Me Louis Belliard ne croit pas que Steeve Marquis puisse être reconnu coupable des accusations déposées contre lui.

La Couronne attaque la crédibilité de Marquis

Le Jonquiérois Steeve Marquis doit être reconnu coupable des huit chefs d’accusation déposés contre lui en raison de la solidité de la preuve de la Couronne et du peu de crédibilité à accorder à son témoignage.

Me Jean-Sébastien Lebel, procureur du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), estime que la preuve est hors de tout doute raisonnable. Il ajoute que l’accusé a manqué de transparence dans son témoignage et qu’il a forcé sa victime à vouloir mentir, car cela lui était utile à lui seulement.

Les membres du jury au procès de Marquis, un individu de 40 ans de Jonquière, auront à se pencher, à compter de mercredi, sur la crédibilité des témoins de la Couronne, mais aussi sur ceux de la défense.

Durant une cinquantaine de minutes, Me Lebel a tenté de démontrer aux jurés que la défense du complot ne tenait absolument pas la route. Il a plutôt insisté sur le climat de violence dans le couple et que celle-ci allait toujours en augmentant. 

« Il a été démontré en preuve que Steeve Marquis est un homme impulsif et qui ne se contenait pas, surtout lorsqu’il était en état de consommation. La violence n’a jamais cessé d’augmenter. Il y a eu moult déplacements de la police, mais jamais de plainte. C’est à la suite d’un événement (qui ne peut être spécifié) que la victime a décidé de vider son sac et de porter plainte », note-t-il.

« Lorsque vous aurez à analyser le dossier, je vous demande de tenir compte de toute la preuve. C’est comme un casse-tête. Ça prend tous les morceaux », mentionne Me Lebel.

Celui-ci s’est aussi attaqué à la crédibilité de l’accusé, notamment lors de son témoignage et du contre-interrogatoire.

« Un élément important qui ressort, c’est le bris de condition. L’accusé a reconnu avoir téléphoné à la plaignante et lui avoir parlé. Lorsque je lui ai demandé s’il ne s’agissait pas là d’un bris, il a répondu : “c’est vous qui le dites”. Il ne l’a pas reconnu. C’est son avocat qui l’a fait. »

« Même chose sur les antécédents judiciaires. Je les ai énumérés et j’ai demandé si c’était le cas. Il a répondu que ça devait être ça. Ces réponses en démontrent beaucoup sur la crédibilité qu’on doit lui accorder », a précisé Me Lebel.

Ce dernier revient sur les commentaires de l’accusé concernant les événements reprochés lorsqu’il dit ne pas se rappeler d’un coup de poing au visage de la dame, ni de l’avoir poussée contre un mur, ni l’avoir frappée avec un manche à balai ou de lui avoir lancé un couteau.

« Il répond plutôt qu’il se rappelle passer souvent le balai et que la victime ne fait jamais le ménage et qu’il a déjà échappé des couteaux, mais jamais devant la plaignante. Vous ne trouvez pas ça bizarre comme réflexion ? »

« Sur la mâchoire fracturée, l’accusé parle de légitime défense, mais il ne parle pas d’aller à l’hôpital ce soir-là. Il veut que sa conjointe dise que c’est arrivé dans une bagarre au bar. Pourquoi vouloir cacher la vérité sur la légitime défense à ce moment-là ? Parce que ça ne fait que servir l’accusé et lui seul », ajoute Me Lebel. 

Complot

Le procureur de la Couronne est aussi revenu sur la thèse du complot de la famille de la plaignante.

Me Lebel n’y croit pas. Car si cela avait été le cas, la plaignante et sa famille auraient sans doute fourni plus d’éléments.

Il précise que la défense se base sur des photos prises près de 18 mois (mars 2018) après les événements, des images qui ne correspondent pas à la réalité de septembre 2015. 

« L’histoire du complot ne tient pas la route. La famille de la victime aurait sans doute fourni beaucoup plus d’information si cela avait été le cas. Non, le problème de la défense, ce sont les témoignages de l’accusé et de ses témoins, dont celui de Jean-Philippe Gauthier qui est venu contredire la version de Steeve Marquis », conclut Me Jean-Sébastien Lebel.

