Me Luc Tourangeau, Jean-Philippe Blanchette et Me François Dionne.

Jean-Philippe Blanchette coupable

Jean-Philippe Blanchette a été reconnu coupable d'avoir conduit avec un taux d'alcool plus élevé que la limite permise causant la mort de sa conjointe Kathleen Harvey-Binette. L'individu demeure en liberté jusqu'aux représentations sur la sentence, qui devraient se dérouler en janvier.
À la deuxième journée de délibération, les six hommes et cinq femmes de ce procès présidé par le juge Denis Jacques, de la Cour supérieure du Québec, ont rendu leur verdict vers 17 h 20.
Le juré numéro 3 s'est levé à titre de président du jury pour prononcer les verdicts. Il a confirmé que les jurés étaient unanimes sur les trois verdicts.
Ils ont acquitté Blanchette de conduite dangereuse causant la mort et de conduite avec les facultés affaiblies causant la mort, mais l'ont reconnu coupable d'une accusation moindre d'avoir simplement conduit avec les facultés affaiblies (démarche chancelante et bouche pâteuse, par exemple).
Mais en raison de son taux admis de .142 (près de deux fois la limite autorisée de .80), il a été reconnu coupable. Il est passible de la détention à perpétuité. 
Après avoir entendu le président du jury prononcer les verdicts, le juge Denis Jacques les a entérinés. Il a remercié les jurés et mentionné que l'accusé a eu la chance d'être jugé par 12 de ses pairs.
Événements
L'homme de 36 ans du chemin de la Réserve à Chicoutimi a été impliqué dans un accident hors route le soir du 15 août 2014. Avec sa conjointe, il s'est rendu, à bord de son Jeep TJ aux pneus surdimensionnés, dans un terrain accidenté situé au bout de la rue Jobin, à Chicoutimi.
Après s'y être promené durant 45 minutes, Blanchette a pris la décision de retourner à la maison en raison de la noirceur. Il a voulu emprunter un autre chemin pour sortir du site appartenant à Saguenay.
Comme la barrière sur JR Théberge était verrouillée, il a rebroussé chemin. Il voulait retourner sur ses pas et repartir par la rue Jobin.
Il a toutefois prétendu s'être trompé de sentier. Après être arrivé face à un amas de roches, il a reculé pour repartir vers sa gauche.
Le Jeep est alors tombé dans un ravin de 90 pieds de profondeur avec un dénivelé de 68 pour cent, trois fois plus abrupte que la côte Sainte-Ange (23 pour cent).
Lors de son témoignage, l'accusé a convenu avoir pris trois bières durant la soirée, dont deux lorsqu'il se trouvait sur le site du terrain accidenté. Lorsqu'il a subi le test de détection d'alcool, il a présenté des taux de .158 et de .142 (celui retenu au tribunal). Il a laissé voir qu'il n'était pas « chaud » et qu'il avait toutes ses facultés.
En contre-interrogatoire, il a été questionné sur le fait qu'il n'avait pas vu le ravin et qu'il ne s'était pas rendu compte qu'il n'était pas dans le bon sentier.
La mère de la victime, Francine Haché, est soulagé du verdict.
«Ça ne ramènera pas ma fille»
« Contente. Il est coupable. Mais ça ne ramènera pas ma fille. Ça ne la ramènera pas. Il est coupable. Il ne reste que la sentence. »
Francine Haché, la mère de Kathleen Haché-Binette, est soulagée et contente que celui qui a été le conjoint de la victime durant six mois ait été reconnu coupable de conduite avec un taux de plus de 80 milligrammes d'alcool dans le sang causant la mort. 
Mme Haché n'avait jamais eu l'occasion de rencontrer Blanchette. Comme la famille de la victime demeure à Val-d'Or et que la relation n'a duré que six mois, il n'y avait jamais eu de visite entre eux.
« Je ne le connaissais pas. Il était aussi sur les nerfs que nous autres. Nous ne pouvons nous fier sur une personne sur une tribune comme celle-là. »
« C'est la première fois que j'étais en sa présence physique. La semaine passée, je ne suis pas venue. Une chance, ça aurait été pire. Les photos, je n'ai rien vu de ça. On a attendu trois ans et on va encore attendre trois mois, c'est long. Mais ça ne ramènera pas ma fille, ça ne ramènera pas la maman à ma petite puce d'amour. C'est très dur. Mais on a gagné et c'est ça qui est important », a noté Francine Haché, qui a trouvé la semaine très difficile.
Celle-ci souhaite aussi que le public comprenne enfin le message de ne pas prendre le volant en état d'ébriété.
« De ne pas conduire en état d'ébriété. C'est tout ce que l'on peut dire. Tu prends une bière, deux bières ou trois bières, tu ne prends pas ton automobile », a terminé la maman de la victime.
Me Jean-Sébastien Lebel (Couronne) et Me Luc Tourangeau (défense) livreront leurs commentaires après la sentence.
En liberté en attendant sa sentence
Le récidiviste de l'alcool au volant, Jean-Philippe Blanchette, demeurera en liberté le temps qu'un rapport présentenciel soit réalisé et que les représentations sur sentence soient faites. Il sait cependant déjà qu'il se retrouvera derrière les barreaux au début de la prochaine année.
Le juge Denis Jacques a voulu connaître la position des parties dans ce dossier en prévision de la peine à venir.
Me Jean-Sébastien Lebel, de la Couronne, a déjà indiqué qu'il demanderait une peine dissuasive. 
« Je vais demander du pénitencier (plus de deux ans) », note-t-il.
De son côté, Me Luc Tourangeau convient qu'une détention ferme attend son client, mais n'a pas voulu s'avancer sur la sentence qu'il entend soumettre au Tribunal.
Le juge a d'autre part rejeté la requête de Me Lebel de révoquer la liberté de l'individu de 36 ans en raison du verdict de culpabilité d'avoir conduit avec un taux supérieur à .08 causant la mort.
Me Lebel appuyait sa démarche par le fait qu'un avis de récidive sera présenté pour un événement survenu en 2007 et que ça entraîne une détention automatique de 30 jours.
« Je demande la révocation de sa liberté en raison de son antécédent judiciaire de conduite avec les facultés affaiblies et d'un autre dossier de voies de fait sur un policier et d'entrave au travail d'un agent. Il vient d'être reconnu coupable d'une accusation sérieuse et grave et la peine maximale est la perpétuité », a indiqué Me Lebel.
Mais Me Luc Tourangeau, en défense, a démontré que son client a toujours respecté ses conditions de remise en liberté depuis trois ans, il n'a pas de permis de conduire, il vit chez ses parents et il n'y a aucune crainte qu'il puisse s'enfuir.
« Mon client a la garde complète de sa fille et sa conjointe actuelle attend un petit garçon. Il voudrait aussi rencontrer son employeur pour voir ce qui s'en vient. Je ne crois pas utile de l'envoyer en détention immédiatement », a précisé le criminaliste.
Les parties discuteront avec le juge Jacques le 17 novembre afin de voir où en est rendue la confection du rapport présentenciel et les représentations sur la sentence pourraient se dérouler au début de la prochaine année.