Jérémie Perron a été déclaré coupable, lundi matin.
Jérémie Perron a été déclaré coupable, lundi matin.

Jérémie Perron coupable: la juge n'a pas cru l'agresseur

Le Jonquiérois Jérémie Perron a été déclaré coupable d’agression sexuelle causant des lésions et d’introduction par effraction, lundi matin, au Palais de justice de Chicoutimi. La juge de la Cour du Québec Sonia Rouleau n’a pas cru une seule seconde la prétention de l’accusé, qui affirmait que la jeune fille de 17 ans était consentante. La magistrate a donc complètement rejeté la défense de Perron, accordant une grande crédibilité à la victime et déclarant que la preuve de la poursuite n’avait laissé planer aucun doute. 

Jérémie Perron a été reconnu coupable d’avoir dissimulé son visage derrière un masque de ski et un cache-cou, d’être entré chez la jeune fille qui dormait sur le divan, de l’avoir ligotée et de lui avoir mis un sac de tissu sur la tête pour se livrer à des gestes à caractère sexuel, notamment une fellation forcée, dans la nuit du 14 au 15 juillet 2018, à Jonquière. L’ADN de l’accusé avait été prélevé sur le divan et sur le corps de l’adolescente. Il aura fallu attendre le mois de décembre 2018 pour que Jérémie Perron soit arrêté, puisqu’il avait évité à plus d’une reprise de se soumettre à un test d’ADN. C’est finalement un mégot de cigarette, saisi par les enquêteurs, qui l’avait trahi. 

Durant son procès, qui a eu lieu au cours des trois dernières semaines, l’accusé n’avait pas nié avoir eu une relation sexuelle avec la jeune femme, mais avait déclaré qu’elle était consentante et que c’était elle qui avait initié le rapport sexuel. Sa version était complètement opposée à celle de la victime, qui avait expliqué de quelle façon Perron l’avait réveillée, alors qu’elle dormait sur son divan, pour l’agresser sexuellement et s’exprimant en anglais pour éviter qu’elle le reconnaisse, puisque l’accusé n’était pas un inconnu pour elle. 

Plusieurs contradictions retenues par la juge

Lors de son témoignage, l’accusé avait expliqué qu’en raison de sa consommation de drogue, il n’avait aucun souvenir de cette nuit du 14 au 15 juillet 2018, mais que la mémoire lui était revenue alors qu’il était sobre en détention. La juge Sonia Rouleau n’a pas cru cette prétention d’amnésie. La magistrate a d’ailleurs soulevé plusieurs contradictions, notamment le fait que Perron a affirmé en cour qu’il savait que la jeune fille n’avait pas été agressée lorsqu’il a appris qu’une enquête était en cours, en juillet 2018.

« Je savais qu’elle n’avait pas été agressée, puisque c’est elle qui a commencé », avait dit Perron.

« Comment monsieur peut-il savoir qu’elle était consentante s’il dit lui-même qu’il n’a aucun souvenir de cette nuit-là », a affirmé la juge, regardant plusieurs fois l’accusé lorsqu’elle lisait son jugement.

Une autre contradiction réside dans le fait que Perron ait affirmé, pour expliquer son comportement suspect des semaines suivant l’agression, que cet événement avait fait resurgir chez lui les souvenirs d’une agression dont il aurait lui-même été victime lorsqu’il était jeune.

« L’accusé affirme que l’agression lui a ravivé les souvenirs de sa propre agression. Ça ne se tient pas, puisqu’il dit d’un autre côté qu’il n’y a pas eu d’agression, puisque la jeune fille était consentante, selon lui. Ses explications sont invraisemblables et le tribunal ne les croit pas », a souligné la juge Rouleau, ne croyant pas non plus qu’une jeune fille qui n’était pas active sexuellement ait pu agir de la sorte pour un premier rapport sexuel, en initiant les rapprochements et en se livrant à une fellation. 

Elle a également rappelé que la jeune fille avait vomi à trois reprises durant l’agression et qu’elle s’était présentée à l’hôpital tremblante, en pleurant et en vomissant encore à quelques reprises, quelques heures après les événements. « Ce n’est pas la réaction d’une personne consentante », a souligné la juge. 

« Non seulement monsieur Perron a menti au tribunal, mais il a prémédité l’agression sexuelle en se déguisant, en s’exprimant en anglais et en chuchotant », a noté la juge Sonia Rouleau. La défense a toujours dit que l’histoire du déguisement avait été inventée. 

La magistrate a retenu la crédibilité, la cohérence et la sincérité de la jeune victime, qui a témoigné en ouverture du procès. « Son discours était précis et crédible », a déclaré la juge.

L’accusé, qui est détenu à la prison de Roberval depuis le 14 décembre 2018, a écouté le jugement sans broncher. Il n’a pas eu de réaction lorsque la juge l’a déclaré coupable sur tous les chefs. C’est plutôt sa mère, qui a assisté à tout le procès, qui a laissé tomber quelques jurons, en regardant les membres de la famille de la victime, assis derrière la salle d’audience. La mère a d’ailleurs été avertie par la constable spéciale qu’elle devait garder le silence. 

Les proches de la victime, également présents durant toutes les procédures judiciaires, ont évidemment été soulagés par le verdict de la magistrate. Ils ont sangloté à quelques reprises durant la lecture du jugement. 

La poursuite satisfaite et la défense déçue

La procureure de la poursuite, Me Nicole Ouellet, s’est dite très satisfaite du jugement sans équivoque. « Notre preuve n’a laissé place à aucun doute et la victime a été crue », a noté Me Ouellet.

De son côté, Me Nicolas Gagnon, en défense, a affirmé que son client était déçu, puisqu’il continue à clamer son innocence. 

Les observations sur la peine auront lieu le 22 juin prochain. Sans s’avancer sur le nombre d’années qu’elle compte plaider, la procureure de la Couronne a affirmé qu’une peine de pénitencier allait être demandée.

En défense, le criminaliste n’a pas dit ce qu’il comptait plaider pour son client. Sans l’exclure totalement, Me Gagnon a affirmé qu’il ne croyait pas porter la décision de la juge Rouleau en appel, puisque la magistrate s’est appuyée sur la notion de crédibilité du témoignage de l’accusé, ce qui est difficilement contestable en appel.

La juge de la Cour du Québec, Sonia Rouleau, n’a pas cru du tout la version de Jérémie Perron.