Me Jean-Sébastien Lebel demande au jury de reconnaître coupable Steeve Marquis de tous les chefs d’accusation en raison du peu de crédibilité de son témoignage.

+ LA DÉFENSE CROIT À UN COMPLOT DE LA FAMILLE

Steeve Marquis a été victime d’un complot de la famille de sa présumée victime. Il n’accorde aucune crédibilité à leurs témoignages et estime que tout ce qui lui est reproché est invraisemblable.

C’est du moins le sens de la plaidoirie de Me Louis Belliard, qui défend les intérêts de Steeve Marquis, accusé de voies de fait armées, de voies de fait causant des lésions, de voies de fait, d’introduction par effraction, de menaces, de harcèlement, de conduite avec les facultés affaiblies et d’entrave à la justice.

Le jury de sept hommes et cinq femmes au procès, présidé par le juge Louis Dionne, de la Cour supérieure du Québec, sera séquestré à la fin des directives du magistrat mercredi matin.

Durant une centaine de minutes, Me Belliard a revu tous les chefs d’accusation déposés contre son client et a tenté de démontrer aux jurés que rien ne se tient et que l’épisode de la mâchoire fracturée est dû à un geste d’autodéfense.

« La famille de la victime a préparé un complot afin de sortir leur fille de l’entourage de mon client. Tout est vague dans ce qui est dénoncé. Il n’y a rien de précis. Les témoins ne se souviennent pas exactement des jours et des dates. Il n’y a pas grand-chose qui se rattache à ce qui est reproché à mon client », précise Me Belliard.

Le criminaliste a parlé du couteau lancé en direction de la victime. Rien ne démontre que cela s’est produit. 

« C’est vague dans l’esprit de madame. Elle est mêlée et a de la difficulté à répondre aux questions. C’est trop douteux. Et c’est encore pire avec le présumé coup de manche à balai. C’est trop incertain pour que ce soit hors de tout doute raisonnable », dit-il.

Me Belliard a poursuivi sur l’épisode de la mâchoire fracturée lors d’un séjour chez un ami à Montréal en août 2016.

« Pour la mâchoire, on convient qu’un coup a été porté, mais il ne faut pas oublier que mon client venait de recevoir deux coups de poing au visage et qu’il se demandait d’où cela pouvait provenir. Il a agi par réflexe. »

« Il n’avait pas de raison de la battre. Il n’était pas fier de lui après coup. C’est lui qui est allé à l’hôpital avec madame et qui l’a amenée chez le dentiste », a noté Me Belliard.

Ce dernier s’est aussi attardé au témoignage du médecin spécialiste en chirurgie maxillo-faciale, Marc Blackburn. L’avocat n’a pas remis en doute ses compétences comme médecin, mais s’est interrogé sur sa connaissance au sujet de la force nécessaire pour fracturer une mâchoire.

« Il sait comment réparer une mâchoire, mais je ne suis pas certain qu’il soit reconnu pour connaître la force nécessaire à être utilisée. Nous ne pouvons nous fier à son appréciation », ajoute-t-il.

Crédibilité

Abordant l’accusation de voies de fait lorsque Marquis aurait pris la victime à la gorge et qu’il l’aurait frappée à coups de pied et de poing dans la cuisine du logement, Me Belliard en rajoute sur la crédibilité des témoins et sur le complot familial.

« Lors de cette soirée d’automne 2016, le père de la victime dit avoir vu, alors qu’il est assis dans sa voiture stationnée dans la rue, mon client se ruer sur sa fille pour la battre. Cela me semble invraisemblable. D’où il était placé, il ne pouvait voir à l’intérieur. Il dit qu’il a entendu sa fille crier. Ça aurait été difficile. »

« Mais il est probable que la victime et son père se soient entendus pour déterminer le moment où le paternel devait intervenir. Cela a coïncidé avec l’instant où madame s’est lancée au sol en disant être battue. Je suis convaincu que ça ne tient pas la route et qu’il s’agit d’un complot pour sortir la dame de cet endroit », retient le criminaliste.

Pour le reste, il estime qu’il n’existe pas de preuve démontrant hors de tout doute raisonnable la culpabilité de son client dans ces affaires.