Jimmy Bouchard

Jimmy Bouchard comparé à Guy Turcotte

« Je ne pensais pas pouvoir m’adresser devant vous aujourd’hui. Je pensais être morte avant . » Pour la première fois, jeudi, l’ex-conjointe de Jimmy Bouchard, celle dont il a planifié le meurtre entre 2013 et 2016, a pu livrer sa version des faits au Palais de justice de Chicoutimi. En tant que « rescapée », elle souhaite « servir d’exemple » et qu’une sentence dissuasive soit rendue.

La femme de 40 ans de Saint-Honoré a témoigné pour le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) durant les représentations pour la peine du détenu. Nerveuse, elle a relaté sa relation difficile avec Bouchard, 42 ans, et les épisodes dépressifs qui l’ont suivie, devant une salle d’audience comble. 

Le couple a eu deux enfants. L’homme de Saint-Stanislas a désiré éliminer son ex-conjointe pour obtenir la garde de son fils aîné. La victime a comparé Jimmy Bouchard au cardiologue Guy Turcotte, qui a poignardé ses deux enfants.

« M. Bouchard est l’un des hommes les plus intelligents que je connaisse, mais il n’a pas d’intelligence émotionnelle. C’est peut-être exagéré, mais il me fait penser à Guy Turcotte. Je me trouve chanceuse qu’il ait préféré tuer moi plutôt que les enfants. [...] Il m’a déjà dit qu’il coule tous ses cadavres dans le ciment et que c’est pour ça qu’il construit tout avec du ciment. [...] Même s’il est incarcéré, je reste avec l’impression que je vais mourir. »


«  Il n’a pas d’intelligence émotionnelle. C’est peut-être exagéré, mais il me fait penser à Guy Turcotte. Je me trouve chanceuse qu’il ait préféré tuer moi plutôt que les enfants. »
La victime

Peine déjà purgée ?

Le juge Jean Hudon, de la Cour du Québec, a entendu, en fin d’après-midi, la plaidoirie de Me Louis Belliard, en défense, qui considère que son client a déjà purgé une peine d’emprisonnement raisonnable depuis 27 mois. Cette détention préventive, calculée en temps et demi selon les circonstances, équivaudrait à une peine d’environ 41 mois. 

« Il n’y a eu aucune attaque directe contre la victime, plaide Me Belliard. Rien ne prouve qu’elle a reçu des menaces ou qu’elle a été violentée physiquement. Je ne veux pas minimiser la souffrance de la victime et je salue sincèrement son courage de venir témoigner. Il faut cependant séparer la souffrance causée par une relation épuisante qui tourne au vinaigre et les conséquences directes du délit. »

Bouchard a été arrêté en décembre 2016, après s’être compromis devant un agent d’infiltration de la Sûreté du Québec. Il a plaidé coupable en janvier 2019 aux accusations d’avoir conseillé une infraction qui n’a pas été commise, d’usage d’explosifs dans l’intention de causer la mort, de possession sans excuse légitime de ces explosifs et de possession non autorisée d’une arme à feu.

La défense a demandé des peines concurrentes pour les différents chefs, alors que Me Nicole Ouellet, du bureau du DPCP, a l’intention de plaider l’octroi de peines consécutives. Étant donné l’heure tardive, ses arguments pour la sentence seront présentés au juge le 29 avril. Ce dernier compte rendre son jugement le 2 mai.

Me Belliard espère que le juge tiendra compte de la « globalité » de la sentence et estime qu’il serait important d’imposer une probation avec suivi à son client, et même une aide psychologique.

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LA DÉFENSE FUSTIGE LES ENQUÊTEURS

« Les enquêteurs ont mal fait leur travail. Mon client est le cas typique d’une personne déprimée à qui on aurait dû confisquer ses armes selon ce que prévoit la loi. Il avait besoin d’un docteur. On ne serait pas ici si les policiers n’avaient pas décidé de jouer aux héros en lui tendant un piège. »

Me Louis Belliard, en défense, a vivement critiqué le travail de la Sûreté du Québec dans le dossier de Jimmy Bouchard. Il a tout de même admis que son client avait « franchi une ligne ».

La défense a fait entendre sept personnes afin de dresser le portrait de Bouchard et de montrer qu’il est prêt à se réhabiliter en étant bien entouré. L’individu s’est aussi expliqué au tribunal. Il a précisé que son « but ultime » dans les dernières années était de retrouver la garde de son fils et qu’il comprenait que ses crimes l’avaient éloigné de son objectif. Il a d’abord parlé des conséquences financières et professionnelles de son incarcération.

Entre autres, la sœur, l’amie de cœur et l’ami d’enfance du détenu ont souligné son caractère « déterminé » et « travaillant ». Deux professionnels du milieu carcéral ont aussi témoigné de son comportement correct en prison. 

Trois témoins, dont la victime, ont constaté que lorsque Bouchard « a quelque chose dans la tête, il ne l’a pas dans les pieds ». Le juge Jean Hudon a souligné que la détermination n’était « pas toujours une qualité », surtout dans le contexte des crimes commis en l’espèce.