estimant que bien que l’accusé ait énormément travaillé sur lui-même au cours des derniers mois, il n’est pas à l’abri d’épreuves qui pourraient le refaire plonger.

Elle a aussi précisé que n’eût été ce cheminement, elle aurait plaidé pour une sentence de pénitencier. Dans ce cas-ci, elle demande plutôt au juge de condamner le jeune homme à 15 mois de détention ferme.

Du côté de la défense, Me Cantin a plutôt demandé au juge d’envisager toute peine alternative à la détention, comme la prison en société, en discontinu ou des travaux communautaires. Le criminaliste a laissé le soin au juge d’établir la peine appropriée, lui demandant d’être attentif au cheminement parcouru par son client et de ses remords.

« Nous sommes vraiment à la rencontre entre la dissuasion et la réhabilitation. Monsieur Saint-Pierre n’est pas un cas facile pour un tribunal », a affirmé Me Cantin, parlant de réhabilitation acquise.

Le juge Paul Guimond a pris la question en délibéré. Il rendra sa décision le 27 mai.