Jimmy Bouchard a été piégé par un agent d’infiltration, à qui il a tout avoué de son plan de vouloir faire éliminer son ex-conjointe.

Jimmy Bouchard piégé par un agent d’infiltration

La journée du 1er décembre 2016 aura été fatidique pour Jimmy Bouchard. C’est là qu’il a rencontré l’agent d’infiltration, AI 1202, de la Sûreté du Québec, qu’il croyait être un tueur à gages. C’est à lui qu’il a avoué ses plans pour éliminer son ex-conjointe. Il a même été convenu de faire disparaître complètement le corps afin d’effacer toutes les traces pour une somme de 20 000 $.

À la deuxième journée du procès de Bouchard, devant le juge Jean Hudon, de la Cour du Québec, il a été possible de prendre possession des transcriptions des communications entre les agents d’infiltration et le principal suspect de l’opération « Contrition ».

L’individu de 44 ans, de Saint-Stanislas au Lac-Saint-Jean, est accusé d’avoir conseillé une infraction qui n’a pas été commise (article 464 du Code criminel canadien), d’usage d’explosifs (art. 81) dans l’intention de causer la mort, de la possession sans excuse légitime de ces explosifs (art. 82) et de possession non autorisée d’une arme à feu (art. 91). Il est passible d’une peine de détention à perpétuité.

L’après-midi du 1er décembre, l’agent d’infiltration était muni d’un système d’enregistrement (body pack) et a pu enregistrer l’entièreté des conversations avec Bouchard.

Jimmy Bouchard

Tout s’y retrouve. Bouchard demande ce que le tueur à gages peut faire, ce que ça lui prend comme information et surtout le montant qu’il exige.

L’agent double met l’accusé en confiance et explique que ce n’est pas la première fois qu’il fait ce genre de boulot. Il lui dit qu’il est de Montréal et que même là, il avait entendu parler de son projet de vouloir éliminer son ex-conjointe.

« As-tu pensé à un genre d’affaire pour toé là, un alibi là », demande le policier [transcription tirée des documents de la police].

« Ouin, mais j’en ai quand même un pas pire. C’est que chu t’à Dolbeau pis elle à Chicoutimi. Faque j’devrais m’organiser pour faire quelque chose c’est sûr, mais euh disons que », répond Bouchard.

L’agent d’infiltration lui dit alors d’utiliser une carte de crédit, afin de laisser des traces.

« Oui, oui, j’vas aller faire un tour en ville, mais t’sais j’vas rester avec mon, euh j’, j’, j’aimerais ça être avec mon garçon », a-t-il indiqué.

Par la suite, l’agent d’infiltration et Jimmy Bouchard ont abordé le tarif relié au fait de passer l’ex-conjointe. Le montant a été rapidement fixé à 20 000 $ et l’agent a mentionné que ça pouvait coûter de 20 000 $ à 25 000 $ pour une affaire de ce genre, mais que la somme pourrait atteindre 50 000 $ s’il s’agit d’un gars plus pesant.

Le faux tueur à gages a demandé une avance afin de ne pas être obligé de retourner voir le client à de nombreuses reprises pour exiger son dû.

Une avance de 3000 $, pour les frais de déplacement, a été convenue entre les deux parties à la fin de la conversation au restaurant Pacini. Bouchard a indiqué qu’il devait retourner chez lui pour aller chercher l’argent. Il aura mis environ quatre heures à faire l’aller-retour Chicoutimi-Saint-Stanislas-Chicoutimi.

Les deux hommes se sont donné rendez-vous à la Cage aux sports quelques heures plus tard. Bouchard a remis la somme de 3000 $.

Selon le témoignage d’Éric Maltais, un bon ami de Bouchard, la somme de 20 000 $ à 25 000 $ correspondait à ce que l’accusé s’attendait devoir dépenser pour la réalisation du contrat mis sur la tête de son ex-conjointe.

M. Maltais a mentionné qu’il espérait ne pas avoir à se rendre jusqu’à 40 000 $ ou même 50 000 $ pour se débarrasser de sa femme.

Pas de dégâts

Tout au long de la première conversation, l’accusé s’informe sur la façon de faire et du délai nécessaire pour réaliser le contrat. Même si la discussion a lieu le jeudi 1er décembre 2016, Bouchard aimerait que son ex soit rayée de la carte dès la fin de semaine.

L’agent d’infiltration lui dit que c’est impossible, que le délai est trop court et que son gars doit prendre le temps d’étudier la situation et de se faire des repères.

Questionné à savoir si le professionnel de la gâchette devait laisser le corps sur place ou le faire disparaître, Bouchard croit que ce serait bien qu’on ne retrouve pas le corps.

« J’men fou, mais en même temps, comme j’te dis vu c’t’un environnement un peu avec des enfants, j’aimerais mieux qu’ça soit pas euh la flaque de sang partout là, plus si c’ su, à limite, ça m’dérangerais pas. Chu t’ouvert à toute là. T’sais la manière un peu euh », de dire l’accusé.

Le policier laisse voir que ce n’est pas une bonne idée de s’en prendre à la dame dans la voiture, alors que les enfants pourraient se trouver à proximité.

« Pis après, c’qui s’passe a’ec euh l’body ? A disparaît ou ben t’a laisse là ? », demande le policier.

« Ben si c’est sûr que si a disparaissait, ça s’rait l’idéal. C’est ça qui m’ont dit, pas d’corps pas d’accusation », a poursuivi Jimmy Bouchard.

À 16 h 26, le suspect est sorti du restaurant de la Cage aux sports et a été immédiatement arrêté par les policiers de la Sûreté du Québec, qui l’attendait de pied ferme.

Me Nicole Ouellet, de la Couronne, a terminé sa preuve. Me Louis Belliard, en défense, devrait faire entendre l’accusé vendredi.