Joël Renaud aurait eu des propos inopportuns et offensants auprès de militaires féminines.

La crédibilité des plaignantes mise en doute dans le procès d'un policier militaire

La crédibilité des plaignantes dans le procès du policier militaire Joël Renaud a été mise à rude épreuve, mercredi, et a suscité bien des questionnements pour le juge de la Cour martiale.

Les plaidoiries au procès du capitaine Renaud ont débuté mercredi à la base des Forces armées canadiennes de Bagotville. Me Élisabeth Cormier, pour les plaignantes, a tenté de démontrer que le capitaine a entravé la justice, commis de l’abus de confiance à titre de fonctionnaire public et a eu au moins trois comportements préjudiciables en tenant des propos à caractère sexuel et en envoyant des photos d’un pénis à une militaire durant une mission de l’Organisation des Nations Unies (ONU) en septembre 2017, en Roumanie.

La procureure a essayé de prouver son point, mais a vite été questionnée par le juge militaire Martin Pelletier, qui s’est interrogé sur la crédibilité de la principale témoin.

« Pour la photo du pénis, tout le monde en a entendu parler, mais personne ne l’a vue. Même la plaignante ne peut confirmer à 100 pour cent que c’est l’accusé qui lui a fait parvenir. Elle a même mentionné à l’enquêteur qu’il n’y avait pas eu de photo “pantoute” avant de revenir sur son témoignage », a ramené le magistrat.

Me Cormier a fait valoir que la plaignante avait été estomaquée en voyant la photo et l’avait immédiatement effacée, sans remarquer de qui elle provenait.

Sur les textos échangés, la Couronne a mentionné que c’était consensuel au début, mais que la militaire est devenue mal à l’aise, sans pouvoir préciser le moment exact.

Les remarques du juge ont été sensiblement les mêmes sur les autres plaignantes, dont celle qui dit avoir entendu des propos sur sa « chatte » et avoir vu l’accusé lui simuler un geste sexuel. La plaignante aurait fait une mimique devant Renaud, qui aurait alors parlé d’une bouche comme un bec de poule. La présumée victime aurait alors dit que c’était plutôt un minou, laissant Renaud rétorquer « ma chatte ».

« Sur la simulation d’un acte sexuel, il a été fait lors d’une réunion où il y avait d’autres personnes. La plaignante a été surprise. Elle a regardé autour d’elle, mais les gens avaient le nez dans leur livre et n’auraient rien vu », a précisé Me Cormier.

Relativement aux propos déplacés du capitaine Renaud sur des femmes marchant sur un trottoir en Roumanie, deux personnes les ont entendus.

Le juge s’interroge à savoir s’il s’agit de propos qui ont été offensants et humiliants, qui doivent être démontrés, pour les personnes qui étaient près du capitaine.

Sur l’entrave à la justice, les Forces armées canadiennes tentent de démontrer que l’accusé a fait des pressions pour que la première victime supprime les sextos et la photo du pénis, mais le juge a laissé voir qu’aucune enquête n’était alors prévue, étant donné qu’il n’y avait aucune plainte à ce moment.

Me Charles Cantin, en défense, plaide jeudi.

REQUÊTE DE LA DÉFENSE: L'ARRÊT DES PROCÉDURES REJETÉ

L’enquêteur chargé du dossier du militaire Joël Renaud n’aurait pas dû détruire les images vidéo d’une rencontre entre l’accusé et la plaignante qu’il avait visionnées, mais la faute n’est pas grave au point d’ordonner un arrêt des procédures en Cour martiale des Forces armées canadiennes.

Le juge Martin Pelletier a rendu sa décision sur la requête de Mes Charles Cantin et Sylvain Morissette en lien avec cet élément de la preuve qui n’a pas été divulgué à la défense avant ou pendant le procès.

« Un arrêt des procédures est un remède exceptionnel. Oui, le sergent chargé de l’enquête a cru bon visionner les bandes vidéo de la Roumanie et il a même retenu deux passages en particulier. Ça doit être qu’il a considéré cela comme assez important et pertinent », explique le magistrat.

Le sergent a discuté avec des supérieurs de la pertinence de conserver ces images, mais aucune trace de ces discussions n’a été retrouvée. 

« Tout ça est une situation inhabituelle. Malgré tout, la destruction de la preuve ne m’a pas convaincu que cela a pu être à ce point préjudiciable à l’accusé sur les divers chefs d’accusation pour en arriver à la conclusion d’arrêter les procédures », a poursuivi le juge.

Dans sa décision, le magistrat militaire laisse voir que les images ne permettent que de spéculer sur ce qui a pu se dire et se passer entre l’accusé et la plaignante, étant donné que le son est absent de l’enregistrement vidéo.

Le président de la Cour martiale des Forces armées canadiennes croit que le sergent n’a pas agi de mauvaise foi en détruisant des images vidéo en faisant le ménage de son coffre-fort. Stéphane Bégin